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Union européenne - La culture entre de bonnes mains ?

Pays : Hongrie

Tags : Europe, Commission européenne

Critiqué pour ses réformes judiciaires en Hongrie, le proche de Viktor Orbán, Tibor Navracsics, devrait occuper le poste de commissaire européen à la Culture et à l’Education. Une désignation qui suscite l'indignation.

« Et cet homme doit représenter la culture en Europe ? » a titré le journal Die Welt, après la nomination du ministre hongrois des Affaires étrangères, Tibor Navracsics à un poste de commissaire européen à la Culture, à l'Education, à la Jeunesse, à la Citoyenneté. Pour la vice-présidente du Parlement européen, Ulrike Lunacek (parti des Verts), citée par le journal autrichien Die Presse, cette désignation est une « erreur ». De son côté, l’eurodéputé italien Gianni Pittella (S&D) a déjà annoncé que son groupe politique au Parlement européen soutiendrait « uniquement les candidats qui sont prêts à représenter les valeurs fondamentales de l’Union européenne » lors de l’audition fin octobre des futurs commissaires. « Que Tibor Navracsics soit prévenu », a-t-il ajouté.

 

Réformes liberticides

Pourquoi une telle réticence ? Membre du Fidesz, le parti conservateur du Premier ministre hongrois Viktor Orbán et ancien ministre de la Justice, Tibor Navracsics est à l’origine de réformes très controversées. Il est par exemple l'auteur de la loi sur les médias hongrois qui interdit toute critique envers le gouvernement. Une loi jugée liberticide même par la Commission européenne.

Par ailleurs, Tibor Navracsics a été accusé à plusieurs reprises de porter atteinte à l'indépendance de la justice. Au sein du gouvernement Orban, il aura fragilisé la magistrature en mettant des centaines de juges à la retraite anticipée, mais aussi en restreignant les compétences de la Cour constitutionnelle. Sous son exercice, l'Office national de la Justice a concentré tous les pouvoirs judiciaires sous sa coupe. « De tels pouvoirs, incluant celui de sélectionner les juges et les hauts fonctionnaires, ne sont confiés à une seule et unique personne dans aucun autre pays membre du Conseil de l'Europe », a fait remarquer la Commission de Venise, l’organe consultatif sur les questions constitutionnelles du Conseil de l’Europe, cité par Euractiv.fr

 

Education sous pression

Lui qui espérait hériter du portefeuille de l’élargissement au sein de la Commission européenne, se retrouve finalement chargé de la Culture et de l’Education. Un comble pour nombre d'observateurs qui n'ont pas oublié comment en Hongrie, le gouvernement Orbán a restreint à peau de chagrin l’autonomie des universités tout en imposant des mesures drastiques, comme l'obligation pour les jeunes qui quittent la Hongrie après leurs études de rembourser leur frais de scolarité. 

Reste à savoir comment Tibor Navracsics défendra la politique culturelle de son pays. Orbán n'hésite pas à se défaire de tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. En Hongrie, les directeurs des musées, des théâtres ou de l’opéra en ont tous fait les frais...

 

Nadine Ayoub

Dernière màj le 8 décembre 2016