Serbie : l'Europe, enjeu des élections

Pays : Serbie

Tags : Serbie, Nationalisme, Europe, Elections

Au cours des 25 dernières années, la Serbie s'est fait remarquer par son nationalisme et sa responsabilité dans la guerre en Yougoslavie. Aujourd'hui le ton est radicalement différent, c'est l'Europe qui est au cœur de la campagne des élections anticipées du 16 mars. La Serbie a débuté en janvier officiellement des négociations en vue de l'adhésion à l'Union Européenne. Comme si Bruxelles avait étouffé le nationalisme serbe. L'enquête à Belgrade de Vladimir Vasak et Aleksandra Ilic.

Serbie : l'Europe, enjeu des élections

La grande ambition
 

Des réformes économiques efficaces et une lutte sans merci contre la corruption. Voilà ce que promet Aleksandar Vucic, vice-Premier ministre serbe sortant, homme politique le plus influent du pays et donné gagnant des élections législatives anticipées. Sa formation politique, le SNS ou parti du progrès, conservatrice mais pro-européenne pourrait même obtenir la majorité absolue dès le premier tour. Avec 44% d'intentions de vote dans les sondages, le SNS devance largement les socialistes du Premier ministre Ivica Dacic crédités d'à peine 13,9% d'intentions de vote. Quant à la principale force d'opposition, le parti démocratique, il a chuté à 11%.
 

Deux ans après sa victoire aux législatives de 2012, Vucic veut renforcer sa main mise sur le parlement afin de mettre en œuvre des réformes de fond qu'il a lui-même qualifiées de douloureuses. Malgré l'avance confortable qu'il devrait obtenir, Aleksandar Vucic s'appuiera sans doute sur un partenaire de coalition pour gouverner. Lequel ? Cela reste encore difficile à dire. Aleksandar Vucic a d'ores et déjà fait part de son intention de faire adopter un ensemble de lois délicates par le Parlement et ce, avant la pause estivale. Les chantiers sont énormes : réorganisation des services publics largement déficitaires, lutte contre la dette publique qui dépasse les 60% du PIB, réforme du droit du travail et refonte d'un système des retraites au bord de la banqueroute. Un programme contre lequel s'élève l'ex-ministre de l'Economie Sasha Radulovic qui compare la campagne électorale de Vucic à un combat avec Batman, Superman et le Père Noël.
 

Côté politique extérieure, pas de suspens. Le vice-Premier ministre devrait poursuivre les négociations d'adhésion à l'Union Européenne. Les affiches de la campagne ont d'ailleurs donné le ton, l'ancien nationaliste pourfendeur de Bruxelles, y posant sur fond de drapeau européen. Mais qui dit adhésion dit Pristina. Un chantier auquel Vucic s'est déjà attaqué. En deux ans passé au pouvoir, le gouvernement du SNS a amélioré d'une manière spectaculaire les relations avec l'ancienne province serbe du Kosovo même s'il ne la reconnaît toujours pas comme un Etat indépendant.
 

Aleksandar Vucic : un nouveau costume
 

Cela s'appelle une métamorphose. Aleksandar Vucic s'est lancé en politique en revêtant le costume d'un ultranationaliste pur et dur, affilié à Slobodan Milosevic. Il est aujourd'hui un pro-européen convaincu. Juriste de formation, il rallie en 1993 le parti ultranationaliste dont il gravit rapidement les échelons en devenant l'un de ses plus brillants orateurs. Aleksandar Vucic a été un défenseur inlassable des leaders serbes de Bosnie accusés de crime de guerre pendant le conflit en ex-Yougoslavie. En 2007, il assure que son domicile "sera toujours un asile sûr pour le général Ratko Mladic", chef militaire des Serbes de Bosnie alors en fuite, jugé aujourd'hui par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, notamment pour le génocide de Srebrenica. Un an plus tard, Vucic est à la tête de manifestations contre l'arrestation du chef politique des serbes bosniens Radovan Karadzic qui tournent à l'émeute.

 

La mue intervient en 2008 lorsqu'il crée le SNS, son actuel parti, conservateur et pro-européen. Deux ans plus tard, Vucic reconnaît le massacre de Srebrenica et dit "avoir honte" des Serbes qui en sont responsables. Il devient alors la bête noire des hommes d'affaires et des politiciens corrompus qu'il s'acharne à pourchasser, obtenant à l'occasion une popularité qui ne cesse de croître. En réussissant à attirer des investisseurs étrangers en Serbie, pays à l'image fortement dégradée, Aleksandar Vucic s'est aussi taillé une autre image, celle de sauveur de l'économie nationale, malgré un bilan en réalité très mitigé.
 

Aujourd'hui, Aleksandar Vucic est devenu à 44 ans, l'homme politique le plus puissant de Serbie, celui qui chapeaute tous les dossiers, économie, sécurité, négociations avec le Kosovo et rapprochement avec l'Union Européenne dont il est devenu un interlocuteur privilégié malgré son passé sulfureux.
 

Max Knieriemen et Yannick Cador pour ARTE Journal