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Traître, terroriste, criminel ? Non, journaliste.

Pays : Union européenne

Tags : Liberté d'expression, presse

Trahison. Tel est, ni plus ni moins, le chef d'inculpation choisi par le procureur général allemand Harald Range à l'encontre de deux blogueurs du site Netzpolitik.org. Ceux-ci ont révélé en début d'année des documents confidentiels présentant les projets de l’Office de protection de la Constitution (renseignement intérieur) pour surveiller Internet. Mardi soir, le ministère de la Justice annonçait la mise à la retraite anticipée du procureur général, suite aux nombreuses protestations suscitées par l'affaire.

 

Mise à jour (10/08/2015) : la justice allemande a finalement renoncé à poursuivre les deux journalistes, estimant que les révélations de Netzpolitik ne trahissaient aucun secret d'État.

Plus que la surveillance massive des citoyens révélée par les journalistes de Netzpolitik.org, c'est la pression exercée par la justice sur les blogueurs qui a provoqué l'indignation. Les tentatives d'entraver le travail d'investigation des journalistes par le recours à des poursuites judiciaires ou à des mesures de surveillance se développe en Europe. Et de nouvelles lois visant à renforcer la sécurité des citoyens (lois anti-terroristes, loi sur le renseignement,...) votées ces derniers mois menacent également la liberté des journalistes d'exercer leur métier. Voici un petit tour d'horizon des mesures qui menacent la liberté d'expression en Europe et quelques cas particuliers de journalistes inquiétés.

Ainsi en Espagne, où les manifestations se sont multipliées ces dernières années (80 000 en deux ans), notamment pour dénoncer la politique d’austérité, la violence policière ou la corruption. Sous couvert de protéger l’ordre public, les conservateurs du Parti Popular ont fait adopter une loi dite "de sécurité citoyenne", entrée en vigueur le 1er juillet. Les opposants l’ont vite qualifiée de "loi bâillon", car elle restreint les droits de réunion, de grève et de manifestation. Le nouveau code pénal prévoit en effet 45 nouvelles infractions, dont certaines limitent le travail des journalistes. Photographier un policier durant une manifestation est désormais passible de 600 à 30 000 euros d’amende.

 

Une menace pour la sécurité

En Angleterre, c'est la mise sur écoute de journalistes qui inquiète. Début 2015, The Guardian accusait les services secrets britanniques d'avoir intercepté 70 000 mails en 2008, dont certains provenant de journalistes de The Guardian, de la BBC, de The New York Times et de The Washington Post notamment. Le quotidien s'appuie sur les documents révélés par Edward Snowden, parmi lesquels se trouve également un mémo des services de renseignements indiquant que "Les journalistes et les reporters de tous médias confondus représentent une menace potentielle pour la sécurité".

Inquiétudes en France également, après le vote de la loi sur le renseignement. Les journaux européens n'hésitaient pas à titrer : "Le Sénat vote la surveillance globale", "La France en route pour la surveillance globale". Cette loi renforce en effet les moyens de surveillance électronique des services de renseignement français. Ceux-ci pourront notamment procéder à des écoutes téléphoniques et des interceptions électroniques sans passer par un juge, dans le cas de personnes suspectées de terrorisme, ou avoir recours à des algorithmes pour analyser des masses importantes de données collectées. Une loi qui peut représenter une menace pour les sources des journalistes, dont l’anonymat sera difficile à garantir. Le texte a été vivement critiqué, poussant le Président François Hollande à demander l’avis du Conseil constitutionnel.

Autres méthodes en Italie : la rétention d'information et le recours à la plainte pour diffamation. Bien que la Constitution italienne garantit la liberté d'expression, il est très difficile pour les journalistes d'obtenir les documents officiels qu'ils sont en droit de demander. En outre, un nombre croissant de plaintes pour diffamation sont déposées par les hommes politiques à l'encontre des journalistes. La législation italienne à ce sujet prévoit des peines allant de six mois à six ans de prison.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016