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Une lueur d'espoir pour les juifs orthodoxes homosexuels ?

Pays : Israël

Tags : Homosexualité, judaïsme, Religion

Les juifs orthodoxes et homosexuels doivent pouvoir continuer leur pratique religieuse : c'est le message d'un groupe de rabbins israéliens et américains. L'organisation Beit Hillel a publié dimanche, en Israël, un plaidoyer pour plus de tolérance. Et même s'il est loin d'être révolutionnaire, cet appel est une avancée dans la reconnaissance des juifs et juives gays et lesbiennes en Israël. Car même si la capitale Tel Aviv est réputée pour être gay-friendly, les homosexuels sont encore nombreux à être rejetés dans un pays où le religieux prend de plus en plus de place. 

Beit Hillel, un groupe de rabbins orthodoxes israéliens et américains, a publié dimanche un texte appelant les communautés juives orthodoxes à être plus tolérantes avec leurs membres homosexuels, hommes et femmes. "Il y a de la place pour plus de clémence et l’inclusion sociale et pour [les] accepter dans les communautés." Le texte rappelle cependant que, conformément à la loi religieuse juive, les relations sexuelles entre personnes de même sexe restent interdites. Cette prise de position est un pas en avant vers l’acceptation des Juifs homosexuels qui souhaitent continuer à vivre selon les règles religieuses orthodoxes.

Un texte strictement calqué sur la loi religieuse

Beit Hillel a rendu cet appel public à l’occasion d’un congrès dans la ville israélienne de Ra’anana, située à une vingtaine de kilomètres de Tel Aviv. Le document a vocation à proposer "des directives, qui sont basées sur la halakha [la loi religieuse juive], sur comment retenir les personnes avec une orientation homosexuelle dans les communautés religieuses", a exposé le directeur de l’organisation, le rabbin Shlomo Hecht, à l’agence de presse JTA (Jewish Telegraphic Agency) peu avant sa publication.

Son contenu est strictement basé sur la loi religieuse juive, comme le rappelle le titre de la conférence à l’occasion de laquelle il a été dévoilé : "Halakha et retenue – les relations de la communauté religieuse aux homosexuels". Ses auteurs expliquent que la Torah interdit les relations sexuelles entre personnes de même sexe, mais pas "l’orientation homosexuelle". "Donc les personnes qui des orientations homosexuelles, hommes ou femmes, ne sont pas disqualifiées sur le plan de la halakha ou de la morale. Ils sont obligés par les commandements de la Torah, peuvent les remplir pour les autres et peuvent occuper n’importe quelle fonction communautaire, comme n’importe quel membre de la communauté."

Un débat prégnant en Israël

Le débat sur la place des juifs et juives gays et lesbiennes en Israël et dans le judaïsme, notamment orthodoxe, n’est pas nouveau. Il a été tristement relancé en juillet 2015 lorsque Shira Banki, une jeune fille de seize ans, avait été assassinée par un extrémiste ultra-orthodoxe lors de la Gay Pride de Jérusalem. Son meurtrier, Yishai Shlissel, sortait tout juste de dix ans de réclusion pour une agression commise en 2005 à une autre marche des fiertés à Jérusalem, au cours de laquelle il avait blessé trois personnes. Les parents de Shira Banki étaient présents à la conférence au cours de laquelle le document de Beit Hillel a été dévoilé.

La situation des homosexuels est contrastée en Israël : Tel Aviv, dont la Gay Pride rassemble des dizaines de milliers de participants chaque année, est souvent décrite comme la capitale gay-friendly du Proche-Orient. Cette ville libérale, souvent opposée à Jérusalem la religieuse, a cependant un statut à part dans le pays.

Une réponse à une évolution sociétale

Reste à savoir quelle est la portée de ce texte. Dans quelle mesure peut-il faire évoluer les mentalités et les comportements ? Beit Hillel rassemble un peu moins de deux cents rabbins orthodoxes et sionistes, dont certains sont connus et influents. L’organisation, tout en restant fermement attachée aux principes de la halakha, milite notamment pour une plus grande "inclusion" dans le judaïsme orthodoxe, notamment à l’égard des femmes.

Ses membres ont travaillé pendant plusieurs mois sur la question de l’homosexualité. Selon Shlomo Hecht, cette initiative répond à une évolution sociétale. "Les homosexuels choisissent de plus en plus de rester dans leurs communautés religieuses, qu’ils auraient autrefois quittée à cause de leur orientation. Avant, vous étiez soit religieux [orthodoxe] soit homosexuel, mais maintenant vous avez les deux."

Comme le soulignent plusieurs médias israéliens, la prise de position de Beit Hillel n’est pas révolutionnaire, mais elle est une avancée. "Le document de Beit Hillel touche plus au traitement des gays par les communautés orthodoxes individuelles, plus qu’il n’offre de solutions innovantes aux homosexuels orthodoxes", souligne le site américain Jewish Press. L’association Havruta, qui réunit des juifs homosexuels orthodoxes, est quant à elle très enthousiaste : elle qualifie cette prise de position d'"historique" et y voit "une étape importante dans [son] combat pour la reconnaissance, l’acceptation et l’intégration sans avoir à retourner au placard. Nous sommes fiers que notre position ait été prise en compte dans l’écriture de ce document historique et nous espérons qu’il ouvrira une discussion entre personnes à égalité".

Dernière màj le 13 avril 2017