Terres rares, le trésor caché du Japon

Pays : Japon

Tags : high-tech, minéraux

Elles sont les «vitamines» du high-tech japonais. Sans elles, plus d’écrans plats, de téléphones portables, d’éoliennes, de panneaux solaires… et dites surtout «adieu» aux Prius, les véhicules hybrides du constructeur Toyota...

Les «terres rares» (ou lanthanides), une famille de 17 minerais indispensables à la fabrication d’une myriade de produits électroniques, sont vitales pour l’économie du Pays du Soleil Levant, laquelle repose, plus que n’importe quel Etat au monde, sur la technologie de pointe et les emplois à haute valeur ajoutée.

Or, depuis septembre 2010, l’arraisonnement d’un chalutier chinois par les garde-côtes japonais en mer de Chine suivi d’un embargo imposé par Beijing sur ses exportations de terres rares à destination de son voisin nippon, l’économie de l’Archipel est menacée. 

Industriels ou politiques, ses décideurs se retrouvent face à une alternative peu enviable : renoncer aux 30 000 tonnes de terres rares importées chaque année - ce qui reviendrait à faire un bond de vingt ans en arrière en matière de développement technologique – ou accepter de délocaliser la production de produits manufacturés traditionnellement «Made in Japan» vers la Chine, afin de bénéficier d’un meilleur accès à ces minerais stratégiques… Comment le Japon en est-il arrivé là ?

Riche de son sous-sol gorgé de terres rares, la Chine a compris,dès 1986, que les «vitamines du high tech» sont au 21ème siècle ce que fut le pétrole au 20ème et le charbon au 19ème siècle : le moteur d’une nouvelle révolution industrielle. Avec son «Programme 968», l’Empire du Milieu a œuvré à acquérir un monopole sur la filière de terres rares.

En 2011, 97 % des terres rares extraites dans le monde proviennent du sous-sol chinois. Un monopole dont la deuxième puissance économique mondiale entend faire bon usage pour attirer les emplois à valeur ajoutée traditionnellement implantés dans les pays industrialisés et vendre elle-même les produits manufacturés, à destination des Etats-Unis, de l’Europe, et bien sûr du Japon.

Premier pays touché par l’embargo informel sur les terres rares, producteur de 50% des produits high-tech à base de terres rares consommés dans le monde, le Japon serait-il condamné à un lent et inéluctable déclin dicté par ses besoins d'approvisionnement en matières premières ?

A l’orée du troisième millénaire, le Japon dispose en réalité de toutes les cartes nécessaires à son sursaut. Ses citoyens ont en effet découvert qu’ils sont eux-mêmes assis sur de gigantesques réserves de terres rares, lesquelles dorment non pas dans leur sous-sol, mais dans les centaines de millions d’appareils électroniques usagers qu’ils consomment. 

Encore faut-il améliorer le réseau de récupération des déchets électroniques et mettre au point de nouvelles technologies d’extraction des terres rares. Très avancé en matière de recyclage, le Japon saura-t-il tirer le meilleur parti de ses trésors cachés, garantir son indépendance minérale – et assurer la pérennité du «miracle japonais», fondée sur la recherche, l’innovation et les technologies ?

Un reportage de Guillaume Pitron, Serge Turquier et Philippe Radoux-Bazzini – ARTE GEIE / Mano a Mano – France 2012