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Theresa May affaiblie, quelles conséquences pour le Brexit?

Pays : Royaume-Uni

Tags : Brexit, Theresa May

Theresa May disposait avant les élections législatives anticipées d'une majorité absolue au Parlement. En provoquant ce scrutin, elle espérait avoir une plus grande marge de manœuvre pour négocier un Brexit "dur" avec les 27, un an après le référendum pour la sortie de l'UE. Pari perdu : elle est contrainte à présent de former un gouvernement minoritaire ou une coalition avec un ou plusieurs autres partis. Ce revers risque de changer la donne pour les négociations sur le Brexit que la Première ministre abordera fortement affaiblie. Si elle est toujours en poste d'ici là. Quelles conséquences le résultat de ce scrutin va-t-il avoir sur les négociations du 19 juin ? Eléments de réponses.

Le "Hard Brexit" enterré ?

Le Brexit n'a jamais été remis en cause pendant la campagne électorale. Même pour le parti travailliste de Jeremy Corbyn -arrivé en seconde position avec 261 sièges-, il est impossible d'ignorer "le verdict du peuple". Ce qui risque de changer, c’est la nature du Brexit : "hard" ou "soft".

Pour les partisans d'un Brexit "dur", il faut passer par un bras de fer avec les 27, quitte à tout perdre. Theresa May, "pas d'accord vaut mieux qu'un mauvais accord". Son but : lier l'élaboration d'un accord post-Brexit aux négociations de sortie proprement dites, une éventualité que Bruxelles exclut purement et simplement.

Pour les partisans d’un Brexit plus doux comme le chef de file des travaillistes, "une absence d'accord est le pire des accords". Il faudra donc négocier avec Bruxelles et faire des concessions, notamment pour éviter une sortie du pays du marché unique.

Le Brexit dur a été jeté à la poubelle cette nuit.

George Osborne, ancien ministre britannique des Finances - 09/06/2017

Au lendemain du scrutin, plusieurs experts font le même constat : ce résultat pourrait pousser le Royaume-Uni à "adopter un ton moins agressif sur sa revendication d'un Brexit "dur", signifiant la sortie du marché unique", souligne le professeur Simon Hix de la London School of Economics. L'ancien ministre conservateur des Finances, George Osborne, est quant à lui plus catégorique : "le Brexit dur a été jeté à la poubelle cette nuit". Pour le spécialiste de politique européenne à la London School of Economics, Keith Featherstone, "Theresa May se retrouve avec un crédit politique très entamé au moment d'attaquer les négociations".

Bref, c'est un désaveu pour la position de Theresa May sur un Brexit "dur". Pour le Ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, "la Première ministre Theresa May a quasiment fait de cette élection un vote sur le Brexit. Je trouve que le message de cette élection est : menez des négociations équitables et réfléchissez si c'est vraiment bon pour la Grande-Bretagne de sortir de cette manière là de l'Union européenne". 

 

Les eurosceptiques aux abois 

L'article 50 a été déclenché et nous sommes en route. May a mis tout ça en péril.

Nigel Farage - 09/06/2017

Le politologue Paul Kelly résume la fragilité de la position de Theresa May : "si elle avait eu un mandat fort, elle aurait eu plus de poids pour régler des questions comme celle de la facture que Bruxelles réclame à Londres. Mais maintenant elle devra d'abord régler les problèmes dans son parti où certains diront qu'il ne faut pas donner le moindre penny à Bruxelles".

L’ancien leader du parti europhobe Ukip, Nigel Farage, a bien compris que la Première ministre ne sera plus en mesure de défendre un Brexit sans concession auprès de Bruxelles. "Le Brexit est en danger", a-t-il affirmé, réfléchissant ouvertement à un retour aux affaires.

 

"L'article 50 a été déclenché et nous sommes en route. May a mis tout ça en péril. Même David Davis [le ministre du Brexit] commence à faire des concessions." 
 

Les anti-Brexit ont, de leur côté, immédiatement profité de l'occasion pour réclamer un virage dans la conception du Brexit, qui "doit être négocié de manière radicalement différente. Les gens n'ont pas voté pour quitter le marché unique", a lancé Gina Miller, responsable de la campagne europhile "Best for Britain".

 

Vers un report des négociations ?

La question du calendrier est celle qui se pose dans l'immédiat. Sans majorité absolue, Theresa May va devoir essayer de former un gouvernement, ce qui pourrait retarder les discussions avec Bruxelles. 

Un gouvernement britannique faible risque de conduire à des négociations sur le Brexit qui seront "mauvaises" pour les deux parties, a jugé le commissaire européen au Budget, Günther Oettinger, en réaction aux élections au Royaume-Uni. "Nous avons besoin d'un gouvernement capable d'agir", a-t-il déclaré à la radio allemande Deutschlandfunk. "Les Britanniques doivent négocier la sortie (de l'UE) mais avec un partenaire de négociations faible, il y a un danger qu'elles soient mauvaises pour les deux parties".

Les négociations pourraient donc ne pas commencer le 19 juin. Un report qui ne satisfait pas le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui "espère" que l'Union européenne ne devra pas faire face à "un retard supplémentaire". 

 

Dernière màj le 9 juin 2017