Venezuela : Maduro garde le pays sous sa coupe

Pays : Venezuela, République Bolivarienne Du

Tags : Nicolas Maduro, Tareck El Aissami, Ramón Lobo, Nelson Martínez

Le président vénézuélien remanie son gouvernement et se nomme un successeur, alors que l'opposition peine à faire aboutir un référendum pour le destituer.

L'opposition vénézuelienne tente depuis plusieurs mois d'obtenir un référendum révocatoire pour destituer le président Nicolas Maduro. Fin octobre 2016, le Tribunal suprême avait interrompu la procédure jusqu'à "nouvel ordre", invoquant des fraudes dans les signatures recueillies par l'opposition pour obtenir l'organisation de ce processus. Nicolas Maduro a ainsi obtenu un répit important. En effet, un tel référendum ne peut avoir lieu qu'à mi-mandat du président et la date butoir était le 10 janvier. A compter de demain, si l'opposition obtient la destitution de Nicolas Maduro, il n'y aura pas d'élection et son vice-président Tareck El Aissami prendra l'intérim jusqu'à la fin du mandat présidentiel en 2019.

L'opposition, majoritaire au Parlement, compte bien poursuivre son combat pour la destitution du chef de l'Etat malgré ce référendum avorté. Jeudi, le nouveau président de l'Assemblée nationale Julio Borges a annoncé un "débat sur l'exercice constitutionnel de la fonction de Président de la République de la part de Nicolas Maduro et sur la nécessité de trouver une solution électorale à la crise". Son objectif : déterminer si le président a abandonné "la charge de sa fonction". L'opposition reproche au dirigeant d'avoir laissé le pays s'enfoncer dans la crise économique sans rien faire. Mais cette démarche est essentiellement symbolique. Pour aboutir, il lui faudrait l'aval du Tribunal suprême, qui a jusqu'ici mis en échec toutes les procédures du Parlement dirigées contre Nicolas Maduro.

Maduro contre-attaque

"Oligarques, tremblez et rendez-vous, car voilà qu'arrive le commando national anti-coup d'Etat", lançait le successeur de Chavez dans son show télévisé ce dimanche. Maintenant que la menace d'un référendum révocatoire semble écartée, le président Nicolas Maduro passe à l'offensive. A la tête de son « commando » il a nommé le 4 janvier un nouveau vice-président : Tareck El Aissami, 42 ans, succède à Aristobulo Isturiz, en fonction depuis un an et âgé de 70 ans. Jusque-là gouverneur de l’État d’Aragua, ce jeune loup du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) est l'une des bêtes noires de l'opposition. En premier lieu, pour ses attaques politiques virulentes, parfois crues, et ses tweets assassins envers ses adversaires. Pour Tareck El Aissami, la politique ne se conçoit qu'à travers la confrontation. Une attitude peu compatible avec les promesses de Nicolas Maduro, réitérées ce dimanche, de poursuivre le dialogue avec l'opposition.

Mais ce n'est pas la combativité du nouveau vice-président qui inquiète le plus l'opposition. La réputation de Tareck El Aissami est en effet entachée par les révélations du Wall Street Journal en 2015, qui l'accusent de tremper dans le trafic de drogue. Selon une ancienne juge vénézuélienne, Mildred Camero, et d'après les aveux aux autorités américaines du trafiquant de drogue Walid Makled, capturé en Colombie, Tareck El Aissami aurait touché des pots-de-vin pour faciliter le trafic de cocaïne, alors qu'il était ministre de l'intérieur.

Le Centre Simon Wiesenthal a également vivement réagi à sa nomination à la vice-présidence dans un communiqué, l'accusant d'être un soutien avéré de l'Iran et du Hezbollah en Amérique du Sud. "Son nom apparaît parmi les intermédiaires des négociations entre l'Iran et l'Argentine dans la stratégie de Téhéran visant à camoufler la responsabilité iranienne dans l'attentat contre le centre juif de Buenos Aires en 1994". Selon le procureur argentin chargé de l'affaire, la présidente argentine Cristina Kirchner aurait couvert des hauts dirigeants iraniens, en échange de pétrole à prix avantageux.

D'un point de vue tactique, le choix de Maduro de nommer Tareck El Aissami met l'opposition dans l'embarras. Si elle obtient la destitution de l’actuel président, c'est un vice-président très controversé qui sera porté au pouvoir.

 

Le contexte économique reste catastrophique

Le 4 janvier, Nicolas Maduro a également nommé l'économiste et député Ramón Lobo au poste de ministre des finances et de vice-ministre de l'économie, faisant de lui la première autorité du pays en matière économique, ainsi qu'un nouveau ministre du pétrole, Nelson Martínez, dirigeant du raffineur américain Citgo. Tous deux ont désormais pour mission de faire sortir le pays de la crise économique dans laquelle il est plongé depuis la chute des cours du pétrole en 2014. Car au Vénézuéla, la production de pétrole représente plus de 90% des exportations et près de 50% des ressources de l'Etat. Fin décembre, Nicolas Maduro entamait également une tournée des pays producteurs de pétrole, afin de renforcer les efforts engagés le 30 novembre à Vienne, où les pays de l'OPEP sont parvenus à un accord pour réduire la production et ainsi faire remonter les cours. Une hausse nécessaire pour redresser l'économie du pays. Le président a également annoncé dimanche l'augmentation du salaire minimum et des salaires des fonctionnaires de 50%. Une mesure importante qu'il faut cependant relativiser face à l'inflation de 700% et la contraction du PIB de 10%, selon les estimations du FMI pour 2016.

 

Retour sur quatre années de crise