Violentes manifestations au Vénézuela

Pays : Venezuela, République Bolivarienne Du

Tags : Vénézuela, manifestations, crise

20 morts, près de 300 blessés, des interpellations en chaîne, des journalistes bâillonnés... Le Vénézuela s'abîme dans une crise sociale extrêmement violente qui dure depuis 4 semaines. En digne héritier d'Hugo Chavez, le président Nicolas Maduro a choisi la voie de la répression pour mater ses détracteurs. Déjà, sous le règne du Commandante, la colère grondait souvent. Mais en bon dictateur, grand leader corrigeront certains, Chavez ne laissait jamais le vent des révoltes souffler trop fort... seulement Nicolas Maduro n'est pas Hugo Chavez.


Le cancer l'a emporté voici un an mais son âme ronge toujours le Venezuela. Souvenir béni pour les uns, cauchemar éternel pour les autres, même mort Hugo Chavez divise encore le pays qu'il a dirigé pendant 14 ans. Depuis un mois, son successeur et disciple, le président Maduro qui s'est juré de poursuivre la Révolution bolivarienne du maître, affronte un mouvement de protestation des plus virulents. Pour des milliers de Vénézuéliens cette Révolution n'a rien engendré d'autre qu'insécurité, crise économique, et inflation (plus de 56% en 2013)... Ils sont exaspérés et réclament la démission du président à coup de manifestations monstres. Selon eux, il a démontré son incapacité à diriger le pays et à redresser une situation économique désastreuse.
 

Tous les jours, dans plusieurs villes, des milliers de personnes descendent dans les rues et s'affrontent aux forces de l'ordre. Dimanche 2 mars, ils étaient 20 000 à Caracas dans la partie Est de la capitale, le quartier aisé où se déroulent tous les rassemblements. Juan Requesens, l'un des étudiants à l'origine de la manifestation, s'est adressé à la foule, c'est "la lutte du peuple contre un gouvernement inefficace. Maduro, vous avez perdu les rues du Venezuela parce qu'aujourd'hui les rues appartiennent au peuple".
 

 

L'étincelle de la colère a jailli le 4 février dernier dans les milieux étudiants de la ville de San Cristobal dans le nord-ouest. Des centaines d'opposants de tous bords les ont rejoints au fil des jours, avec à leur tête le parti Volonté populaire. Leopoldo Lopez, chef de ce parti et candidat malheureux à la présidentielle de 2013, a été arrêté mi-février pour ''incitation à la violence'' alors qu'il manifestait. Il était déjà un opposant féroce d'Hugo Chavez, il est la bête noire de Nicolas Maduro.
 

Le gouvernement accuse les leaders du mouvement de fomenter un coup d'Etat et a interdit aux médias de diffuser des images des troubles. La tradition veut qu'au Venezuela, les voix dissidentes soient rapidement étouffées. Ainsi NTN24, une chaîne colombienne du réseau câblé qui a montré les affrontements du 12 février a été suspendue. Par ailleurs, d'après le Syndicat national des employés de presse, 90 journalistes ont été volés, battus ou interpellés depuis le début des contestations.
 

L'ONU demande une enquête sur les heurts et les arrestations arbitraires. Les autorités vénézuéliennes ont répondu par un refus catégorique. Quant aux Etats-Unis, ennemis de toujours du pouvoir chaviste, ils ont qualifié les méthodes des autorités vénézuéliennes d'inacceptables. Les deux pays se sont respectivement livrés à des expulsions de diplomates, Caracas accusant Washington de soutenir la fronde anti-gouvernementale pour faire tomber Maduro.
 

En début de semaine, le chef de l'Etat appelait au dialogue national : ''Je veux bien m'attabler avec le diable, si cela doit faire cesser les violences''. L'opposition, considérant cet appel comme une mascarade, a décliné.

 

Sources : AFP, CNN, Le Nouvel Observateur, Miami Herald, Reuters