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Le pétrole plonge, sur fond de retour iranien

Pays : Monde

Tags : Iran, pétrole, OPEP

Les prix du pétrole peinaient à se reprendre lundi après avoir fortement chuté depuis la semaine dernière. La perspective du retour des exportations iraniennes de brut risque d'aggraver la situation de surabondance d'offre qui grève le marché depuis plus d'un an et demi.

L'Iran décide d'augmenter sa production de pétrole

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En application de l'accord historique conclu en juillet entre Téhéran et les grandes puissances, l'Agence internationale de l'énergie atomique a certifié samedi 16 janvier que l'Iran avait respecté ses obligations visant à garantir la nature strictement pacifique de son programme nucléaire. Cette attestation a entraîné la levée des sanctions économiques et financières de l'Union européenne, des États-Unis et de l'ONU, qui asphyxiaient Téhéran. Membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Iran, qui dispose des quatrièmes réserves de brut au monde, produit actuellement 2,8 millions de barils par jour et en exporte un peu plus d'un million. Ces exportations avaient décliné avec l'imposition du régime de sanctions. 

Affichant sa détermination à profiter sans délai de l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire, l'Iran a décidé lundi d'augmenter de 500 000 barils par jour sa production pétrolière. Cette annonce, prévue depuis des mois, risque de déstabiliser davantage le marché pétrolier, dont les cours sont au plus bas en raison de la surabondance. "Le principal problème du marché est une surproduction de deux millions de barils par jour qui pousse à la baisse les prix", reconnaît Rokneddine Javadi, le chef de la compagnie nationale iranienne du pétrole. Mais "si l'Iran n'augmente pas sa production, les pays voisins pourraient augmenter la leur d'ici six mois à un an et prendre les parts de marché de l'Iran", a-t-il ajouté pour justifier cette décision.

A la recherche de nouveaux débouchés pour son or noir, Téhéran envisage par ailleurs d'investir dans une raffinerie dans le sud de l'Espagne, a annoncé lundi le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Garcia-Margallo.

 

Les prix du pétrole accusent le coup

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Un baril, qui équivaut à 159 litres de pétrole, est l'unité de mesure de volume servant de référence pour déterminer le prix du brut. En règle générale, le WTI américain et le Brent de la Mer du Nord sont utilisés comme standards pour la fixation du prix.

Le marché pétrolier a subi, la semaine dernière, une chute de plus de 11% à New York et de près de 14% à Londres, à peine freinée par un petit rebond jeudi. Depuis le début des échanges ce lundi, il a perdu jusqu'à 4,4% à Londres et 2,6% à New York. Les cours de l'or noir dégringolent depuis juin 2014, quand le baril se négociait autour des 100 dollars. A cela, plusieurs raisons : le ralentissement de la croissance mondiale, notamment chinoise, qui s'est traduit par une baisse des besoins ou encore le développement de la production en Amérique du Nord - pétrole et gaz de schiste aux Etats-Unis, sables bitumineux au Canada

L'afflux de barils supplémentaires de brut en provenance d'Iran devrait compromettre toute reprise des prix dans un avenir proche, ouvrant la voie à un déclin encore plus prononcé des prix de l'or noir, qui pourraient plonger jusqu'à 20 dollars le baril. "Il est peu probable que le volume de la production iranienne augmente beaucoup plus significativement cette année", tempèrent néanmoins des analystes de la Commerzbank, citant les exemples de l'Irak et de la Libye auxquels il a fallu environ douze mois pour regagner leurs niveaux de production originels après les guerres de 2003 et 2011. D'autant qu'en raison des sanctions, l'Iran n'a pas pu investir dans ses infrastructures pétrolières pendant de nombreuses années et doit désormais rattraper son retard.

 

L'Opep prévoit un "rééquilibrage" du marché en 2016

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Les treize pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, créée à Bagdad en 1960, représentent quelque 40% de la production mondiale et en détiennent 80% des réserves.

Simultanément à l'annonce de Téhéran d'augmenter sa production, l'Opep a publié lundi son rapport mensuel. L'organisation indique prévoir un début de "rééquilibrage" du marché pétrolier en 2016, la baisse des prix qu'elle a favorisée devant peser sur la production de ses concurrents et contribuer à atténuer l'excédent structurel d'offre. 

Après des années de croissance "phénoménale", la production des pays n'appartenant pas au cartel devrait plonger cette année. Cette baisse n'atteindra plus 380 000 barils par jour, comme prévu en décembre, mais près du double, soit 660 000 barils par jour, après des années de croissance à 2 millions. Cette annonce, qui tend à valider la stratégie de l'Arabie saoudite d'inonder le marché pour maintenir sa position de force, intervient alors qu'un nombre croissant de pays de l'Opep, souffrant de la chute des prix, souhaitent une baisse de la production du cartel.

Après avoir culminé à 56,87 millions de barils par jour (mbj) en 2015, la production non-Opep devrait redescendre à 56,21 mbj cette année, une chute principalement encaissée par les Etats-Unis (-0,38 mbj). La Russie, qui a enregistré une production record de 10,90 mbj en décembre, devrait elle aussi voir celle-ci reculer. Plombée par la chute sans fin des cours du pétrole, la monnaie russe est, du reste, tombée lundi à quelques centimes du plus bas niveau de son histoire face au dollar.

Le marché n'en reste pas moins dans une situation de "surabondance persistante d'offre", note l'Opep. Excédentaire de près de 2 mbj en 2016, il pourrait toutefois s'équilibrer si le cartel, qui vient de réintégrer l'Indonésie, parvenait à limiter sa production à 31,65 mbj, selon ses projections. L'Opep a produit en moyenne 31,85 mbj l'an passé. La hausse attendue de la demande mondiale (+1,26 mbj), à 94,17 mbj, couplée à la baisse de la production non-Opep, effacerait théoriquement une grande part de l'excédent mondial de production.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016