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Syrie : l'aide humanitaire arrive enfin à Madaya

Pays : Syrie

Tags : famine, aide humanitaire

Les premiers convois d’aide humanitaire sont entrés le 11 janvier dans la petite ville de Madaya, assiégée par le régime de Bachar al-Assad depuis juillet 2015. Piloté conjointement par les Nations unies, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien, l'acheminement de l'aide humanitaire avait été autorisé par le régime syrien, sous la pression de la communauté internationale. L’Observatoire syrien des droits de l’homme a en effet tiré la sonnette d’alarme le 4 janvier, en diffusant des photographies des habitants au bord de la famine. 

La famine en Syrie

 

 

De nombreux habitants se nourrissent d'herbe pour survivre."

Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH 

"La vie est devenue tragique. Comme très peu de choses arrivent, les aliments sont extrêmement chers", témoignait à l'AFP Mohammad, un habitant de Madaya. "Un sac de lait peut coûter 100 dollars, un kilo de riz 150 dollars", selon lui. Dans cette ville, assiégée par l'armée syrienne et le Hezbollah libanais, 42 000 personnes sont retenues, cernées par les mines et les snipers. "De nombreux habitants se nourrissent d'herbe pour survivre ou doivent verser des sommes importantes aux points de contrôle gouvernementaux pour obtenir de la nourriture", relève Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. Selon l’organisme, au moins dix personnes sont mortes à cause du manque de médicaments ou de nourriture, et treize autres ont été tuées en tentant de quitter la ville pour trouver de quoi manger. Quelque mille deux cents habitants souffrent de maladies chroniques et plus de trois cents enfants de malnutrition ou d'autres problèmes de santé. 

 

Pourquoi Madaya est assiégée

La situation s’est détériorée à l’été 2015, lorsque les forces du régime ont lancé une offensive contre la ville de Zabadani, dernier bastion rebelle près de la frontière avec le Liban. Environ vingt mille habitants se sont réfugiés à Madaya, assiégée à son tour par les forces pro-régime. La coalition Armée de la Conquête, qui inclue la branche syrienne d'Al-Qaida et d’autres groupes rebelles, a alors renforcé son emprise autour de Foua et Kafarya, fidèles au régime syrien. Le sort de chaque ville dépend de ce jeu militaire. Ces localités avaient connu un bref répit en août à la suite d'un cessez-le-feu prévoyant le retrait des rebelles de Zabadani en échange de l'évacuation des civils de Foua et Kafarya, mais la trêve n'a pas duré. Le conflit qui ravage la Syrie depuis mars 2011 a fait plus de 260 000 morts et des millions de déplacés.

"Il manque de tout"

Madaya n'est d'ailleurs pas la seule ville à être en situation critique : Zabadani, elle aussi assiégée par les forces pro-gouvernementales, ainsi que Foua et Kafarya, encerclées par les rebelles, sont également touchées par des cas de famine. Un seul convoi humanitaire a pu atteindre ces villes en octobre. Depuis, leur accès est bloqué, et ce malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en septembre 2015 pour permettre l'entrée de l'aide et l'évacuation des civils et des blessés.

"En fait, il manque de tout à Madaya, résume Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Les gens sont depuis trop longtemps sans aliments de base, sans médicaments de base, sans électricité ni eau."

L'annonce de l'acheminement prochain d'un convoi humanitaire a été reçu par les habitants avec un enthousiasme modéré. "Certains ont tiré en l'air de joie, mais la plupart des gens attendent de voir la nourriture pour le croire car les espoirs ont été déçus à plusieurs reprises dans le passé", a déclaré par téléphone à l'AFP Maaz al-Qalamouni une journaliste citoyenne de Madaya.

Photos, vidéos et témoignages forts ont tourné ces derniers jours sur les réseaux sociaux, où une vaste campagne suivie du mot-clé Madaya s'est développée pour permettre l'alimentation de la population. Le siège imposé par le régime syrien à la ville de Madaya a également soulevé l'indignation de la France, qui a dénoncé mercredi une situation "insoutenable et inacceptable".

 

Le siège et la famine comme tactiques de guerre

Ce blocus suivi d'une catastrophe humanitaire n'est pas le premier du conflit syrien. Au sud de Damas, Yarmouk, le plus grand camp de réfugiés du pays, a été dévasté par la guerre. L'année dernière, des militants ont rapporté que des douzaines de personnes, coupées du monde, y sont mortes de faim. Le siège et la famine semblent être devenus de véritables tactiques de guerre, utilisées par toutes les parties impliquées dans le conflit. 

 

Depuis le début du conflit, la Syrie est déchirée entre les forces qui s'opposent et les jeux d'alliances :

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Dernière màj le 8 décembre 2016