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Yémen : rapts, coup d’Etat et djihadisme

Pays : Yémen

Tags : Djihad, Enlèvement

Le répit aura été de courte durée. La France, qui se félicitait en décembre de la libération de Serge Lazarevic, dernier otage français retenu dans le monde, doit renouer avec le lent processus des négociations depuis l’enlèvement au Yémen d’Isabelle Prime, ce mardi 24 février. Si ce kidnapping n’a toujours pas été revendiqué, la situation politique du pays, divisé entre tribus et milices, et la présence d’Al-Qaïda au Yémen compliquent davantage les prises de contact avec les ravisseurs, sur un territoire au bord de l’implosion.

Le rapt a eu lieu en plein jour, sur l’une des routes les plus fréquentées de Sanaa, la capitale. A 8h30 du matin, alors qu’elle se rendait à son travail en taxi, accompagnée de son interprète yéménite, Isabelle Prime est enlevée à l’un des checkpoints de la ville. Aucune revendication n’a pour l’instant été formulée. Sur place, au Yémen, la famille de l’interprète Chérine Makkaoui tente d’entrer en contact avec les ravisseurs. Mais en France, le Quai d’Orsay, qui assure "tout mettre en œuvre" pour retrouver la trace de sa ressortissante, doit se confronter au chaos politique d’un pays, sans aucun relais diplomatique sur place. 

 

Abed Rabbo Mansoour Hadi, président en exil


De confession sunnite, le maréchal Abed Rabbo Mansoor Hadi accède à la présidence yéménite le 4 juin 2011, à la suite d’une attaque portée contre Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 33 ans. Il est confirmé dans ses fonctions par le processus de Riyad, et assume l’intérim jusqu’à l’élection présidentielle de février 2012. Un scrutin qu’il remporte avec le score soviétique de  99,8 % des voix, pour cette première élection au suffrage universel dans l’histoire du pays. Le 22 janvier 2015, la milice Houthi s’empare du pouvoir et il présente sa démission. Avant de se rétracter quelques jours plus tard : réfugié à Aden, il se déclare comme le seul "président en exercice".

Un pays sur liste rouge

"L’Arabie heureuse", avec ses 26 millions d’habitants répartis sur un demi-million de km2, est depuis plusieurs mois sur la liste rouge du ministère français des Affaires étrangères. Une transition politique entamée avec le printemps arabe de 2011 qui s’achève dans le chaos, une milice qui s’empare du pouvoir par la force : les risques de partition du Yémen sont grandes. Au nord, la milice chiite Houthi a investi la capitale Sanaa en septembre 2014, avant de mettre la main sur les institutions politiques en février dernier. Un renversement du pouvoir qui a contraint le président Abed Rabbo Mansoour Hadi, brièvement emprisonné par les Houthistes, à se réfugier dans son fief d’Aden, au sud du pays. 

 

900 étrangers enlevés en quinze ans

Les Nations unies ont eu beau formuler des résolutions appelant les rebelles à "céder le contrôle des institutions gouvernementales et de sécurité", plusieurs pays occidentaux ont fermé leurs ambassades et invité leurs ressortissants à quitter le pays au plus vite. Isabelle Prime fait désormais partie des 9 étrangers retenus en otage dans le pays, où les enlèvements sont monnaie courante. Utilisés par des tribus en conflits avec les autorités yéménites pour négocier les différends qui les opposent, la présence d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (AQPA), vient faire peser un nouveau danger sur les Occidentaux, dans un contexte de lutte internationale contre le terrorisme. 

 

Abdel Malik Al-Houthi, leader de la rébellion houthiste


Son frère, Hussein Al-Houthi, avait pris les armes pour dénoncer la marginalisation politique et religieuse des chiites dans le nord du pays. A sa mort, Abdel Malik Al-Houthi reprend les rênes de la rébellion houthiste. Désormais maître du pays, le groupe nommé "Ansar Allah", entend lutter contre la corruption et l’essor d’AQPA. D’autres dénoncent cette lutte armée et ses réseaux iraniens, et soupçonnent les Houthis de servir les intérêts du président déchu, Ali Abdallah Saleh, lui-même chiite. 

Milices contre djihadistes, chiites contre sunnites

Pour l’heure, difficile de déterminer qui, des rebelles Houthis ou des djihadistes d’AQPA, a planifié cet enlèvement. Car si les deux groupes dénoncent tous deux une présidence yéménite, alliée des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, Houthis et Al-Qaïda s’opposent régulièrement sur le terrain. Les premiers, menés par Abdel Malik Al-Houthi, combattent l’armée yéménite depuis une décennie et se posent aujourd’hui en unique recours de la révolution avortée de 2011. De confession zaydite, une branche du chiisme, la rébellion houthiste est soupçonnée de profiter en sous-main du soutien financier iranien.

 

AQPA, présent dans l’est et le sud du Yémen, a prospéré sur les cendres du printemps arabe. De confession sunnite, ces djihadistes souffrent des attaques de drones américains, ce qui ne les empêche pas d’accueillir des étrangers dans leurs camps d’entraînements, à l’image de Saïd Kouachi, l’un des auteurs des attentats contre Charlie Hebdo. 

 

"Au bord du précipice"

Face à l’inertie d’un pouvoir délégitimé aux yeux de la population, le risque de confessionnalisation du conflit est grand, dans un pays constitué à 55 % de sunnites, et 45 % de chiites. Le Yémen est "au bord du précipice" selon la formule du secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon. Dans ces conditions, négocier la libération d’Isabelle Prime ne sera possible qu’après avoir surmonté un premier obstacle : trouver le bon interlocuteur.

 

Un pays, deux gouvernements, des djihadistes qui prospèrent : notre carte du conflit yéménite

Source : Le Monde, Ouest-France et Wikipedia

 

Dernière màj le 8 décembre 2016