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Syrie : accord unanime de l'ONU

Pays : Syrie

Tags : DGAP, Magdalena Kirchner, Conseil de sécurité, ONU

L'ONU a annoncé la mise en place d'un plan de paix pour la Syrie. Un plan soutenu par les Américains et les Russes. Mais le texte est suffisamment flou pour ne froisser personne. Et surtout, il ne fait pas état du sort de Bachar al-Assad, principal point d'achoppement des protagonistes. Que faut-il alors en penser ? Nous avons interrogé Magdalena Kirchner, spécialiste du Proche orient au DGAP (Institut allemand de politique étrangère).

Le Conseil de sécurité de l'ONU a soutenu unanimement pour la première fois un plan de paix détaillé sur la Syrie basé sur une transition politique censée mettre fin à une guerre qui a fait 240.000 morts. Mais si les États-Unis et la Russie se sont entendus sur le texte, cette décrispation après l'échec de plusieurs initiatives, ne reflète pas une convergence sur le fond, notamment sur le sort d'Assad, préviennent des experts.

 

Le soutien de l'Iran est la seule chose qui maintienne le régime syrien en vie, financièrement et militairement.

Magdalena Kirchner - 18/08/2015

D'après eux, l'accord a été favorisé par l'épuisement des belligérants sur le terrain, l'urgence de faire face à la menace du groupe État islamique et la détente irano-américaine après l'accord sur le nucléaire. 

 

Le Conseil de sécurité appuie le lancement d'un processus visant à "l'établissement d'un corps dirigeant de transition inclusif avec les pleins pouvoirs", sans mention du sort de Bachar al-Assad. Jusqu'à présent, tous les plans proposés par l'ONU ou les grandes puissances ont échoué. Les pourparlers de Genève 2 en 2014 avaient buté notamment sur le sort du président syrien et tourné à un dialogue de sourds entre régime et opposition.

 

L'appui au plan intervient au lendemain de raids du régime qui ont fait une centaine de morts sur un marché près de la capitale. Une zone civile, tenue par les rebelles et touchée par des bombes incendiaires. Le processus proposé par l'ONU visant à mettre d’accord Damas et les rebelles, est encore loin d’arriver à son terme…

 

"La priorité évidente de la communauté internationale, c’est la fin du conflit"

Pour la première fois depuis deux ans, le Conseil de sécurité de l'ONU est tombé d’accord sur un plan pour la paix en Syrie. Même la Russie, allié de la Syrie, qui a bloqué toutes les initiatives jusqu'à présent, a accepté. Faut-il penser que Moscou sera désormais plus constructive sur la Syrie ?

Magdalena Kirchner : Oui, avec le bémol que les Russes chercheront toujours une solution pacifique qui ira dans le sens de la Russie. Moscou veut travailler de manière constructive, mais seulement à ses propres conditions, qui tiennent également compte des positions iraniennes. 

 

La position de l'Occident pour négocier est devenue tout simplement mauvaise.

Magdalena Kirchner 

Quelles sont ces "conditions russes" ?

Magdalena Kirchner : Je pense que la position de l'Occident pour négocier est devenue tout simplement mauvaise, en raison de la situation militaire dans le pays. L’Ouest est plus disposé à faire des compromis. Une transition a été abordée dans la déclaration, mais aussi la "lutte antiterroriste". Mais la Russie a mis en avant un point non négociable : le départ d’Assad. Maintenant, reste la possibilité de parvenir à la paix, sans parler du sort d’Assad. Parce que la priorité évidente de la communauté internationale, c’est la fin du conflit - au moins dans les régions où c'est possible.

 
 

La seconde étape de cet accord sera alors lutte commune contre l’Etat islamique. 

Magdalena Kirchner 

La lutte contre les milices du groupe de l’Etat islamique joue-t-elle aussi un rôle ? A savoir, qu’il faut se servir d’Assad comme allié contre les milices islamistes ?

Magdalena Kirchner : C’est un aspect des choses, mais le plus important pour les Nations unies, il me semble, c’est la situation humanitaire dans le pays. Si vous regardez la carte, moins de la moitié du pays est contrôlée par le groupe Etat Islamique. Des régions dans lesquelles le processus de paix ne peut s’appliquer. Car le groupe Etat Islamique n’est pas considéré comme un partenaire avec qui on peut négocier. Le régime en place et l’armée syrienne libre sont des partenaires avec qui vous pouvez négocier. Je ne sais pas si le plan actuel concerne toute la Syrie, ou simplement les zones contrôlées par le régime, dans lesquelles on pourrait améliorer la situation humanitaire. La seconde étape serait alors la lutte commune contre l’Etat islamique. 

 

 Bachar al-Assad sait que les alternatives ne sont pas légions : des négociations avec Abubakar al-Baghdadi semblent hautement improbables.

Magdalena Kirchner

En fin de semaine dernière, de violentes attaques ont ôté la vie à une centaine de personne et l’UE annonce des attaques ciblées du régime contre les hôpitaux : comment envisager de pouvoir négocier avec un tel régime ? 

Magdalena Kirchner : Bachar al-Assad joue à un jeu. Voilà ce qu’il dit : "si vous voulez qu’il n’y ait plus aucun mort, vous devrez faire des concessions. Je suis en première ligne de ce conflit et j’ai la possibilité de tuer des gens là-bas. Si vous ne voulez plus voir des images comme celles du massacre de Douma, vous devez m’inviter à votre table [des négociations]." En ce sens, peut-être que le poids de l’Iran [l’un des principaux alliés de Bachar al-Assad] sera plus élevée, après la signature de l'accord sur le nucléaire iranien avec les pays du groupe 5+1.

Et même si le gouvernement américain a sévèrement critiqué les récents raids du régime syrien, il continue à discuter avec le régime de Bachar al-Assad. Mais avec qui d’autre pourrait-il négocier ? L'espoir est qu’une telle dénonciation puisse inciter le régime à s’abstenir de réitérer tels massacres aveugles. Et je peux tout à fait imaginer Bachar al-Assad s’abstenir de ces frappes, qui n’ont aucun intérêt militaire pour lui. Le but de ces raids aériens est de mettre la population civile à ses pieds, et de forcer la communauté internationale à porter son regard, même douloureux, sur la situation en Syrie.

Pour le dire autrement : al-Assad interpelle la communauté internationale. Il sait que les alternatives ne sont pas légions : des négociations avec Abubakar al-Baghdadi [le chef du groupe Etat islamique] semblent hautement improbables.

 

 
Dernière màj le 8 décembre 2016