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UE : Macron et Merkel tentent d'accorder leurs violons

Pays : Union européenne

Tags : Emmanuel Macron, Angela Merkel, Défense, économie, France, Allemagne

Emmanuel Macron et Angela Merkel se sont rencontrés à Berlin, deux jours après la première intervention du président français devant le Parlement européen. Le chef de l’Etat a tenté de relancer ses projets de refondation de l'Europe post-Brexit, face à une Allemagne prudente, pour ne pas dire circonspecte. Les deux pays ont pour objectif d'accoucher de propositions communes pour le Conseil européen de juin. ARTE Info vous détaille les principaux points à l'ordre du jour.

L'Europe de la défense

UE : Macron retrousse ses manches

 

"Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir", avait déclaré Emmanuel Macron lors de son discours à la Sorbonne, le 26 septembre 2017, avec pour objectif "la capacité d’action autonome de l'Europe". Le chef de l'Etat se préoccupait notamment du terrorisme et du réchauffement climatique, invoquant respectivement la création d'un parquet européen spécialisé et d'une "force européenne de protection civile"

Le président français avait également critiqué l'absence de politique étrangère commune, qui mettait selon lui en cause la crédibilité de l'Europe et appelé de ses vœux "une initiative européenne d’intervention". Les récentes frappes occidentales visant le régime de Bachar al-Assad en Syrie ont démontré les différences entre Paris et Berlin à ce sujet. Au sein de l'UE, seule la France et le Royaume-Uni - pays qui se prépare à quitter le bloc - se sont associés aux Etats-Unis. L'Allemagne a refusé toute participation, tout en soutenant l'action. Cette position s'explique par de strictes contraintes parlementaires et par le pacifisme profondément ancré de l'opinion, ainsi que l’opposition des sociaux-démocrates allemands, alliés d’Angela Merkel.

Sans compter que même si l'Allemagne le voulait, le mauvais état de ses équipements militaires en raison de sous-investissements limite de toute façon ses moyens d'actions. "L'Allemagne est coincée entre une absence de volonté et de capacité à agir" et avec la Syrie "elle a montré qu'elle ne peut prétendre au statut de puissance dominante en Europe", estime auprès de l’AFP Thomas Jäger, professeur de relations internationales à Cologne. Jeudi, Angela Merkel a malgré tout plaidé pour une réflexion commune sur la politique étrangère et d'asile de l'UE.

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L'approfondissement de l'union bancaire

"La zone euro n'est pas suffisamment à l'abri des crises" et elle doit être réformée, a déclaré jeudi Angela Merkel, lors d'une conférence de presse précédant leur rencontre : sur ce point-là au moins, Paris et Berlin sont d'accord. C'est sur l'orientation de ses évolutions que la France et l'Allemagne diffèrent. Emmanuel Macron l'a d'ailleurs rappelé, arguant qu'il ne s'agit pas de parler "de tel ou tel instrument", mais de savoir "quel objectif nous voulons atteindre". Le chef de l'Etat a répété son message, expliquant qu'il faut "articuler responsabilité et solidarité"

Il ne faut pas que l'épargnant allemand se retrouve garant des banques grecques et italiennes

Eckhardt Rehberg, membre de la CDU

Le président français veut créer un budget commun avec un super-ministre des Finances de la zone euro et approfondir l’union bancaire, avec l’introduction d’un système commun et solidaire de gestion des faillites des banques et de garantie des dépôts. L’Allemagne reste très réticente sur ces deux axes, redoutant d'avoir à financer des Etats membres plus pauvres ou plus dépensiers. "Il ne faut pas que l'épargnant allemand se retrouve garant des banques grecques et italiennes", avait averti mercredi un des experts du dossier au sein du parti d'Angela Merkel, Eckhardt Rehberg. La chancelière a insisté jeudi sur la nécessité pour les gouvernements de faire des "efforts nationaux", des économies budgétaires et des réformes pour rendre leurs économies plus compétitives.

La France et l'Allemagne ont toutes les deux récemment reconnu qu'il leur faudra augmenter leurs contributions respectives à l'UE après le Brexit. Le départ du Royaume-Uni de l'Union crée un casse-tête pour les Vingt-sept, en laissant un "trou" dans les finances européennes, évalué entre 12 à 15 milliards par an par la Commission européenne.

 

La réforme du Mécanisme européen de stabilité

Dans une interview au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, le ministre allemand des Finances Olaf Scholz a indiqué dimanche que Berlin restait favorable à une autre réforme, celle de la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en un Fonds monétaire européen (un FME). Le MES a été créé en 2012 pour renflouer les Etats membres défaillants et éviter qu’une crise ne se propage à toute la zone euro.

Les députés conservateurs allemands exigent qu’un éventuel FEM soit indépendant de la Commission européenne, dont ils estiment qu'elle est trop laxiste avec les Etats affichant des déficits publics. Ils refusent que ce Fonds aide les gouvernements confrontés à des "crises conjoncturelles", comme le souhaite Bruxelles. Et ils conditionnent sa création à une réforme des traités européens, ce qui rend sa réalisation très improbable.

 

Europe du Nord vs. Europe du Sud ou couple franco-allemand ? Angela Merkel et Emmanuel Macron veulent être à l'initiative pour réformer l'UE, malgré leurs profondes divergences. Deux blocs opposés pourraient pourtant se former dans l'UE. En mars, huit pays du Nord de l'Europe (Pays-Bas, Finlande, Irlande, Danemark, Suède, Estonie, Lituanie, Estonie) ont publié une déclaration commune sur le projet de réforme de la zone euro que porte la France. Ces Etats, qui refusent de payer les excès de membres de l'UE jugés trop laxistes, rejoignent ainsi la position de l'Allemagne. De son côté, la France semble chercher l'appui des pays du Sud. Elle vient d'inviter Madrid et Rome à se joindre au projet de réforme.  

Dernière màj le 20 avril 2018