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Tenace amiante

Pays : Croatie

Tags : Amiante

En Croatie, le matériau cancérigène s’importe toujours, malgré l’interdiction de l’Union européenne (UE). Certains prédisent une catastrophe sanitaire alors qu’ailleurs en Europe, les victimes continuent de réclamer justice.

 

Des toits des bâtiments jusqu’aux plaquettes de freins des véhicules, l’amiante prolifère encore dans les rues de Zagreb. La Croatie l’avait pourtant promis : en vue de son adhésion le 1er juillet 2013 à l’Union européenne, où le matériau cancérigène est banni, elle s’engageait à y renoncer. L’engagement n’a pas tenu. Le pays ferme les yeux sur l’importation d’amiante toujours utilisée notamment dans la construction. Certains observateurs prédisent une catastrophe sanitaire.

Ailleurs en Europe, la prise de conscience a eu lieu depuis longtemps. Son interdiction totale date de 1997. Un an auparavant, en France, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) avait fait état des effets sur la santé des principaux types d’exposition à l’amiante – cancer du poumon, cancer de la plèvre, asbestose, pathologies chroniques affectant les poumons et d’autres organes. Selon un rapport parlementaire de 2005, 35 000 décès survenus entre 1965 et 1995 seraient dus à des expositions aux fibres d’amiante et quelques dizaines de milliers d'autres sont prévus entre 2005 et 2030.

Scandale sanitaire

Dans le pays, l’amiante résonne désormais avec le mot "scandale". Un terme employé dès les années 1990, lorsque le matériau cesse d'être perçu comme un risque professionnel pour devenir un risque environnemental, menaçant toutes les populations. Il devient alors un problème majeur de santé publique. Symbole de ce scandale sanitaire, le campus de Jussieu, université parisienne dont le désamiantage, entamé en 1997, est toujours en cours. Depuis, 160 cas de maladies professionnelles ont été reconnus parmi le personnel.

Pas un mois ne se passe sans que la substance minérale ne fasse parler d'elle ou que de nouvelles victimes ne réclament justice. Le jeudi 12 mars 2015, 165 cheminots de la SNCF ont réclamé devant le conseil de prud'hommes de Paris la reconnaissance à leur égard d'un "préjudice d'anxiété", assorti de 12 000 euros chacun de dommages et intérêts. Trente à cinquante agents de la SNCF décèdent chaque année d'une pathologie liée à l'amiante, présente dans les enduits extérieurs, les joints et les protections du chauffage des anciens trains.

Le même jour, à Besançon, la direction du centre hospitalier a demandé le transfert du service d'hématologie dans un autre étage de l'établissement. La veille, la présence de fibres d'amiante avait été détectée après un contrôle atmosphérique. Le 19 mars 2015, c'était au tour d'un parking de Saint-Brieuc d'être évacué après la détection d'un taux d'amiante supérieure à la normale.

Franck Berteau

 

Dernière màj le 13 janvier 2017