|

Vinci visé par une plainte pour travail forcé au Qatar

Pays : Qatar

Tags : Qatar, Sherpa, ONG, Mondial 2022

De nouvelles accusations entachent le chantier de la future Coupe du Monde de Football 2022. Après les révélations  de médias britanniques concernant des conditions de travail déplorables au Qatar ces derniers mois, c’est aujourd’hui un groupe français qui est visé par une plainte de l’ONG Sherpa : Vinci Construction.

176 €

Selon Sherpa, c'est le salaire mensuel d'un ouvrier au Qatar qui travaille 66 heures par semaine.

 

"Esclavage moderne". Le terme est lâché. L’association de défense des victimes de crimes économiques Sherpa accuse le géant français Vinci, via sa filiale qatari QDVC, de travail forcé, réduction en servitude et recel à l’encontre des migrants employés sur le chantier du futur Mondial. Elle a déposé plainte hier auprès du parquet de Nanterre. 

 

Sherpa explique que le groupe français a remporté plusieurs millions d’euros de contrats en vue de l’événement sportif et qu’il emploie, par le biais de nombreux sous-traitants de droit qatari des milliers de travailleurs sur place. Sur les chantiers, les ouvriers travaillent, d’après l’association de défense de victimes de crimes économiques, jusqu’à 66 heures par semaine, avec un seul jour de repos hebdomadaire, pour un salaire mensuel de 700 riyals, soit environ 176 euros.

 

Pays emergents: travail


 

Passeports confisqués

L’ONG affirme : "Les enquêtes menées sur place concluent à l'utilisation par ces entreprises de menaces diverses pour contraindre une population vulnérable à des conditions de travail et d'hébergement indignes et à une rémunération dérisoire. Les passeports sont confisqués par l’entreprise et les travailleurs subissent des menaces s’ils revendiquent leur droit à de meilleures conditions de travail ou de logement, s’ils désirent démissionner ou changer d’employeur."  Ce qui est pointé du doigt, c’est la "kafala". Le système rendant obligatoire pour tout travailleur immigré d’être "parrainé" par un Qatarien. L’immigré se retrouve alors sous la coupe de son tuteur, qui lui retire son passeport. Il ne peut alors plus changer d’employeur ou quitter le pays sans le consentement de son patron. 


 

Vinci contre-attaque

La directrice de Sherpa, Laetitia Liebert, espère qu'elle "obligera Vinci à respecter scrupuleusement le droit des travailleurs migrants dans les années à venir et sera un exemple pour le secteur du BTP dans son ensemble".

Vinci Construction, de son côté, réfute ces allégations et affirme respecter le droit du travail qatari. Yanick Garillon, directeur général de la filiale qatarienne de Vinci, explique que les passeports des ouvriers étrangers étaient gardés, par le passé, "pour raisons de sécurité", "pour éviter que les ouvriers ne se fassent voler leurs papiers". Le groupe envisage de porter plainte pour diffamation.  

QDVC travaille sur trois chantiers majeurs, celui du tramway de Lusail, du métro de Doha et d'un tronçon d'autoroute de 47 km (New Orbital Highway) ; les contrats, d'un montant global de 2,2 milliards d'euros, courent jusqu'en 2019. L'entreprise emploie 3.300 salariés de 65 nationalités au Qatar, dont 2.000 ouvriers. Il s'agit surtout d'Indiens, de Népalais et de Sri-Lankais. D'après le directeur général de la filiale, environ 60% de l'activité est sous-traitée à des sociétés locales.

 

Entreprises allemandes au Qatar
Selon l’ambassade allemande à Doha, 64 entreprises allemandes sont actuellement présentes au Qatar. Parmi elles, Hochtief, Bilfinger Berger et Siemens travaillent à la construction de la nouvelle ville, Lusail City, d’un nouvel aéroport et d’un réseau ferré moderne. Au total, l’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani envisage d’investir 200 milliards de dollars dans ses projets d’infrastructures en vue du Mondial 2022. 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016