|

Sauvetage de la Grèce : "On aurait cru à une partie de poker"

Pays : Grèce

Tags : Jens Gieseke, crise, Parlement européen

Peu avant la date fatidique et la menace d’une faillite de l’État grec, Athènes, les pays de la zone euro, le FMI et la BCE ont convenu de prolonger l’aide financière à la Grèce - dans un premier temps pour quatre mois, à savoir jusqu’à fin juin. Le 27 février, le Bundestag a approuvé ladite prolongation. Nous avons demandé au député européen Jens Gieseke (CDU/groupe du Parti populaire européen), comment il avait vécu les débats autour du sauvetage de la Grèce au Parlement européen.

Contexte

Le 24 février, la Grèce a obtenu de ses créanciers la prolongation, jusqu’à la fin du mois de juin, du plan d’aide qui la maintient à flot. Les ministres des Finances de la zone euro ont donné leur feu vert après avoir validé une liste de réformes que le gouvernement d'Alexis Tsipras s’est engagé, en échange, à mener. Reste que le chemin des remboursements s'annonce long, très long, pour Athènes.

ARTE Info : Le sauvetage de la Grèce a connu ces dernières semaines bien des rebondissements. Comment avez-vous vécu ces tergiversations au Parlement européen ? 

Jens Gieseke : Je dirais que la période a été pour le moins mouvementée, d’autant que la partie grecque a agi parfois de façon peu professionnelle. Cela évoquait une partie de poker : toujours surenchérir, sans vraiment vouloir donner des faits précis. Cet épisode a été passionnant, et même si nous sommes parvenus à un résultat, ce n’était qu’une étape intermédiaire. 

Un compromis a donc été trouvé, du moins pour les quatre mois à venir. Les assurances données par les Grecs sont-elles suffisantes à vos yeux ?  

Disons que le document qui est sur la table comprend aussi beaucoup d’annonces qu’il conviendra encore de concrétiser. Le fait d’annoncer qu’on veut s’améliorer, être plus efficace, mettre en place une administration fiscale plus compétente et lutter contre la corruption, ce sont des intentions qui ont déjà été exprimées très souvent de la part de la Grèce. Il importe désormais de devenir concret, afin que les membres de la zone euro comprennent que la Grèce ne se contente pas d’effets d’annonce, mais qu’elle veut vraiment fournir des éléments concrets. 

Les ministres des Finances de la zone euro ont-ils d’après vous donné trop tôt leur feu vert ?  

"L’accord a été arraché à la dernière seconde"

 

Disons que la pression du calendrier était forte, dans la mesure où le programme venait à son terme fin février. Il fallait donc prendre une décision, on ne peut pas dire que cela ait été trop tôt – l’accord a été arraché à la dernière seconde. Mais force est de constater par ailleurs qu’il a permis de gagner quatre mois. Je n’espère pas que nous ayions dans quatre mois à nouveau un tel scénario pour négocier.  

Comment jugez-vous le rôle du nouveau gouvernement grec lors de ces négociations ?  

Je suis un peu critique à son encontre ; en tant que gouvernement, on peut toujours faire des monceaux de promesses, sauf que lorsqu’on est dans la situation de la Grèce et que l’on s’est largement reposé sur la solidarité européenne, on ne peut pas faire aux gens des promesses pour lesquelles les autres doivent payer. On a aussi vu que les ministres des Finances de l’Eurogroupe étaient parfaitement d’accord entre eux. Les tentatives faites pour briser cette unité ont échoué, on avait bien dix-huit ministres des Finances contre un seul et ceux-ci étaient fermement convaincus de la nécessité pour la Grèce de respecter ses engagements. 

Face au gouvernement de Tsipras, c’est surtout le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble - votre collègue du parti CDU - qui s’est imposé. Comment voyez-vous son rôle ?  

Il a bien sûr clairement exprimé sa position, mais je ne voudrais pas réduire ces négociations à la seule personne de Schäuble. Ce sont vraiment les dix-huit autres ministres des Finances européens qui ont fait front contre le ministre des Finances grec ; Schäuble a certes joué un rôle majeur, mais il était aussi l’un des dix-huit.  

Des élections générales vont avoir lieu en Espagne à la fin de l’année. Le parti Podemos, dont les objectifs sont comparables à ceux de Syriza, est en tête dans les sondages. Le scénario grec ne risque-t-il pas alors de se reproduire ? 

Je crois que nous avons émis un signal d’alerte important en direction de l’Espagne, en montrant que nous ne faisions désormais plus d’autres concessions en direction des Grecs et que nous nous en tenions à nos principes. Si on commence à trop lâcher de lest dans les négociations, c’est apporter de l’eau aux moulins des partis extrémistes tels que Podemos que vous avez évoqué. Dans ce contexte, il est positif que nous soyions parvenus à un accord et que les principes énoncés aient été respectés. 

"Si l’on est sévère avec les Grecs, alors il faudrait faire valoir les mêmes principes à l’encontre de la France."

 

La Commission européenne vient de donner à la France un délai jusqu’en 2017 pour réduire son déficit budgétaire. Est-ce compatible avec la pression exercée par ailleurs sur Athènes ?  

Je ne trouve pas cela pertinent, j’ai un avis critique là-dessus. Si l’on est sévère avec les Grecs, alors il faudrait faire valoir les mêmes principes à l’encontre de la France. Je suis très critique par rapport à cette décision de la Commission d’accorder plus de temps à la France. Je trouve la démarche erronée et cela n’améliore pas la crédibilité de la Commission européenne.  

Dernière màj le 8 décembre 2016