Vivre plus sainement grâce à des applications mobiles ?

Pays : Europäische Union

Tags : Protection de données personelles

Les applications mobiles dédiées à la santé sont un bel outil… à double tranchant. Promesse d’une meilleure santé, d’un allongement de la vie, elles peuvent aussi s’avérer un obstacle à la recherche d’emploi, voire même à la souscription d’une assurance santé.  

Expired Rights



Le nouveau patron d’Apple, Tim Cook est convaincu que, encore de son vivant, sa montre connectée sera capable de déceler une hypertension, un diabète ou un cancer. Ce qui devrait selon lui, permettre d’augmenter considérablement l'espérence de vie. 

 

Plus le nombre de personnes qui collectent leurs données augmente, plus on dispose de chiffres, plus les informations sont représentatives de la population, et meilleurs sont les résultats. 

Eduardo Sanchez, American Heart Association - 03/12/2015

Apparemment, l’optimisme de ce quinquagénaire est largement partagé. Car les applis de santé et de fitness censées permettre d’optimiser le quotidien et de diagnostiquer des maladies font de plus en plus d’adeptes. Elles mesurent les phases de sommeil paradoxal des dormeurs. Elles surveillent les régimes alimentaires à l’aide d’un compteur de calories ou, mieux encore, à l’aide d’un implant dentaire connectable à Internet. L’appli de fitness remplace le coach par des avatars numériques. Des photos prises sur un smartphone aident, dit-on, à détecter la présence d’un cancer de la peau, les données relatives à la tension artérielle pourront être envoyées directement au médecin traitant. Le marché de la santé est en plein essor, et les possibilités technologiques seraient en train de le révolutionner.

 

De plus en plus d’hôpitaux utilisent ces applis pour le suivi de leurs patients. Grâce au ResearchKit de la marque à la pomme, les données médicales sont communiquées au laboratoire non plus tous les trois mois mais chaque seconde. "Les chiffres sont le nerf de la guerre", affirme Eduardo Sanchez de l’American Heart Association. "Plus le nombre de personnes qui collectent leurs données augmente, plus on dispose de données statistique, plus les informations sont représentatives de la population, et meilleurs sont les résultats."

 

C’est aussi l’avis de certaines compagnies d’assurance qui récompensent à coup de bonus les clients qui leur transmettent leurs données de santé. 

 

Ce bel enthousiasme fait un peu vite oublier que la collecte de données sensibles peut s’avérer problématique. L’avocate polonaise Katarzyna Szymielewicz, qui s’engage en faveur des droits de l’homme et des libertés individuelles à l’ère numérique. "Chaque paramètre de mon corps risque de devenir une donnée de santé", explique-t-elle. Car les entreprises sont capables d’établir, à partir de ces données, mon état de santé actuel et futur. "C’est très dangereux", dit-elle.

 

D’où la nécessité de protéger tout spécialement les données de santé. La prédisposition aux maladies d’un individu intéresse les compagnies d’assurances privées lorsqu’il s’agit d’un futur souscripteur de contrat, tout autant que les employeurs lorsqu’il s’agit d’un salarié ou d’un candidat à l’embauche. Mais une réglementation antidiscriminatoire encadre les questionnaires de ce genre. Pour combien de temps encore ?

 

Cela dit, à l’ère numérique, il est quasiment impossible de protéger à 100 % sa vie privée. Selon des estimations, 1,5 million d’Américains auraient été victimes d’usurpation d’identité depuis 2009. Les tentatives de chantage provenant de pirates informatiques se comptent par dizaines de millions. Et les services secrets ont de toute façon accès à nos données sur Google, sur Apple et sur Facebook. 

 

Une attitude critique sur la question de la protection de ces informations est la seule alternative. Très peu de gens ont conscience de la véritable valeur de leurs données personnelles.