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Roumanie - Opération « mains propres »

Pays : Roumanie

Tags : Corruption, politique européenne

Gangrenée par la corruption et le crime organisé, la Roumanie s’est lancée dans un grand nettoyage institutionnel. Une opération « main propres » qui n'épargne aucun parti politique. 

 

Glisser une petite enveloppe pour amadouer un policier ou obtenir un diplôme. En Roumanie, ce procédé est courant. Depuis la chute du communisme en 1989, la pratique des pots-de-vin y dicte ses règles. L’argent est l’unique motivation des élites corrompues. Dans le domaine médical, par exemple, pour bénéficier des meilleurs soins, les patients sont très généreux avec les soignants. « Quand je vais chez le médecin, pour être sûre qu’il s’occupera bien de moi, je lui ramène toujours un présent, confie la journaliste Magda Gheorghita. Certains refusent ces cadeaux, mais en Roumanie, la corruption fait partie de notre quotidien. »

Dans le pays, membre de l’Union européenne depuis 2007, « chaque année, près de 30 % des usagers des chemins de fer n’achètent pas de billet, préférant soudoyer les employés du rail », indique Le Figaro. Une culture du bakchich qui entretient la pauvreté et contribue ainsi à pousser les Roumains au départ. Plus de quatre millions d’habitants ont émigré ces dernières années.

Pour endiguer ce fléau, la Direction nationale anti-corruption (DNA), créée en 2003 par l’ancien Premier ministre Adrian Nastase, (lui-même condamné à quatre ans de prison ferme pour avoir détourné un million et demi d’euros du budget de l’État), s'est lancée dans une opération « mains propres ». L'objectif : lutter contre les malversations et garantir une réelle indépendance à la justice.

Pluie de condamnations

L'offensive n'a réellement débuté qu'en 2005, avec la nomination au ministère de la Justice de Monica Macovei, une magistrate déterminée et sans étiquette politique, encouragée par le président de centre droit de l'époque, Train Basescu, élu en décembre 2004. Depuis, pas une semaine ne passe sans qu’un ministre, un parlementaire, un maire, un magistrat ou un homme d’affaires ne soit condamné pour corruption ou conflits d’intérêts. De 155 en 2006, à 552 en 2012, le nombre de condamnations a explosé. « Plus de 1000 personnes ont été renvoyés devant la justice dont six ministres, trente-quatre maires et maires-adjoints, vingt-cinq magistrats et dix chefs d’entreprises », précise L’Humanité. En 2014, vingt-trois juges, dont quatre de la haute Cour de cassation et de justice et six procureurs principaux, ont été accusés de corruption.

L’ère politique ouverte par le président Klaus Iohannis, élu en novembre 2014, facilite le travail de la DNA. Physicien de profession, le jeune dirigeant du Parti national libéral (PNL) veut changer les mentalités en proposant de nouvelles réformes. Dès sa première intervention devant le Parlement, le nouveau chef de l'État a demandé le rejet d’un projet de loi datant de 2007, qui prévoit l’amnistie des élus condamnés. Une requête qui n'a pas plu à l'opposition, qui s'est dite martyrisée (persécutée) par une lutte acharnée. « La dictature des juges est insupportable, j’en arrive à avoir peur chaque fois que j’utilise mon téléphone », s’emporte le sénateur socialiste Serban Mihailescu.

Une opération menacée ?

Pour accélérer ce grand nettoyage, Bruxelles a sévi et en 2014 a gelé 800 millions d'euros de fonds destinés à la Roumanie. Dans son rapport, daté du 28 janvier 2015, la Commission européenne se félicite des progrès enregistrés en 2014, mais espère encore des avancées dans divers domaines, comme les réformes judiciaires, l’intégrité et la lutte contre les conflits d’intérêts.

L’opération « mains propres » est cependant perturbée par le comportement des hommes politiques, qui n'adhèrent pas tous à cette volonté de changement. « Ils agissent comme si la DNA était une institution provisoire », regrette le journaliste Cristian Ghinea, qui a publié en 2012 un livre intitulé Eu votez DNA ! (en français « Je vote DNA », ouvrage non traduit). Par ailleurs, le pouvoir limité du président Klaus Iohannis, fragilise la campagne anti-corruption. Au Parlement, le chef de l'État n'est pas majoritaire. Selon la constitution roumaine, il ne peut donc « ni renvoyer le Premier ministre, ni dissoudre les chambres et convoquer des élections anticipées », écrit sur son blog l’historien Gérard Delaloye. L’assemblée pourrait même provoquer un referendum pour le démettre de ses fonctions. Une victoire de l'opposition enrayerait alors l’opération « mains propres ». 

Fabiola Dor 

 

Dernière màj le 13 janvier 2017