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Le cessez-le-feu déjà violé à Alep

Pays : Syrie

Tags : Alep, guerre

La nouvelle trêve débuté jeudi à Alep a déjà été violée par l'aviation syrienne. Cette ville est, depuis des mois, le lieu d'intenses combats entre le régime de Bachar al-Assad et ses opposants. Pourtant l'enjeu est crucial pour les milliers de civils des quartiers assiégés, qui manquent de nourriture et de soins médicaux. Le cessez-le-feu restera fragile tant que les pourparlers de paix dirigés par la Russie et les Etats-Unis, seront dans l'impasse.

Un nouveau cessez-le-feu de 48 heures, annoncé par la Russie, est entré en vigueur jeudi dans la métropole syrienne d'Alep. La matinée a été calme permettant aux habitants de sortir faire quelques courses - pour la première fois depuis le début du ramadan. Mais quelques heures plus tard, les violences ont repris. L'aviation syrienne a lancé des barils d'explosifs sur les quartiers rebelles à l'est de la ville. Pour le ministère russe de la Défense, cette nouvelle trêve visait pourtant à "réduire le niveau de violence armée et stabiliser la situation".

L'ONU critiquée

Sur le plan humanitaire, une cinquantaine d'organisations syriennes d'opposition ont critiqué l'action de l'ONU en Syrie, l'accusant de "capituler" devant le régime concernant l'accès de l'aide aux victimes du conflit en Syrie. Selon leur rapport, en avril, 88% des livraisons de nourriture l'ont été à des régions contrôlées par le régime et 12% dans des secteurs hors de son contrôle. Le coordinateur humanitaire de l'ONU en Syrie, Yaacoub al-Helou, a prévenu qu'il serait "suicidaire" d'envoyer des convois humanitaire sans autorisation.

Une trêve vouée à l'échec ?

A peine commencé, ce nouveau cessez-le-feu avait déjà été critiqué. Pour l’OSDH, "cette trêve temporaire de quelques heures ne vise pas à arrêter le bain de sang et les massacres, mais elle est un simple repos pour les assassins et les auteurs des tueries contre les Alépins et le peuple syrien". Karim Bitar, directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), est lui aussi dubitatif : "Il semble s'agir encore une fois d'un cessez le feu de convenance, guère adossé à un vrai processus politique". "Les Syriens sont de plus en sceptiques vis-à-vis de ces brefs cessez-le-feu qui semblent devenus aussi artificiels et infructueux que les séances de négociations qui suscitent à chaque fois des espoirs puis des déceptions amères", ajoute-t-il.

A Alep, ravagée par la guerre et divisée depuis 2012 entre régime et rebelles, de tels cessez-le-feu temporaires ont été régulièrement annoncés ces derniers mois. Mais, après un répit de quelques jours, ce front s'est de nouveau enflammé, avec d'un côté des raids sanglants de l'armée de l'air syrienne et, de l'autre, des tirs de roquettes meurtriers des insurgés sur les quartiers gouvernementaux. Un hôpital soutenu par Médecins du Monde a été détruit mardi par un bombardement aérien dans les quartiers rebelles d'Alep, dans l'est de la ville, sans faire de victimes, a affirmé mercredi à Paris cette ONG. Des centaines de milliers de civils se trouvent dans des localités assiégées, dans la plupart des cas par les forces gouvernementales, sans accès à la nourriture ni à une aide médicale.

 

Aleppo Ramadan

Le 11 juin, pendant le Ramadan, des habitants d'Alep attendent dans un quartier contrôlé par les rebelles une distribution de nourriture de l'ONG Syria Charity.

 

 
Le ton monte entre les Etats-Unis et la Russie

L’annonce de la trêve est intervenue quelques heures seulement après un avertissement lancé par le chef de la diplomatie américaine John Kerry à Damas et Moscou. "Il est manifeste que la cessation des hostilités est fragile et menacée, et qu'il est crucial d'instaurer une vraie trêve", a-t-il déclaré à Oslo, en référence à la trêve instaurée à l'initiative de Moscou et Washington le 27 février - dont les groupes jihadistes sont exclus - mais qui est régulièrement violée depuis avril. "La Russie doit comprendre que notre patience n'est pas infinie. En fait, elle est même très limitée quant au fait de savoir si Assad va ou non être mis devant ses responsabilités" et faire taire les armes sous la pression de la Russie, a ajouté le secrétaire d'Etat. 

Les États-Unis veulent obtenir un cessez-le-feu stable et espèrent y parvenir dans les deux semaines, ce qui permettrait d'accélérer l'acheminement de l'aide humanitaire aux victimes du conflit. Trois rounds de négociations indirectes entre le régime syrien et l'opposition ont été organisés cette année à Genève sous l'égide de l'ONU mais n'ont abouti à aucune avancée. Le principal point de blocage entre les deux parties reste le sort du chef de l'Etat syrien Bachar al-Assad. Pour Washington, le départ du président syrien n'est pas négociable, alors que pour le Kremlin, seuls les électeurs syriens ont le droit de décider de son sort. 

Le guerre en Syrie a fait plus de 280 000 morts depuis le printemps 2011 et de plusieurs millions d'entre eux. Notre dossier.

Dernière màj le 17 juin 2016