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Syrie : que faut-il attendre des négociations d’Astana ?

Pays : Kazakhstan

Tags : Astana, cessez-le-feu, Syrie, Turquie, Russie

Des négociations entre le régime syrien et l'opposition ont débuté lundi à Astana, au Kazakhstan. Chapeautées par la Russie, la Turquie et l'Iran et marginalisant l'opposition politique syrienne, elles sont inédites à bien des égards. L'éclairage d'ARTE Info.

Qui participe à ces négociations ?

Ces négociations sont organisées par la Russie, l’Iran et la Turquie. Le régime syrien fait face à des représentants de groupes armés de l’opposition. Le chef de la délégation rebelle est Mohamed Allouche, membre du groupe islamiste armé Jaïch al-Islam, qui avait déjà participé à des négociations onusiennes à Genève début 2016. Jusqu’ici, Mohamed Allouche mis à part, ce sont principalement des membres de l’opposition politique en exil qui participaient aux discussions.

La participation de chefs militaires n’est donc pas totalement nouvelle, mais c’est la première fois qu’ils devaient négocier directement avec Damas. Ils devaient puisque lundi matin, au dernier moment, ils ont refusé de traiter directement avec les représentants de Bachar al-Assad. La raison invoquée ? "La première session des négociations ne sera pas en face à face car le gouvernement n'a pas respecté jusqu'à présent ce à quoi il s'est engagé dans les accords du 30 décembre", a déclaré l’un des porte-paroles de l’opposition.

Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, est également sur place. La toute nouvelle administration Trump a été invitée. Selon Al-Jazeera, elle n’a pas envoyé de délégation et sera représentée par son ambassadeur au Kazakhstan. C’est également le cas de la France et de la Grande-Bretagne, représentées par leurs ambassadeurs.

En quoi ces négociations sont-elles inédites ?

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Ces négociations entérinent le nouveau rapport de force en Syrie. Elles débutent presque un mois jour pour jour après la prise d’Alep par le régime syrien aidé de ses alliés, le 22 décembre dernier. Et elles sont pour la première fois organisées non pas à l’initiative de l’ONU, mais du trio Russie-Iran-Turquie. Ces trois pays misent tout à la fois sur le retrait des Etats-Unis au Proche-Orient et sur l’impuissance des Nations unies. Le choix de la ville où se tiennent ces pourparlers n’a d’ailleurs rien d’anodin : en imposant Astana, Vladimir Poutine dicte ses conditions.

Ces trois mêmes Etats, qui veulent s’affirmer comme des puissances de premier plan dans la région, avaient déjà conclu un accord qui avait débouché sur un cessez-le-feu sur l’ensemble de la Syrie, signé fin décembre 2016 entre le régime de Bachar al-Assad et une partie de l’opposition syrienne. C’est à l’issue de cet accord que Vladimir Poutine a annoncé ces pourparlers, qui se tiennent dans la capitale du Kazakhstan.

La Russie et l’Iran sont des soutiens de longue date -militaires comme politiques- de Bachar al-Assad. La Turquie, rangée du côté de l’opposition, a pendant longtemps réclamé le départ du président syrien. Mais sa position a évolué courant 2016. Ankara s’est rapprochée de la Russie et a déclaré le 20 août qu’il était nécessaire de parler avec le chef de l’Etat syrien pour régler le conflit. Elle est aujourd’hui dans une position paradoxale, soutien et interlocutrice de l’opposition dans les discussions d’Astana, ainsi que partenaire de la Russie et de l’Iran.

Quel est leur objectif ?

L’objectif principal de ces négociations est de consolider le cessez-le-feu de décembre 2016, qui est régulièrement violé. Signe de la tension qui règne, la délégation rebelle a d’ailleurs promis lundi après-midi de se remettre à combattre l’armée syrienne si les discussions échouaient. L’opposition veut aussi améliorer l’accès de la population à l’aide humanitaire et demande que les milices iraniennes présentes sur le champ de bataille et que les combattants kurdes du PYD soient qualifiés de "groupes terroristes".

Les représentants du régime de Damas mettent quant à eux l’accent sur la mise en place d’un "processus politique" de règlement de la guerre, ainsi que sur la distinction entre l’opposition syrienne d’une part et les groupes Etat islamique et Fatah al-Cham (l’ancien Front al-Nosra) d’autre part. Staffan de Mistura, l’envoyé des Nations unies, demande la création d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu.

Voilà pour la feuille de route officielle. Si ces négociations réussissent, elles consacreront le rôle et la stratégie de la Russie, qui dame le pion à l’Occident en Syrie et qui dicte désormais ses conditions à Damas -initialement, Bachar al-Assad ne voulait pas négocier avec des groupes armés. En les imposant dans le jeu diplomatique, Moscou continue d'affaiblir l’opposition politique et modérée, déjà fortement divisée. Elle dépolitise le débat en le centrant sur des questions militaires et éloigne toujours plus la question du départ de Bachar al-Assad des pourparlers. Les prochaines négociations sous l'égide de l'ONU auront lieu à Genève le 8 février prochain.

Dernière màj le 23 janvier 2017