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Syrie : un pays en ruines, une offensive russo-syrienne et un processus de paix à l'arrêt

Pays : Syrie

Tags : Guerre civile, Bachar al-Assad, Alep, Homs, Russie

Le régime de Damas fait une percée à Alep

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A Alep, la débrouille fait la nique à la guerre. La vie continue, envers et contre tout. Le reportage d'ARTE Reportage

L'armée de Bachar al-Assad, appuyée par des bombardements intensifs menés par l'armée de l'air russe, a effectué une importante percée militaire à Alep, l'ancienne capitale économique de la Syrie, en entrant jeudi dans deux localités chiites assiégées depuis trois ans par les rebelles. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, cette avancée est la plus importante du régime dans la province d'Alep depuis 2012 et a contraint quarante mille civils à fuir la zone.

En décembre, le régime de Damas avait déjà repris le contrôle de Homs, la troisième ville du pays, après le départ des rebelles du dernier quartier entre leurs mains. Immeubles ravagés, gravas à perte de vue, rues désertes... Russia Works, une agence spécialisée dans le tournage par drones pour le compte de VGRTK, la compagnie nationale de télévision et radio russe, a posté fin janvier une vidéo qui montre la spectacle de désolation d'une ville de Homs tombée en ruines. La voici, accompagnée des éclairages d'ARTE Info sur la guerre dévastatrice et le drame humanitaire qui ravage la Syrie depuis bientôt cinq ans.

Un drone filme Homs en ruines
Le processus de paix suspendu

Ces développements militaires coïncident avec le fiasco des efforts diplomatiques. Après six jours de discussions avec le régime d'une part, l'opposition de l'autre, l'émissaire de l'Onu Staffan de Mistura a annoncé mercredi soir à Genève une "pause" dans le processus de discussions sur la Syrie censé enclencher une solution politique au conflit. Le diplomate onusien s'est refusé à parler "d'échec" et a déclaré avoir fixé la date du 25 février pour une reprise des discussions. Mais celle-ci semble tout sauf certaine. La suspension de ces discussions "montre à quel point les divisions sont profondes", a estimé le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon.

Washington et Paris ont lié le naufrage du processus de Genève à la situation sur le terrain. "La poursuite de l'assaut des forces du régime syrien, renforcées par les frappes russes, a clairement montré le désir de chercher une solution militaire plutôt que de permettre une solution politique", a accusé John Kerry, le secrétaire d'État américain.

La France a elle aussi condamné "l'offensive brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la Russie". Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé que les "circonstances dramatiques" sur le terrain "privaient de sens" les discussions de Genève "auxquelles ni le régime de Bachar al-Assad ni ses soutiens ne souhaitent visiblement contribuer de bonne foi".

Dix milliards de dollars levés à la conférence des pays donateurs

La France et les Etats-Unis réclament l'arrêt des bombardements, accusant Moscou de "torpiller" les négociations de paix, au moment où des dirigeants du monde entier sont rassemblés à Londres, ce jeudi, pour lever des fonds en faveur des dix-huit millions de Syriens victimes de la guerre. En tout, les pays et organisations réunis se sont engagés à donner plus de 10 milliards de dollars d'ici 2020, avec l'ambition d'endiguer la crise des réfugiés qui, du Moyen-Orient à l'Europe, pèse sur les pays d'accueil. Les donateurs se sont montrés plus généreux que lors de la précédente conférence, en 2015, où seuls 3,3 milliards avaient été récoltés sur les 8,4 milliards réclamés.

Soucieux de montrer l'exemple, le gouvernement britannique a promis 1,2 milliard de livres supplémentaire. La chancelière allemande Angela Merkel, co-organisatrice de la conférence, a promis elle de débloquer 2,3 milliards d'euros. Les Etats-Unis vont quant à eux fournir 890 millions de dollars supplémentaires : 600 millions pour l'aide urgente aux réfugiés et aux populations assiégées et 290 millions pour financer l'éducation d'enfants réfugiés en Jordanie et au Liban.