Syrie : Les risques du métier

Pays : Syrie

Tags : Journalistes, presse, guerre

A l'occasion de la soirée de soutien aux journalistes otages en Syrie, ARTE Journal fait le point sur la situation des journalistes étrangers retenus en Syrie et sur les conditions d'exercice de ce métier dans ce pays. Elles se sont fortement dégradées suite à la montée en puissance de groupes islamistes radicaux qui multiplient les enlèvements sur le terrain. Situation peut-être encore plus difficile pour les journalistes pigistes ou les citoyens militants sans contrats qui aujourd'hui risquent leur vie pour couvrir le conflit syrien et nous informer.

Cibles

Bünyamin Aygün va rentrer chez lui. Ce photographe turc travaillant pour le compte du journal Milliyet, enlevé par un groupe radical le 17 décembre dernier, a été libéré ce dimanche. Bonne nouvelle, nouvelle isolée. La Syrie reste le pays le plus dangereux du monde pour les journalistes. Pas simplement du fait des risques inhérents à l'exercice de leur métier en terrain de guerre. Les enlèvements les visant ont débuté en juillet 2012. Depuis, ils se sont multipliés. Aujourd'hui, journalistes, photographes, cameramen et reporters, qu'ils soient étrangers ou syriens, professionnels ou citoyens militants, sont devenus la cible privilégiée des groupes radicaux islamistes qui combattent le régime de Damas et qui entendent museler l'information, en Syrie et ailleurs.

 

2 otages libérés

Le correspondant de El Mundo au Proche-Orient Javier Espinosa, 49 ans, et le photographe indépendant Ricardo Garcia Vilanova, 42 ans, ont été libérés samedi 29 mars. Enlevés en septembre 2013 en Syrie par un groupe armé lié à Al-Qaïda, les deux hommes ont pu regagner Madrid  après six mois de captivité.

La terreur

Ils ont décidé d'imposer leur loi dans toute la région. Ils, ce sont les combattants de l'EIIL, l'Etat islamique en Irak et au Levant. Ce groupe sunnite radical formé en Irak et affilié à Al-Qaïda est devenu en quelques mois une force majeure du conflit syrien. Fort d'environ 10 000 hommes, il a mis sous coupe réglée plusieurs villes du nord du pays. Il est particulièrement influent dans les provinces d'Alep, d'Idleb et surtout de Raqa. Pillages, exécutions sommaires, la population accuse les djihadistes d'imposer leur vision radicale de l'Islam par la terreur. Ainsi, ils détiendraient des centaines d'otages, des civils mais aussi des journalistes devenus une cible systématique. Lentement l'EIIL a étendu son influence. Profitant de son implantation en Syrie, le mouvement s'est renforcé dans le nord-ouest de l'Irak, essentiellement dans la province d'Al-Anbar où il a réussi, au prix de violents combats avec les forces de police irakiennes, à prendre le contrôle de quartiers entiers de Ramadi et de la ville de Fallouja, point stratégique sur la route vers la Syrie. Au Liban, les islamistes ont revendiqué au début de l'année un attentat à la voiture piégée à Haret Hreik, un fief du Hezbollah situé dans la banlieue sud de Beyrouth. Une multiplication des théâtres d'opérations qui répond à un objectif unique : Instaurer un état islamique transnational.

 

Légende : En rouge les principales zones d'influence de l'Etat islamique en Irak et au Levant.
Le désert

Le radicalisme et les exactions perpétrées par l'Etat islamique en Irak et dans le Levant ont provoqué une scission au sein des forces anti-Assad. Alliés du groupe sunnite il y a peu, plusieurs mouvements rebelles ont déclaré une guerre ouverte à l'EIIL, notamment le Front islamique et le Front révolutionnaire de Syrie. Après une semaine de combats qui ont fait près d'une centaine de morts, les insurgés ont lancé une vaste offensive contre les djihadistes. Ils assiègent désormais leur quartier général, situé à Raqa dans la nord de la Syrie. L'explosion de violence qui résulte de ces luttes intestines rend le travail des journalistes étrangers extrêmement périlleux. A l'image de l'Irak ou des zones tribales du Pakistan, nombre d'entre eux ont aujourd'hui déserté le terrain. De ce fait, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme est devenu une source d'information essentielle pour les médias occidentaux. Il est basé sur un vaste réseau de sources civiles, médicales et militaires. Environ 230 activistes et 5000 informateurs selon le responsable de l'organisation. Ces sources sont aujourd'hui menacées par les islamistes qui tentent de les localiser, de les identifier et de les éliminer. Objectif : faire des zones qu'ils contrôlent un désert informatif leur permettant d'agir en toute impunité.

 

Yannick Cador, ARTE Journal
Dernière màj le 8 décembre 2016