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Tragédie des réfugiés au Sinaï

Pays : Érythrée

Tags : torture

La voix de cette femme au téléphone est désespérée : « s’il te plaît, dépêche-toi. Il faut que tu nous sauve cette nuit ! ». Mais 6000 kilomètres séparent la journaliste Meron Estefanos, qui répond à cet appel depuis Stockholm, et Semhar, qui est retenue en otage dans un camp de torture de la péninsule du Sinäi, près de la frontière israélienne. Là-bas, elle se fait brutalement maltraiter, violer et torturer par ses ravisseurs Bédouins.

Mercredi 17 septembre

00:10

La torture au bout du fil

Le combat d’une journaliste érythréenne pour venir en aide à ses compatriotes fuyant la dictature militaire, pris en otage à la frontière entre l’Égypte et Israël, torturés et rançonnés.

Meron Estefanos, elle, a quitté l’Erythrée pour Stockholm à l’âge de 14 ans et est considérée parmi les experts comme l’une des meilleures connaisseuses des destins tragiques de ces réfugiés au Sinaï. La réalisatrice Keren Shayo, pour son documentaire « Sound of Torture »,  a accompagné Meron dans son travail pour la Radio Erena et dans son combat pour attirer l’attention sur la situation de ces réfugiés aux portes de l’Europe.


La technique des tortionnaires est perfide : De nombreux Erythréens, qui espèrent fuir la misère et la dictature militaire qui sévit dans leur pays d’origine en migrant vers Israël ou l’Europe, sont captivés puis retenus en otage par des Bédouins dans des camps de torture. Pendant que ces derniers les torturent avec des électrochocs ou en leur faisant couler du plastique brûlant sur la peau, les victimes ont le droit de téléphoner à leurs proches, afin de leur réclamer une rançon.

60.000

Euro - c'est la rançon parfois exigée pour la libération des migrants.

 


Meron Estefanos est témoin de cette situation depuis 2009. Depuis,  les rançons d’argent exigées par les ravisseurs pour libérer ces migrants (pour la plupart érythréens, mais aussi éthiopiens, soudanais ou somaliens) ont atteint les 30 000 à 60 000 euros. Cependant, la plupart du temps, même lorsque la somme est rassemblée, les tortionnaires libèrent leurs victimes dans le désert, où ils sont récupérés par la police ou l’armée égyptienne pour être expulsés et renvoyés dans leur pays d’origine. Peu de migrants réussissent à franchir la frontière vers Israël. Même lorsqu’ils y parviennent, ces réfugiés y sont officiellement considérés comme des "intrus".

 

 


Meron Estefanos téléphone régulièrement avec des otages dans les camps de torture et témoigne de leur calvaire dans son émission de radio. Elle espère ainsi retenir ses compatriotes érythréens de fuir, même si elle sait à quel point la situation en Erythrée, surnommée « la Corée du Nord d’Afrique » par de nombreux experts, est insupportable. Dans ce pays internationalement isolé présidé par l’ancien chef rebelle Isayas Afewerki, le service militaire est obligatoire pour des milliers d’hommes et de femmes, la situation alimentaire ne fait que s’aggraver et l’exode de nombreux jeunes a laissé l’économie et la société au point mort. Ces jeunes voient dans la fuite la seule issue à cette situation fatale : soit par la mer Méditerranée, où ils sont bien souvent repêchés morts au large de Lampedusa, ou encore par la route en direction d’Israël, au long de laquelle se développe ce commerce florissant de réfugiés. Ce commerce se développerait maintenant même directement à la frontière entre l’Erythrée et le Soudan, d’après Meron.

Pour moi, c’est un combat contre la dictature et l’injustice.

Meron Estefanos

 

Comment la journaliste et activiste vit-elle avec le fait que, malgré ses efforts, si peu soit entrepris   pour améliorer le sort de ces réfugiés?  Comment supporte-elle les conversations avec les otages, qui placent tous leurs espoirs entre ses mains ? "Pour moi, c’est un combat contre la dictature et l’injustice", dit Meron Estefanos. "La source de toutes ces atrocités est à trouver dans la dictature en Erythrée. Si nous n’assistons pas bientôt à un changement de régime, nous verrons encore de nombreux réfugiés mourir à Lampedusa ou au Sinäi".

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016