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Une nouvelle ère politique en Autriche ?

Pays : Autriche

Tags : élection présidentielle, Extrême-droite, populisme

Raz-de-marée politique en Autriche : les deux partis au pouvoir depuis 1945, le SPÖ et l'ÖVP, ont été éliminés dès le premier tour de l'élection présidentielle dimanche. Le parti d'extrême-droite FPÖ est arrivé en tête avec plus d'un tiers des suffrages, suivi de loin par le candidat proche des écologistes Alexander Van der Bellen. Commentateurs et journalistes voient dans ce résultat le succès d'un FPÖ plus lisse et plus "acceptable" que du temps de feu Jörg Haider, mais aussi la fin du règne des deux grands partis de gouvernement.

Les cartes de la politique semblent rebattues en Autriche. L'extrême droite est arrivée largement en tête dimanche du premier tour de l'élection présidentielle, balayant au passage les partis social-démocrate et conservateur, principales forces politiques du pays. Le candidat du parti FPÖ, Norbert Hofer, a obtenu 36,4% des voix, réalisant le meilleur résultat de cette formation depuis la guerre à une élection nationale en Autriche. L'écologiste Alexander Van der Bellen se hisse pour la première fois au second tour avec 20,4% des suffrages, aux dépens d'une candidate indépendante, Irmgard Griss (18,5%). Le candidat social-démocrate Rudolf Hundstorfer (SPÖ) et le conservateur Andreas Khol (ÖVP) sont éliminés avec 11,2% des voix seulement chacun.

Un pays marqué par l'essoufflement des partis traditionnels...

Les partis de gouvernement ont perdu [...] toute crédibilité"

"Die Presse" - 24/04/2016

Cet échec représente un réel coup de semonce pour la coalition du chancelier autrichien Werner Faymann (SPÖ) et le vice-chancelier Reinhold Mitterlehner (ÖVP), qui ont toujours contrôlé la présidence depuis la Seconde Guerre mondiale. Reinhold Mitterlehner a relevé que les partis au pouvoir payaient le prix de "la peur du déclassement" d'une partie de la population et "d'une ambiance général hostile à l'establishment".

Au pouvoir à Vienne depuis huit ans, la "grande coalition" gauche-droite souffre d'une indéniable usure et d'une désaffection pour les élites également observée dans plusieurs autres pays, selon les analystes. Elle a particulièrement été chahutée par une hausse du chômage dans ce pays prospère et par la crise des migrants, qui a vu 90 000 réfugiés demander l'asile en Autriche l'an passé, représentant plus de 1% de la population.

Même si la victoire du FPÖ au second tour, prévu le 22 mai, n’est pas certaine, le quotidien autrichien Die Presse dresse un constat sans appel : "Pour le SPÖ et l’ÖVP, la vérité est simple : votre temps est révolu". Plusieurs médias locaux notent l’essoufflement du système politique autrichien, dominé par les deux mêmes partis depuis plus de soixante-dix ans. "Les partis de gouvernement ont perdu la capacité de communiquer décemment, et par là toute crédibilité", explique l’hebdomadaire Profil. Face à des politiciens vieillissants, Nobert Hofer, le plus jeune compétiteur de l’élection, joue également sur son âge.

... Face à la montée en puissance de l'extrême-droite       

Dans tous les cas, le FPÖ est là pour durer

"Profil" - 2/04/2016

Discret vice-président du parlement, Norbert Hofer, 45 ans, se veut une incarnation de l'aile libérale du FPÖ. Benjamin des candidats, cet ingénieur aéronautique réputé pour sa courtoisie et partiellement handicapé à la suite d'un grave accident de parapente, a particulièrement séduit l'électorat jeune, selon les analyses. Il présente un visage plus lisse et plus fédérateur que celui de Barbara Rosenkranz, la candidate du parti à la présidentielle de 2010, qui avait tenu des propos ambigus sur le nazisme.

Son avènement consacre la montée en puissance du FPÖ alors que la coalition gouvernementale est chahutée par la crise des migrants et la montée du chômage dans ce pays prospère. Le parti a déjà dépassé la barre des 30% des suffrages à plusieurs scrutins régionaux l'an passé. Profil estime que "dans tous les cas, le FPÖ est là pour durer".

Une fonction essentiellement honorifique, sauf si...

En savoir plus

Les partis populistes et d'extrême-droite ont récemment bouleversé le paysage politique de bon nombre de pays européens. Retrouvez le dossier de Thema à ce sujet.

Le président autrichien, élu pour un mandat de six ans renouvelable une fois, est réduit d'ordinaire à un rôle protocolaire et moral. Il dispose toutefois de pouvoirs formels étendus : il est chef des armées, nomme le chancelier et peut dans certaines circonstances dissoudre le parlement.

Norbert Hofer a menacé, s'il était élu, de recourir à cette possibilité si la majorité ne suivait pas ses recommandations concernant notamment le dossier des réfugiés. De son côté, Alexander Van der Bellen a annoncé qu'il refuserait de nommer chancelier le chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, même si ce dernier obtenait la majorité au parlement lors des prochaines législatives. 

Cet ancien professeur d'université portera les espoirs du camp de gauche et de la droite modérée au second tour. Théoriquement indépendant, il est soutenu par les Verts, un parti qu'il a longtemps dirigé. Mais il aborde cette échéance avec un handicap arithmétique de seize points, d'autant plus lourd à surmonter qu'aucun des partis n'a émis de consigne de vote. Walter Faymann a toutefois indiqué qu'"à titre personnel", il voterait pour Alexander Van der Bellen, "un homme d'équilibre". Irmgard Griss, une ancienne présidente de la Cour suprême inconnue du grand public il y a encore peu, a indiqué qu'elle se laissait "le temps de la réflexion".

Dernière màj le 8 décembre 2016