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Un an de coalition contre l’Etat islamique, pour rien ?

Pays : Irak, Syrie

Tags : Etat Islamique, terrorisme

Il y a un an, une quarantaine de pays arabes et occidentaux décidaient de prendre part à une coalition internationale contre un ennemi commun : le groupe Etat islamique. Une initiative inédite pour mettre fin à la menace de ce groupe djihadiste, établissant son influence à cheval entre la Syrie et l’Irak. Douze mois après les premières frappes aériennes, le bilan est mitigé. Retrouvez dans notre infographie les chiffres clés de la guerre contre le groupe Etat islamique. 

Les premiers raids aériens en Irak et en Syrie débutent le 8 août 2014, et vingt-deux pays prennent part au combat. Mais c’est le mois suivant, lors du sommet de l’Otan, à Newport au Pays de Galles, que la coalition prend officiellement forme. Sous l’impulsion des Etats-Unis, près de quarante pays jurent de lutter ensemble contre le califat récemment autoproclamé. Mais, en juin, lors de la dernière réunion internationale de la coalition, seuls vingt-quatre d’entre eux étaient présents. Cette alliance contre l’Etat islamique (EI) regroupe en réalité des intérêts et des engagements très hétéroclites.

 
1. Quels sont les membres de la coalition internationale ?

Si tous les Etats s’engagent à lutter contre l’EI en renforçant la surveillance des transferts d’argent et du recrutement des combattants sur leur territoire, peu sont prêts à s’investir militairement. D’abord, seuls des pays occidentaux, comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le Canada ou l’Australie, déploient leurs militaires dans la région ou livrent des armes. L’Allemagne, le Portugal, l’Italie ou l’Espagne se limitent, eux, à une aide logistique et humanitaire. Mais aucun soldat occidental ne prend part au combat : leur contribution se cantonne à des missions de surveillance ou à la formation des insurgés syriens, et des combattants kurdes. Les pays arabes de la région, comme les Emirats arabes unis ou la Jordanie accueillent ces militaires occidentaux. Progressivement, certains pays arabes prendront également part aux frappes aériennes contre les positions de l’EI en Irak et en Syrie. C’est le cas de l’Arabie saoudite, et, depuis juillet, de la Turquie.

2. Comment s’organise, sur le terrain, la lutte contre l’Etat islamique ?

591

civils, au moins, auraient péri sous les raids de la coalition internationale, selon le rapport d'une ONG basée à Londres.

Airwars - 03/08/2015

Sur le terrain, ce sont donc les insurgés syriens, les combattants kurdes ou d’autres groupes djihadistes qui livrent le combat face à l’Etat islamique, appuyés par les bombardements de la coalition. L’armée syrienne - les forces loyales au régime de Bachar al-Assad - est également à la manœuvre, repoussant aussi bien les offensives de l’EI que celles de l’Armée syrienne libre, l’un des principaux groupes d’insurgés reconnu par la communauté internationale. Les peshmergas (les combattants kurdes d’Irak) et les YPG (combattants kurdes de Syrie) ont ainsi gagné en légitimité, s’affichant comme les derniers remparts sur le terrain lors de la bataille de Kobané, à la frontière turco-syrienne, ou lors de la poussée de l’EI dans les Monts Sinjar, au nord de l’Irak. Leur présence est d’autant plus précieuse que l’armée irakienne semble impuissante à stopper l’influence djihadiste, une inefficacité due à la mauvaise organisation des troupes et à des divisions confessionnelles, entre sunnites et chiites, au sommet du pouvoir irakien.

 
3. Un an après, l’Etat islamique est-il affaibli ?

En savoir plus...

Consultez notre dossier "Daech ou la surenchère de la terreur".

La Maison-Blanche livre régulièrement un bilan de l’action de la coalition internationale contre l’EI. Selon le dernier en date, communiqué fin juillet, 5 800 frappes aériennes ont été effectuées en un an. Des opérations qui ont permis de récupérer 25% de zones contrôlées, à un moment donné, par l’EI. Mais les statistiques sont trompeuses : en réalité, sur le terrain, les djihadistes semblent avoir imposé leur influence sur 300 000 km², à cheval entre la Syrie et l’Irak. Ils contrôlent surtout des axes routiers stratégiques et des plateformes pétrolières, et ont établi leurs fiefs dans des villes comme Raqqa, en Syrie, ou Mossoul, en Irak. La reprise symbolique, par les forces de la coalition et les combattants kurdes des villes de Kobané, au nord de la Syrie, et de Tikrit en Irak, ont rapidement été éclipsées par l’offensive djihadiste sur les villes de Palmyre ou de Ramadi.

 

8 700

cibles touchées, en un an, par la coalition internationale contre l'Etat islamique.

Josh Earnest, porte-parole de Barack Obama  - 31/07/2015

Si la coalition se targue d’avoir "neutralisé" près de 10 000 combattants en un an, les filières de recrutements de l’Etat islamique dans les pays occidentaux lui permettent de maintenir un nombre assez stables de partisans, entre 20 000 et 30 000 djihadistes. Au final, l’Etat islamique ne semble ni affaibli, ni renforcé et une impression de statu quo domine. Les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas semblent avoir abouti au même constat, en proposant à leurs Parlements nationaux de prolonger l’intervention des Etats dans la coalition internationale.

 

 

4. Syrie et Irak : quel statut dans le conflit ?

Si le régime syrien de Bachar al-Assad combat également l’influence de l’Etat islamique sur son territoire, il ne prend pas part à la coalition contre le "califat". Mis au ban de la communauté internationale, Bachar al-Assad tire néanmoins profit de ce conflit qui occulte la révolte syrienne contre Damas et divise les groupes insurgés, entre djihadistes (comme al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda) et "modérés" (comme l’Armée syrienne libre). Le dictateur syrien semblait, un temps, pouvoir s’imposer comme un interlocuteur indispensable face à la menace djihadiste. Néanmoins, la récente décision de l’Onu, de former un groupe d’experts pour enquêter sur de probables attaques chimiques perpétrées par le régime semble mettre à mal cet éphémère retour en grâce.

L’Irak du premier ministre Haider Al-Abadi, semble, lui, se rapprocher d’une confessionnalisation du conflit, dans un pays où les tensions entre sunnites et chiites sont grandes. Les milices chiites sont d’ailleurs privilégiées par le pouvoir, au détriment d’une armée peine à se remettre de lourds revers face à l’Etat islamique. L’influence de conseillers iraniens divise au plus haut niveau du pouvoir et de l’état-major irakien.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016