Ukraine : l’Histoire effacée

ARTE Reportage - samedi, 17 octobre, 2015 - 18:35

Pays : Ukraine

Tags : Ukraine, décommunisation

C'est à une nouvelle révolution que se prépare l'Ukraine. Une "révolution culturelle" cette fois-ci. 

Sur fond de guerre avec la Russie, le président Porochenko a promulgué une série de lois mémorielles, dites de décommunisation. Il souhaite ainsi réaffirmer l’indépendance de son pays vis-à-vis de l’ancienne mère-patrie. 

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"La décommunisation de l'Ukraine" le reportage dans ARTE Journal

Toute « propagande soviétique » est désormais interdite sur le territoire. Le parti communiste ne peut plus présenter de candidats aux élections, les statues du camarade Lénine doivent être déboulonnées et le fait d'entonner l'hymne de l’ex-URSS en public est même passible d’une peine de cinq années d'emprisonnement. 

Ces lois, qui réhabilitent également au rang de héros national des groupes armés ayant combattu les soviétiques aux cotés des nazis, étaient réclamées depuis des années par l'extrême droite. Le gouvernement ukrainien donne ainsi des gages aux groupes paramilitaires ultra-nationalistes qui se sont révélés indispensables dans la guerre contre les séparatistes pro-russes. La milice « Secteur droit », récemment intégrée dans le jeu politique, refuse pourtant de rendre les armes, s’estimant la seule vraie gardienne de l’identité nationale. 

A travers cette politique, le gouvernement Ukrainien espère surfer sur le sentiment nationaliste d’un peuple éprouvé par une guerre qui a déjà fait plus de 8 000 morts. Mais cette stratégie semble l’enfermer dans une impasse. A la pression d’une d’extrême droite de plus en plus revendicatrice, s’ajoutent désormais les critiques d’une partie de la population pour qui ces nouvelles lois de « désoviétisation » portent atteinte à l’identité et à la mémoire du pays.

Ukraine : l’Histoire effacée

 

De Gwenlaouen Le Gouil et Brice Lambert – ARTE GEIE / Cargo Culte Productions – France 2015

Gwenlaouen Le Gouil à propos de son reportage
L'URSS : une fédération de quinze républiques socialistes

 


D’extrême droite et contre tous

Ils considèrent le cessez-le-feu avec les séparatistes prorusses comme une trahison à la patrie. Ils exigent l’expulsion des étrangers, entretiennent des liens amicaux avec le Parti national-démocrate d’Allemagne et commémorent l’engagement des collaborateurs ukrainiens aux côtés des troupes d’Hitler. Pour les groupuscules nationalistes et d’extrême droite ukrainiens, la "décommunisation" du pays, signée par le président Petro Porochenko, ne va pas assez loin. Ils se battent sur deux fronts à la fois : à l’est contre les séparatistes et à l'intérieur , contre le gouvernement. Car, pour eux, l’Ukraine est en état d’occupation.

Commémoration de héros nazis

Ukraine : un cessez-le-feu bien fragile

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Le 14 octobre dernier, une importante délégation de différents mouvements nationalistes a défilé dans les rues de Kiev. Ce jour-là, l’Ukraine célébrait pour la première fois sa toute nouvelle "Fête nationale du défenseur de la Patrie". A cette occasion, quelque 2 000 partisans du parti nationaliste « Svoboda » et de l’organisation paramilitaire "Secteur de Droite" ont pris part à une "marche des héros". L’an passé, ils avaient déjà fêté le 14 octobre pour commémorer la création de l’UPA, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, qui s’est battue aux côtés de la Wehrmacht allemande contre l’armée soviétique et qui a participé au massacre des Polonais et des Juifs en Volhynie en 1943. Depuis, l’UPA n’a jamais changé de nom. En avril 2015, elle revendique l’assassinat de deux opposants prorusses et menace de tuer d’autres personnalités "anti-ukrainiennes".
Le fait de décréter un nouveau jour férié à cette date précise est une concession importante du gouvernement aux nationalistes de l’UPA. Mais ceux-ci en veulent davantage.

Député en armes 

Dmytro Yarosh, leader du groupe paramilitaire armé "Secteur de Droite" a demandé en juillet la tenue d’un référendum pour chasser du pays le président et le gouvernement. Il reproche à Porochenko d’être trop conciliant avec la Russie et trop aligné sur l’Europe. "Secteur de Droite" a été créé en novembre 2013 au début des manifestations de la place Maïdan par des nationalistes extrémistes soucieux de se démarquer des autres manifestants. Car contrairement à beaucoup d’Ukrainiens, "Secteur de Droite" revendiquait déjà à ce stade une Ukraine indépendante non seulement de la Russie, mais aussi de l’occident. A l’est du pays, le groupe est engagé dans les combats contre les séparatistes prorusses. Outre la Russie et le gouvernement de Kiev, ses ennemis sont la gauche, les communistes, les socialistes et les libéraux. Dmytro Yarosh qui n’hésite pas à déclarer qu’il dispose de suffisamment d’armes pour défendre tout le pays, a été élu député au Parlement ukrainien à l’automne 2014.
En avril dernier, le président ukrainien Porochenko l’a nommé conseiller officiel de l’Etat-major. La manœuvre, destinée à contrôler plus facilement l’extrême droite, n’a pas fonctionné. En septembre, le gouvernement a finalement sommé "Secteur de Droite" de faire un choix : soit le mouvement se transforme en organisation civile, soit il accepte d’être incorporé dans la garde nationale. Pour l’heure, aucune de ces deux options n’a été concrétisée. En revanche, les miliciens de "Secteur de Droite" gardent le droit de conserver leurs armes.
 

Dossier : Uwe-Lothar Müller, David Zurmely, Judith Kormann

 

Dernière màj le 8 décembre 2016