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Récit d’un scandale de dopage organisé

Pays : Russie

Tags : Rio, JO, Dopage

A quelques semaines du début des Jeux Olympiques de Rio, le Comité International Olympique compte bien livrer une lutte sans merci au dopage. 
Réunie à Lausanne, la commission exécutive du Comité International Olympique a évoqué dès sa première journée de réunion les problèmes de dopage. Elle a publié un communiqué en cinq points, précisant les actions à mener pour les Jeux de Rio en regard des problèmes de dopage. Il a ainsi été précisé que le budget du programme de contrôles avant les Jeux serait doublé pour être porté à 500 000 dollars (environ 450 000 euros) et que ces contrôles cibleraient particulièrement la Russie.

"Nous souhaitons écarter les tricheurs des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro. C’est pourquoi nous agissons rapidement", a expliqué le président du Comité international olympique, Thomas Bach en annonçant 23 nouveaux cas de dopage aux JO de Londres 2012, détectés par de nouvelles analyses. 
Une semaine plus tôt, le comité avait annoncé 31 résultats anormaux incriminant 14 sportifs russes suite à de nouveaux tests concernant les JO de Pékin 2008.

 

Le scandale russe a débuté par les révélations de Grigory Rodchenkov. L’ancien patron du laboratoire de Moscou a affirmé au New York Times que des athlètes russes avaient bénéficié durant les JO d'hiver de Sotchi en 2014 d'un système de dopage entièrement supervisé par Moscou. Le Comité international olympique (CIO) a réagi à ces révélations en faisant part de «son inquiétude» et a demandé à l'Agence mondiale anti-dopage (AMA) de "conduire immédiatement une enquête". Pour sa part, les autorités russes s’employaient à discréditer le témoignage de leur ancien responsable.

 

Le témoignage de Grigory Rodchenkov

Grigory Rodchenkov affirme avoir mis au point un cocktail associant trois stéroïdes anabolisants (méténolone, trenbolone et oxandrolone) qu'il mélangeait à de l'alcool pour réduire la fenêtre durant laquelle ils pouvaient être détectés. De leur côté les services secrets russes sont intervenus pour changer les échantillons urinaires prélevés sur des athlètes russes. Selon Grigory Rodchenkov, ils remplaçaient durant la nuit des échantillons prélevés après les compétitions par des échantillons «propres» prélevés plusieurs mois en amont. L’ancien patron de laboratoire a fourni au New York Times des échanges de courriers électroniques avec le ministère russe des Sports dans lequel sont mentionnés les noms des athlètes bénéficiant de ce programme.

 

Il faut rappeler que les athlètes russes avaient déjà été mis en cause en novembre dernier par l’Agence mondiale anti-dopage. Effectivement, le Conseil de la Fédération internationale d’athlétisme(IAAF) avait voté en novembre 2015, la suspension provisoire de la fédération russe de toute compétition liée à l’athlétisme, sans durée déterminée. Cette sanction privait la Russie de l’organisation des championnats du monde d’athlétisme juniors, qui devaient avoir lieu à Kazan en juillet. Plus récemment, c’est la lutte et la natation qui ont été visées, dans le cadre d‘un système de dopage considéré comme généralisé par plusieurs autorités sportives internationales.

 

Face au risque de suspension aux Jeux Olympiques de Rio, la célèbre perchiste Yelena Isinbayeva dénonce "une campagne délibérée contre la Russie". La Russe a également rappelé qu'elle était, pour cela, prête à saisir la justice. "Je suis convaincue que j'ai 100% de chances de gagner devant les tribunaux. Pourquoi tout le monde ne regarde que la Russie? Le dopage est un problème mondial. S'ils veulent vraiment prendre des mesures contre le dopage, ils doivent ouvrir les yeux et regarder dans d'autres directions aussi. Sinon, c'est une campagne délibérée contre la Russie".

 
"Le dopage est un problème dont tout le monde parle sans agir."

Pour les fédérations sportives, la seule façon de restaurer la confiance de l'opinion publique après la réaction mitigée des fédérations internationales face au scandale russe est le contrôle efficace dans la lutte contre le dopage. Selon eux, l’enquête doit englober tous les sports russes et l'Agence mondiale antidoping doit montrer une grande sévérité envers les instances russes comme cela a était fait individuellement envers les athlètes.

 

Pour Bernard Amsalem, président de la Fédération Française d’Athlétisme, le dopage est un problème dont tout le monde parle depuis longtemps sans agir. Pour lui, il faut empêcher la participation des russes aux JO de Rio.

 

Quelques rescapés russes sont arrivés à Rio

Le 24 juillet, le CIO avait chargé les fédérations internationales de statuer sur l'éligibilité des sportifs en vertu de plusieurs critères, notamment l'absence de contrôle positif précédent, la non-implication dans les faits dénoncés dans le rapport McLaren et le fait d'avoir été régulièrement soumis à des contrôles antidopage hors de Russie.

Quelques dizaines de sportifs russes ont alors atterri à Rio de Janeiro fin juillet, autorisés par leurs fédérations internationales à participer aux JO-2016.

"Concernant le dopage, nous essayons d'y remédier et nous pouvons dire que seuls des sportifs propres sont arrivés ici aujourd'hui", a déclaré Yuri Butnev, un porte-parole du Comité olympique russe (ROC), à sa descente de l'avion jeudi dernier.

Les athlètes ont été accueillis par des compatriotes à l'aéroport international de Rio. "Nous devons les soutenir deux fois plus à cause de cette histoire, notre équipe doit être plus forte", a dit par exemple Anatoly Saving.

Le président du ROC, Alexandre Joukov, avait tenu à accompagner jeudi matin ses sportifs jusqu'à l'aéroport de Moscou, pour prodiguer ses derniers encouragements et conseils, demandant notamment aux qualifiés de "garder leur esprit combatif et de ne pas faire attention aux éventuelles insinuations et provocations".

Initialement prévue à 387 personnes par le ROC la semaine dernière, la délégation russe qui défilera dans le stade Maracana le 5 août s'est depuis réduite à "273 dans 30 disciplines", selon le décompte du ministre russe des sports Vitali Moutko, anticipant --sans doute-- l'exclusion de trois cyclistes en sus des trois déjà retirés par le ROC.

 

Dernière màj le 1 août 2016