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Toujours le chaos au Yémen

Pays : Yémen

Tags : Arabie Saoudite

Les raids de la coalition arabe au Yémen se poursuivent. Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni ce samedi 4 avril pour instaurer des "pauses humanitaires", à l'instigation de la Russie, sans effet pour le moment... Le dernier décompte macabre fait état de 519 morts en deux semaines et plusieurs centaines de blessés. La coalition menée par l’Arabie saoudite cible les rebelles sunnites Houtis. Dans le même temps, des combats continuent au sol entre ces mêmes rebelles et les partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi, réfugié en Arabie saoudite. C’est autour d’Aden, deuxième ville du pays que se concentrent ces combats. Profitant du chaos ambiant, des islamistes d’Aqpa (Al-Quaïda dans la Péninsule Arabique) ont attaqué mercredi une prison du sud-est du pays. Leur opération a permis de libérer quelques 300 détenus dont un de leurs principaux dirigeants.

 

"Tempête décisive", la coalition menée par Riyad

Le 26 mars, l’Arabie saoudite a décidé d’intervenir militairement au Yémen, soutenue par une coalition de pays majoritairement sunnites, en bombardant notamment Sanaa, la capitale yéménite tenue par les rebelles chiites (Houthis) depuis septembre. Riyad a mobilisé 150 000 hommes et une dizaine d’avions de combat.

Outre la capitale, jeudi soir, les bombardements ont aussi visé la base militaire d'Al-Tarik, à proximité de Taëz, la troisième ville du pays, et des dépôts d'armes dans la région de Malaheez, dans le nord. Les raids ont aussi atteint l'aéroport de Saada, fief des Houthis dans le nord. Les attaques ont causé la mort de dizaines de personnes, dont des civils, selon l'AFP.

150.000 hommes

C'est le nombre de militaires engagés par l'Arabie Saoudite pour frapper le Yémen. (Source : AFP)

Les pays qui participent à l’opération baptisée « Tempête décisive » sont des Etats voisins (Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït et Qatar), mais celle-ci mobilise aussi l’Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan et le Maroc, selon Riyad.

 

Le but : stabiliser une région stratégique…

Le but de la coalition est d’affaiblir les troupes rebelles pour rasseoir l’autorité du président sunnite Hadi qui a, depuis, quitté Aden où il s’était réfugié, pour rejoindre Riyad.

Il s’agit surtout de stabiliser une région stratégique tant par ses ressources pétrolières (qui assurent 80% des revenus du gouvernement yéménite) que par sa situation géographique : 38% du trafic maritime mondial passerait par le détroit de Bab al-Mandeb, à quelque 150 km à l’ouest d’Aden.

 

Cette agression ne donnera aucun résultat, sauf qu'elle provoquera une propagation du terrorisme.

Ministère iranien des Affaires étrangères - 26/03/2015

… et asseoir ses intérêts

Mais les acteurs en présence sont plus nombreux que les seules forces de la coalition : l’Iran soutient depuis longtemps les rebelles chiites (Houtis, du nom du leader du mouvement) opposés au président Hadi, et a fermement critiqué les bombardements aériens. La porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré que "cette agression ne donnera aucun résultat, sauf qu'elle provoquera une propagation du terrorisme et de l'extrémisme, et une augmentation de l'insécurité à travers la région".

Les intérêts du Yémen impliquent aussi les Etats-Unis, qui assurent un soutien logistique et en renseignement à la coalition. Des "responsables américains" ont ainsi fait savoir à l'AFP que Washington fournirait à Riyad "du ravitaillement en vol et des avions radars". 

De son côté, la France a fait savoir jeudi par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères qu’elle soutenait le président yéménite et l’intervention militaire menée par Riyad. Tout en fustigeant la rébellion chiite et "ceux qui la soutiennent".

Outre la stabilisation de la région, il s’agit aussi d’éviter que la rébellion houthiste ne fasse le jeu d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) et d’Etat islamique (EI), qui tente aujourdh'ui de s'implanter durablement dans la région.

 

Vers une confessionnalisation du conflit

L’intervention armée de la coalition de pays majoritairement sunnites risque de renforcer la polarisation religieuse du conflit, même si les enjeux stratégiques qui expliquent cette opération débordent largement la question de l’opposition sunnites/chiites.

AQPA et EI jouent par exemple sur le clivage confessionnel du Yémen pour rallier davantage de sunnites contre les Houtis chiites, et sur la proximité d’Hadi avec les Etats-Unis pour en faire un motif de mobilisation contre l’Occident et ses alliés "apostats".

 

Cliquez sur les villes marquées de notre carte interactive pour en savoir plus sur les acteurs de cette nouvelle phase de la guerre civile au Yémen.

Dernière màj le 8 décembre 2016