Scandale NSA : Trouver une alternative aux sites américains

Pays : France, Allemagne

Tags : NSA, Europe, Angela Merkel, François Hollande

La chancelière fédérale Angela Merkel, accompagnée d’une délégation de plusieurs ministres, est attendue ce mercredi à Paris. La politique étrangère et de sécurité commune sera à l’ordre du jour de ces consultations gouvernementales franco-allemandes. Parallèlement à ces discussions, Merkel entend discuter avec le président Hollande d’une plus grande indépendance de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis du point de vue du trafic des données, notamment des e-mails, rapporte le portail en ligne « Wirtschaftswoche ».


Contourner le « grand bureau de poste » américain
Depuis que les Européens ont pris la mesure de l’ampleur, difficilement concevable, du système mondial d’écoutes mis en place par les autorités américaines en charge de la sécurité, l’état d’urgence semble être déclaré. Les conversations mobiles de la chancelière n’ont d’ailleurs pas été épargnées. La NSA profite du fait que les serveurs d’entreprises comme Google, Facebook ou Twitter soient situés aux Etats-Unis, où ils peuvent manifestement être espionnés sans grands efforts, d’autant qu’il s’agit de données relatives à des non-Américains et que ceux-ci ne sont pas protégés par le droit américain. Ces entreprises multinationales, qui poursuivent aussi leurs propres intérêts économiques en mémorisant les données de millions de clients de par le monde, s’établissent ainsi aux Etats-Unis, là où la protection des données serait moindre. « Et nous ne pouvons plus cautionner cela en Europe », a affirmé Angela Merkel selon la « Wirtschaftswoche ».

 

Mise en place de capacités autonomes

Suite à l’éclatement du scandale de la NSA, les Etats-Unis apparaissent désormais comme le « bureau de poste du monde ». En cela, ils constituent une menace en matière de sécurité pour le trafic de données en Europe. Non seulement le trafic de données des particuliers et des politiciens en Europe est concerné, mais aussi celui des grosses entreprises commerciales, comme l’aurait expliqué l’ancien collaborateur de la NSA, Edward Snowden. D’après ses indications, les Etats-Unis pratiqueraient l’espionnage industriel ciblé. Dans l’optique d’une meilleure protection des données, Merkel entend sonder conjointement avec la France les fournisseurs européens qui seraient en mesure d’offrir la sécurité aux citoyens et aux entreprises. Tout cela afin que « l’on ne soit plus obligé de traverser l’Atlantique pour ses e-mails ou d’autres choses, mais aussi pour que l’on puisse mettre en place des réseaux de communication au sein de l’Europe », assure Merkel.

 

Les entreprises américaines opposées à la chancelière

Peu après avoir publiquement pris position sur le sujet, la chancelière doit faire face à une importante vague d’opposition. Celle-ci a déjà abouti à de violentes tensions en Allemagne au sein de l’organisation interprofessionnelle du secteur de l’information et de la télécommunication « Bitkom », comme le rapporte Libération dans son édition du jour. D’après les informations du journal, des multinationales telles que Google, Oracle, Amazon ou encore eBay, qui font d’ailleurs toutes parties de « Bitkom » depuis peu, entendent se soulever contre toute tentative visant à briser l’hégémonie des Etats-Unis. Le gouvernement fédéral leur objecte qu’il n’en va pas uniquement de la protection des données des particuliers, mais aussi de celle des entreprises commerciales et, ce faisant, des intérêts vitaux de l’économie allemande.

 

Thomas Simmon, ARTE Journal
Traduction: Guillaume Gorge