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Roumanie - Début du procès de la terreur communiste

Pays : Roumanie

Tags : Justice, Procès, Communisme

Pour la première fois depuis la fin de la dictature, la justice roumaine demande des comptes à un dirigeant de camp de travail communiste. Le début d'une longue série de procès de tortionnaires ?

C'est un procès historique qui vient de s'ouvrir en Roumanie. Près de vingt-cinq ans après la chute du régime totalitaire de Nicolae Ceaușescu, la justice demande pour la première fois des comptes à un dirigeant de l'une des prisons les plus brutales de l'ère communiste.

Sur le banc des accusés : Alexandru Visinescu, 89 ans aujourd'hui. Il est poursuivi pour avoir instauré « un régime d'extermination » à la prison de Ramnicu Sarat, qu'il a dirigée durant huit ans (de 1956 à 1963). « En tant que commandant, l'inculpé (…) a soumis les détenus politiques à des conditions de nature à entraîner leur destruction physique, en les privant de soins médicaux, de nourriture et de chauffage et en leur infligeant de mauvais traitements» précise l'acte d'accusation. Quatorze détenus seraient ainsi morts lors d'exécutions sommaires, des suites de tortures ou de privations répétées dans ce camp de travaux forcés surnommé « l'enfer du silence » par la population.

Pour la première fois, un instrument de la terreur communiste comparaît devant la justice »

Le président de l'Institut roumain de recherches sur les crimes du communisme

« Nuremberg roumain »

Aux premiers jours de son procès, qui s'est ouvert le 24 septembre à Bucarest, l'octogénaire qui risque la prison a perpétuité a rejeté toute culpabilité. « Je n'étais pas responsable des règles dans la prison. Je respectais les ordres de la direction », a affirmé celui que les victimes décrivent comme une véritable « brute ».

« Ce procès est particulièrement important car, pour la première fois, un instrument de la terreur communiste comparaît devant la justice » s’est félicité le président de l'Institut roumain de recherches sur les crimes du communisme, lequel n'hésite pas à qualifier ce procès de  « Nuremberg roumain, toutes proportions gardées ».

Le procès pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Ce pourrait être en effet le début d'une longue série, trente-cinq autres tortionnaires étant actuellement dans le collimateur de la justice roumaine.  Parmi les 600 000 personnes – intellectuels, opposants politiques, officiers ou prêtres – emprisonnées entre 1945 et 1989, près de 100 000 ont trouvé la mort dans les camps roumains.

 

Manuel Vicuña

Dernière màj le 8 décembre 2016