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Slovaquie : onde de choc après l’assassinat de Jan Kuciak

Pays : Slovaquie

Tags : journalisme, Journalistes, Liberté de la presse, Assassinat, Europe, Slovaquie

L’assassinat de Jan Kuciak et de son épouse Martina Kusnirova à leur domicile n’en a pas fini de secouer la Slovaquie. Le jeune journaliste s'apprêtait à publier un article sur les liens entre des personnalités politiques slovaques et la mafia italienne. Après une forte mobilisation de la population pour rendre hommage au jeune couple et pour protester contre la corruption qui ravage le pays, le président slovaque, Andrej Kiska, a appelé de ses vœux un remaniement en profondeur du gouvernement, ou même des élections anticipées. Éclairage sur un assassinat qui fait trembler la Slovaquie sur ses fondements, autant qu’il appelle à la réflexion sur la sécurité des journalistes d’investigation européens.

"Journalistes, n'ayez pas peur, nous sommes avec vous !" Vendredi 2 mars, des milliers de Slovaques ont rendu hommage à Jan Kuciak, journaliste d’investigation de 27 ans tué par balles à son domicile avec sa compagne Martina Kusnirova. À Bratislava, la capitale, ils étaient 25 000 à être descendus dans la rue pour exprimer leur tristesse, mais aussi leur colère.

Au moment de son assassinat, Jan Kuciak s’apprêtait à publier sur le site Aktuality.sk une enquête sur les liens entre des personnalités politiques slovaques et des hommes d’affaires italiens soupçonnés de traiter avec la mafia. ARTE Info a traduit et publié une traduction du travail de Jan Kuciak : l’extrait de son enquête est disponible ici

 

Le groupe "Ndrangheta", branche calabraise de la mafia italienne influente dans une trentaine de pays dont la Slovaquie, est soupçonné d’être impliqué dans le meurtre de Jan Kuciak. Sept hommes d’affaire italiens accusés de corruption par le journaliste avaient d’ailleurs été interpellés dans le cadre de l’enquête, avant d’être finalement relâchés par la police slovaque.

 
Le gouvernement extrêmement fragilisé
 
Slovaquie : le gouvernement sous pression
Slovaquie : le gouvernement sous pression L'assassinat du journaliste Jan Kuciak a relancé le débat sur la corruption au sein des instances de l'Etat. Slovaquie : le gouvernement sous pression

Depuis le meurtre du journaliste et de sa compagne, la population slovaque ne décolère pas. Parmi les slogans entendus lors des mobilisations, certains demandaient la démission du ministre de l’Intérieur et du Premier ministre slovaque, Robert Fico. Ce dernier n’avait pas hésité à qualifier les journalistes de “sales prostituées slovaques” : une saillie à propos de laquelle le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, lui a demandé de présenter des excuses. Les Slovaques reprochent plus largement aux deux hommes d’État de ne pas avoir pris au sérieux les menaces pesant sur les journalistes dans le pays.

Déjà affaibli par le départ du ministre de la Culture, Marek Madaric, en signe de protestation contre l’assassinat du journaliste, le gouvernement slovaque a ensuite vu  deux autres de ses membres démissionner. Ils étaient accusés de liens avec Ndrangheta dans l’enquête de Jan Kuciak.Quant au président slovaque, Andrej Kiska, il a appelé de ses vœux un remaniement en profondeur du gouvernement ou même des élections anticipées. L’onde de choc provoquée par l’assassinat du jeune journaliste d’investigation ne semble pas près de s’arrêter.   

 
L’investigation menacée en Europe ?

Le tremblement de terre provoqué par le meurtre de Jan Kuciak et de sa compagne ne s’arrête pas aux frontières slovaques. Il relance aussi le débat sur la sécurité des journalistes d’investigation : d’après Reporters sans frontières, le jeune homme est le cinquième à être assassiné au cours de la dernière décennie dans l’Union européenne, pourtant réputée sûre pour les journalistes.

Le meurtre du reporter slovaque intervient seulement quelques mois après celui de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia en octobre 2017. Elle aussi travaillait sur des affaires de corruption lorsqu’elle a été tuée. En signe de protestation face au piétinement de l’enquête policière, des citoyens se sont mobilisés pour tenter d’obtenir la vérité.

Montée de la corruption, insécurité pour les journalistes : à la lumière des affaires récentes, l’Union européenne se rend compte que ces fléaux ne touchent pas seulement des pays comme le Mexique ou la Russie, mais aussi plusieurs de ses États. Face à ce constat inquiétant, Bruxelles n’a pas officiellement pris position.

 

 

Dernière màj le 9 mars 2018