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Scandales alimentaires : que font les politiques ?

Pays : Union européenne

Tags : alimentation, scandale

Les scandales alimentaires déstabilisent le consommateur. Que pouvons-nous manger sans risque ? Sans attendre de véritables règlementations européennes ou nationales, certains commencent à réagir, en produisant leur propre nourriture. Comme cette famille qu'a rencontré ARTE Journal, dans les Alpes du sud.

La famille Tirler, producteurs-consommateurs

Régulièrement, les politiques promettent d’agir contre les brebis galeuses de l’industrie alimentaire. Mais les choses changent-elles réellement ? Nous avons rencontré Matthias Wolfschmidt, médecin vétérinaire et directeur des affaires économiques de l’organisation "Foodwatch", qui lutte pour les droits des consommateurs et pour une alimentation de qualité.

 

On utilise des animaux malades pour produire des aliments soi-disant sains. La Commission européenne et les gouvernements des Etats membres le savent et ferment les yeux."

 

ARTE Journal : Cet été, il est apparu que le manque d’hygiène dans les abattoirs générait de plus en plus de maladies chez les consommateurs. Notre alimentation se dégrade-t-elle ?

Matthias Wolfschmidt : L’ampleur des problèmes dans les abattoirs ne pourra être mesurée que lorsque les résultats des contrôles officiels seront publiés. Pour l’heure, ce n’est le cas ni en Allemagne, ni en France. 75 % des porcs destinés à l’abattoir présentent des pathologies du poumon, du foie ou du coeur. En d’autres termes, on utilise des animaux malades pour produire des aliments soi-disant sains. La Commission européenne et les gouvernements des Etats membres le savent et ferment les yeux.

Le producteur des lasagnes a-t-il été condamné ? Non. Les groupes alimentaires ont-ils été poursuivis ? Non. 

 

 

Peut-on encore avoir confiance dans l’industrie alimentaire ? 

Matthias Wolfschmidt : Les réseaux commerciaux sont aujourd’hui plus complexes que jamais. L’industrie alimentaire est entièrement globalisée. Le scandale de la viande de cheval a permis d’entrevoir les pratiques de l’industrie alimentaire européenne. La traçabilité stricte, qui est pourtant une obligation légale en Europe depuis 10 ans, ne fonctionne pas. Le producteur des lasagnes a-t-il été condamné ? Non. Les groupes alimentaires ont-ils été poursuivis ? Non. De toute évidence, la Commission européenne ainsi que les gouvernements allemand et français se désintéressent de la question.

 

A chaque scandale, le gouvernement promet d’intervenir. Mais y a-t-il une évolution sur le long terme ?

Matthias Wolfschmidt : Malheureusement non. Nous avons besoin de règles efficaces quant à la traçabilité des produits. Par ailleurs, la publication des contrôles doit être obligatoire. Mais rien n’a été fait dans ce sens. Or, dans un marché aussi vaste que celui de l’Union européenne, la régulation du secteur alimentaire passe impérativement par des mesures préventives contraignantes. Le plus souvent, quand un problème apparaît, les aliments ont été consommés avant que les autorités n’interviennent. Les consommateurs subissent les conséquences des défaillances de leurs représentants politiques.

 

Que doit faire l’Union européenne ?

Il est extrêmement simple de mettre en œuvre une tromperie et de se dédouaner de toute responsabilité. 

 

Matthias Wolfschmidt : L’Union européenne doit absolument se doter de règles préventives contraignantes dans le secteur alimentaire. De nos jours, il est extrêmement simple de mettre en œuvre une tromperie et de se dédouaner de toute responsabilité. Il faut une chaîne de responsabilité dans l’application des règles alimentaires, depuis la production agricole jusqu’à la vente en supermarché en passant par toutes les étapes de la transformation et du transport. Et j’insiste sur le mot "stricte". Aucun intervenant ne doit plus pouvoir s’abriter derrière une prétendue méconnaissance. Si tel avait été le cas au moment du scandale de la viande de cheval, la plupart des groupes commerciaux européens auraient eu de sérieux problèmes. Au lieu de cela, ils se sont présentés comme étant eux-mêmes victimes d’une supercherie.

 

A chaque scandale, des voix s’élèvent pour nous inciter à nous comporter en consommateur averti, à être vigilant, à acheter des produits chers et cetera. C’est tout à fait stupide (...).

 

Le consommateur peut-il se protéger ?

Matthias Wolfschmidt : A chaque scandale, des voix s’élèvent pour nous inciter à nous comporter en consommateur averti, à être vigilant, à acheter des produits chers et cetera. C’est tout à fait stupide car nous sommes face à un problème de fond. Même les marchés de niches, comme le bio, sont régulièrement confrontés à des tromperies illégales et légales. L’ampleur du problème dépasse les capacités de défense du consommateur individuel. Il ne se règlera qu’avec la prise en compte politique des intérêts du consommateur.

 

L’autosuffisance est-elle le seul moyen pour être sûr de consommer des produits sains ?

N’est-il pas étrange que, dans un secteur aussi fondamental que l’alimentation, nous en soyons réduits à des solutions de secours et des initiatives privées ?

 

Matthias Wolfschmidt : Tout le monde sait que pour la grande majorité Européens, l’autosuffisance n’est pas une option. Seule une infime minorité en aurait d’ailleurs la possibilité matérielle. Et ceux-ci peuvent effectivement le faire. Mais n’est-il pas étrange que, dans un secteur aussi fondamental que l’alimentation, nous en soyons réduits à des solutions de secours et des initiatives privées ? A Foodwatch, nous pensons qu’en matière d’alimentation, les droits du consommateur sont des droits citoyens. C’est cette idée que nous devons imposer, malgré les réticences des lobbys alimentaires et l’immobilisme politique.

 

Retour sur les derniers scandales alimentaires:

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Dernière màj le 8 décembre 2016