Zone euro : les négociations avec la Grèce au point mort

Pays : Union européenne, Grèce

Tags : Eurogroupe, dette

La zone euro a constaté ce mercredi son total désaccord avec Athènes, qui veut tourner la page de l'austérité et alléger sa dette, lors d'une réunion extraordinaire qui s'est achevée sans la moindre avancée. Les ministres des Finances de la zone euro se sont donnés rendez-vous à Bruxelles dès lundi pour poursuivre les négociations. Deux semaines et demie après la victoire du parti de gauche radicale Syriza, les antagonismes entre la Grèce et le reste de la zone euro semblent plus forts que jamais.

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L’Eurogroupe est la réunion mensuelle et informelle des ministres des Finances des dix-neuf États membres de la zone euro, qui vise à coordonner leur politique économique.

La réunion extraordinaire de l'Eurogroupe, qui a duré plus de six heures ce mercredi soir, avait pour but de rapprocher les points de vue. A son issue, son président Jeroen Dijsselbloem a déclaré, laconique : "Nous avons fait des progrès, mais pas assez pour parvenir à des conclusions communes." Signe des tensions considérables entre la Grèce et ses créanciers au sein de la zone euro, aucun communiqué n'a été publié à l'issue de la réunion. 

La Grèce ne souhaitait pas d'accord dès mercredi

Athènes, qui veut à tout prix en finir avec la tutelle de la troïka (Union & Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) a argumenté sur "l'échec des mémorandums", ces accords passés depuis 2010, basés sur l'octroi de 240 milliards d'euros de prêts en échange d'une austérité drastique et d'une longue liste de réformes. Le nouveau ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a évoqué une "longue et constructive discussion sur tous les aspects de la crise grecque". Celui qui est devenu en quelques jours la coqueluche des médias, mais dont le style agace à Bruxelles, insiste : "Il n'a jamais été question de trouver un accord ce soir, mais de faire connaissance."

L'Europe attend un signal de la part des Grecs

Les Européens veulent qu'Athènes demande une extension du programme actuel, avant d'envisager des solutions pour alléger la dette, qui représente plus de 175% de son PIB. "Chaque pays est entièrement libre de faire ce qu'il veut. Mais nous avons ce programme. Soit il est mené jusqu'au bout, soit il n'y a plus de programme", avertit le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble. "Le programme, c'est une base légale, une référence, un cadre. Il est très difficile de s'en affranchir", renchérit Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques.

La Grèce réclame des ajustements

Décidée à tirer un trait sur six années de récession et une austérité imposée à marche forcée, la Grèce souhaite la mise en place d'un "programme-relais" jusqu'en septembre, dans lequel elle respecterait 70% des engagements de réformes déjà passés avec ses créanciers. Les 30% restants seraient remplacés par une série de réformes destinée à relancer la croissance, élaborées avec l'OCDE.

Première rencontre Tsipras-Merkel

Le dossier de la dette grecque s'invite dès ce jeudi au sommet européen. Jeroen Dijsselbloem doit rendre compte de l'Eurogroupe devant les dirigeants des Vingt-Huit, avant une nouvelle réunion ministérielle dès lundi prochain. Ce sommet, le premier pour le Premier ministre Alexis Tsipras, est l'occasion pour lui de rencontrer ses homologues, à commencer par la chancelière allemande, Angela Merkel.

La Grèce peut-elle changer à elle seule la politique économique européenne ? Nous avons posé la question à deux eurodéputés de notre projet "Cinq ans d'Europe avec eux" : la Britannique Diane James, du parti europhobe UKIP, et le Français Pascal Durand, des Verts.

Diane James

"Est-ce que la Grèce peut changer la politique économique de l'Europe ? Vraisemblablement pas. Angela Merkel et ses partenaires de coalition ne pourront pas l’accepter. Cela minerait totalement leur stratégie pour la zone euro. Cette victoire devrait-elle changer cette ligne politique ? Oui, évidemment. Ce changement dans le rapport de force économique suppose un nouveau regard sur la situation. Ce n’est qu’à ce prix que les leaders politiques de l’Union européenne préserveront l’avenir de l’euro."

"L’exemple grec ne manquera pas d’inspirer les formations politiques européennes idéologiquement proches de Syriza. Et elles vont, elles aussi, agir contre les plans d’austérité et de sauvetage. On pense évidemment en premier lieu à l’Espagne, au Portugal et à l’Italie. Mais cette évolution pourrait également faire le jeu du président François Hollande, car, lui aussi, est opposé à de nouvelles mesures d’austérité."

 

Pascal Durand

"Les politiques conduites jusqu’à présent de manière autoritaire sans le moindre débat démocratique par la Troïka ont permis, avant tout, de rembourser les banques et de transférer les risques sur les Etats, mais pas d’assainir les finances publiques grecques, ni de rendre la dette soutenable, ni de réinjecter de l'argent frais dans l'économie réelle. Au moment où éclatent les scandales des montages fiscaux du LuxLeaks et du SwissLeaks et où s’étalent dans les journaux les montants phénoménaux manquants aux différents budgets publics, c’est peu dire qu’une réorientation de la politique économique en Europe devrait voir le jour…"

"Tsipras entame une négociation et une négociation n’est, par définition, jamais un exercice solitaire. En face de Tsipras, la Commission, la BCE, le Conseil européen, mais également le Parlement européen, ont une responsabilité historique. Cette responsabilité est aussi d’éviter une montée des peurs irrationnelles et des replis identitaires qui les accompagnent. Pour le moment, Syriza a un agenda européen et Tsipras décline ses propositions dans une Grèce au sein de l’UE et de l'Eurozone. En revanche, si l’UE n’est pas en capacité de comprendre la nécessité pour l'avenir de l'UE de faire évoluer sa position sur un certain nombre de décisions et si elle reste sourde, voire insensible, face à l'expression démocratique d'un besoin d'alternative, le pire pourrait arriver."