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Sommet Afrique / États-Unis : rattraper le temps perdu

Pays : États-Unis

Tags : sommet, investissements, Obama, croissance, FMI, Boko Haram, Afrique

Les dirigeants des États-Unis et de l'Afrique, réunis à Washington du 4 au 6 août, devaient parler le 05 août commerce et investissements, avec l'espoir pour l'Amérique de refaire une partie de son retard sur l'Europe et la Chine.

C’est un sommet historique. Selon Rajiv Shah, patron de l’agence gouvernementale USAID : "C'est la première fois que nous avons tous les dirigeants africains à Washington DC. Et les patrons des grandes entreprises américaines sont là, avec les dirigeants religieux et aussi la société civile américaine. Cela montre l’intensité des relations entre les États-Unis et un continent en pleine ascension." Quasiment tous les 54 pays du continent (50 sur 54, NDLR), ont été conviés à participer à cette rencontre.  A l'arrivée, 35 présidents, neuf Premiers ministres et un roi, celui du Swaziland, dernière monarchie absolue d'Afrique, sont présents.

 

Pour parler affaires mais pas seulement. Le 04 août, les discussions ont d'abord porté sur la lutte contre la corruption, la protection de la liberté de la presse, mais aussi sur le respect de l'alternance politique : Washington a appelé les dirigeants africains à ne pas s'accrocher au pouvoir. Le vice-président Joe Biden a demandé aux leaders africains de lutter contre "le cancer de la corruption" tandis que le secrétaire d’État américain John Kerry insistait sur le respect de la démocratie, de l’État de droit et les droits de l'homme, visant certains chefs d’États invités malgré leurs faibles efforts démocratiques, comme Yoweri Museveni, promulgateur d'une loi anti-gay très sévère.

 

La crise sanitaire, celle du virus Ebola, qui a déjà tué près de 900 personnes en Afrique de l'Ouest était également au cœur des discussions. Enfin, le dossier sécurité a également été mis sur la table. Avec la menace d'Al Qaïda au Maghreb islamique, les attaques de Boko Haram, et les offensives des Shebab somaliens au Kenya. Barack Obama a d'ailleurs déclaré que la stabilité du monde de demain, dépendait des progrès apportés sur le continent le plus pauvre du monde.

 

14 milliards d'investissements

Mais c'est bien sur l'économie qu'est axé ce sommet et c'est sur ce sujet que portaient les discussions du 05 août, préparées pendant un an par Barack Obama, qui voit dans l'Afrique la "prochaine success story mondiale". Il est vrai que le Fonds monétaire international table sur un taux de 5,8% pour ce continent en 2015, un taux qui selon le FMI a dépassé celui de l'Asie. Le président américain devait notamment annoncer qu'un ensemble de sociétés américaines se sont engagées à investir 14 milliards de dollars sur le continent.

 

Des investissements qui se concentreront sur les secteurs de la construction, des énergies propres, de la banque et des technologies de l'information. "Avec ce rendez-vous, nous changeons de paradigme dans la mesure où les nouvelles initiatives qui seront proposées, notamment dans les domaines du commerce et des infrastructures, sortent du cadre bilatéral et concerneront le continent dans son ensemble", explique Amadou Sy, chercheur à la Brookings Institution, à Washington. "Il y a de formidables opportunités d’affaires pour les entrepreneurs américains dont les investissements actuels en Afrique représentent à peine 0,7 % du total des capitaux américains investis dans le monde", ajoute-t-il. 

 

Il faut dire que la première puissance mondiale est largement distancée en Afrique d'un côté par l'Union européenne, solidement en tête grâce aux liens historiques et coloniaux de certains États membres, mais surtout par la Chine qui a soif de matières premières. En 2013, les échanges commerciaux entre l'Afrique et Pékin ont atteint 210 milliards de dollars, contre 85 milliards de dollars entre Washington et les pays africains. "Nous devons expliquer aux Américains, les opportunités qu'il y a dans le commerce avec l'Afrique", lance à tout va Michael Bloomberg, ancien maire de New York et organisateur de plusieurs des 80 événements organisés autour du sommet.

 

L’administration Obama a négligé l’Afrique

L'Afrique abrite 7 des 10 économies qui ont grandi le plus vite durant la dernière décennie. John Campbell, ancien ambassadeur américain au Nigeria et chercheur au Council on Foreign Relations, affirme que selon les projections, dans cinquante ou soixante années, ce contient sera le continent le plus peuplé du monde, impliquant d’immenses marchés. C'est pour toutes ces raisons que Barack Obama a décidé de mettre la main à la pâte le 05 août. Le président américain planchera avec les chefs d’États africains lors d'ateliers sur les investissements, la paix, la sécurité et la bonne gouvernance.

 

Mais pour nombre d’observateurs, ce sommet vient trop tard. La Chine, la France, la Turquie et le Japon organisent depuis longtemps des sommets avec l’Afrique. Barack Obama a attendu son deuxième mandat pour organiser ce sommet. "L’administration Obama s’est totalement focalisée sur l’Asie et a négligé l’Afrique", explique l’universitaire américain Ricardo René Larémont. "Elle a laissé le terrain aux Chinois, aux Brésiliens et aux Français. Ce que l’on va voir durant le sommet, ce sera de l’affichage, du théâtre, qui ne sera pas représentatif du faible niveau de relations entre les États-Unis et le continent africain", affirme le chercheur spécialiste de l’Afrique pour le think tank Atlantic Council.

 

Un théâtre qui devrait tout de même mettre en scène 14 milliards d'investissements...

 

A lire ailleurs : 

 

>> A Brief Guide to This Week’s U.S.-Africa Summit (The Wall Street Journal)

>> Sommet Etats-Unis/Afrique: une histoire d'opportunités (RFI)  

>> Sommet USA-Afrique: Washington veut combler son retard commercial (Libération) 

>> Un sommet pour rattraper le temps perdu ? (Courrier International) 

>> Etats-Unis/Afrique: "Nous assistons à un changement de paradigme" (RFI) 

Dernière màj le 8 décembre 2016