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Un service civique pour aider les Roms

Pays : France

Tags : Rom

Les discriminations contre les roms s'aggravent en France. Cette année, les expulsions de campements et les destructions de bidonvilles ont atteint des records : 13 483 expulsions de personnes vivant dans des camps ont été expulsées, selon le European Roma Rights Centre (ERRC) et la Ligue des droits de l'Homme (LDH). 

 

Selon les estimations, plus de 5.000 enfants roms vivant en France arriveront à 16 ans sans jamais, ou presque, avoir été à l'école. C'est de ce constat qu'est née l'idée de Romcivic, un projet s'appuyant sur la jeunesse pour faire bouger les conditions de vie, et faire la preuve que les jeunes roms sont une richesse pour la France, comme tous les jeunes de ce pays. Depuis le 1 er novembre 2013, ils sont 25 jeunes, filles et garçons, en majorité habitants des bidonvilles, tous volontaires pour effectuer pendant un an leur service civique et agir au service de l'intérêt général. 

 

France : un service civique pour aider les roms
Qui sont les Roms ? 

Les Roms, aussi dénommés Tsiganes, Gitans ou Manouches en France, forment un groupe ethnique originaire de l'Inde arrivé en Europe au cours du XIVe siècle. Ils sont présents depuis des siècles en France et dans d'autres pays européens, en Espagne mais surtout dans les Balkans (Roumanie, Bulgarie, Hongrie, ex-Yougoslavie). 

 

D'où viennent-ils ?

Avec la chute du mur, des Roms originaire d’Europe de l’Est, principalement de Roumanie, se sont établis en France dans les années 90. Fuyant le racisme et un chômage de masse dans leur pays d’origine, ils seraient aujourd’hui entre 20 et 25 000, principalement en Ile-de-France, dans la région lyonnaise et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.  Les Roms sont largement stigmatisés en France où aucune action d’envergure n’a été entreprise par les pouvoirs publics pour permettre leur intégration. 

 

Combien sont-ils?

Aujourd’hui, près de 17 000 Roms vivent dans 400 bidonvilles et campements recensés. Des conditions de vies extrêmement précaires ; ils n'ont ni eau courante, ni électricité. Beaucoup travaillent dans le bâtiment ou sont ferrailleurs, d’autres survivent grâce à la mendicité. Tous souffrent de discriminations et d’une politique d’expulsion de leurs camps rendant difficile la scolarisation leurs enfants. 

 

Une politique d'expulsion

Pendant l’été 2010, après un fait divers impliquant des gens du voyage, le président Nicolas Sarkozy décide de lutter contre les campements illicites et multiplie les expulsions. Une opération politique largement relayée dans les médias renforçant un peu plus la stigmatisation des Roms. Avec l’élection de François Hollande, la situation n’a pas changé en France. Selon le European Roma Rights Centre (ERRC) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH), 13 483 personnes vivant dans des camps ont été expulsées en 2014. Avec trois expulsions par semaine, 80 % de la population vivant dans les bidonvilles a été évacué. La région la plus touchée est l’Ile de France où 67 % des évacuations ont eu lieu.

 

En France, des associations comme les Enfants du canal s’élèvent contre ces expulsions encadrées par la police et entrainant la destruction des bidonvilles car elles n’offrent aucune solution de relogement pérenne. Elisa Riano, qui coordonne le projet Romcivic d’intégration de jeunes Roms effectuant un service civique, analyse les conséquences désastreuses des expulsions. Insertion de la vidéo : ITW d'Elisa Riano, coordinatrice du projet Romcivic, association les enfants du Canal.  

 

Interview d'Elisa Riano, coordinatrice du projet Romcivic
La "doctrine Valls"

En septembre 2013, Manuel Valls alors ministre de l’Intérieur affirmait : "Il faut dire la vérité aux Français, ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation avec les populations locales". Il poursuivait, fermant la porte à toute politique d’intégration : "C’est illusoire de penser qu’on règlera le problème des populations Roms à travers l’insertion, il n’y pas d’autre solution que de démanteler ces campements progressivement et de reconduire ces populations à la frontière. Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie"

 

Ailleurs en Europe

Selon l’ONG European Roma Rights Centre, la France est un des pays d’Europe qui expulse le plus de Roms.  En Italie, alors qu’on estime à 40 000 personnes la population vivant dans les bidonvilles, seuls 56 campements ont été évacués, comptant chacun 25 à 30 personnes, soit dix fois moins qu’en France. En Espagne, les expulsions sont l’exception. 

Dans son avis du 20 novembre 2014, la Commission nationale consultative des droits de l’homme avait constaté à propos de la France qu’à "une politique d’intégration c’est une politique d’évacuation qui a été privilégiée, faisant fi des situations humaines tragiques et institutionnalisant au plus haut niveau de l’Etat la violation des droits des populations vivant en bidonvilles en France".

 

L'initiative "Enfants du Canal"

Depuis 2013, Les Enfants du Canal, une association de lutte contre l’exclusion, a mis en place un programme original : Romcivic. Elle propose à 19 jeunes Roms, filles et garçons, vivant pour la plupart dans des campements en région parisienne, d’effectuer un service civique au sein de l’association avec des jeunes français. Cette année, les jeunes ont participé à la collecte de la Banque alimentaire et à des maraudes auprès de sans abri. 

Ils se retrouvent tous les matins au siège de l’association à Paris avant de partir par équipe de quatre (trois Roms et un jeune Français) vers différents campements de région parisienne. Leurs missions : aller au devant des habitants, apporter de l’aide, encourager la scolarisation des enfants, informer les familles de leurs droits (accès aux soins). Ils forment un véritable collectif qui se retrouve tous les jours pour organiser les actions à mener et débattre de leur vécu. 

 

Dans les locaux de Romcivic
Une intégration possible

Au cours de leur service civique, ces jeunes travaillent sur un projet professionnel, entament des démarcher pour suivre une formation, suivent des cours de français. Chacun reçoit un pass navigo pour se déplacer et 400 euros d’indemnité par mois. Le service civique leur permet de sortir de leurs campements, de rencontrer des personnes d’horizons différents.

Des psychologues assurent aussi un suivi personnalisé de chacun d’entre eux. 

Tous envisagent leur avenir en France, pays où certains sont arrivés très jeunes et où ils vivent depuis des années. Après une année d’existence, le bilan de cette expérience d’intégration est largement positif. Près de la moitié des jeunes volontaires ont retrouvé un emploi à la fin de leur service civique. 

Dernière màj le 8 décembre 2016