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Réfugiés : les drames se suivent en Méditerranée

Pays : Italie, Libye

Tags : Réfugiés, méditerranée

La semaine dernière a été dramatique pour les réfugiés qui tentaient de gagner l'Europe depuis la Libye. Sept cents d'entre eux auraient péri en mer. Ces naufrages mettent en lumière les incertitudes politiques de la Libye et la difficulté d'y lutter contre les passeurs. Deux mois après l'accord UE-Turquie, ils montrent aussi que la route libyenne redevient la principale voie d'entrée en Europe.

Le bilan n’est pas définitif, mais les chiffres sont terribles. Près de sept cents réfugiés - dont une quarantaine d’enfants au moins - qui tentaient de gagner l’Italie seraient morts en Méditerranée au cours de trois naufrages la semaine dernière. Des survivants arrivés dans le sud de l’Italie et en Sicile ont raconté au Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) et à l'ONG Save the Children comment leur bateau avait fait naufrage jeudi matin, après avoir quitté le port de Sabrata en Libye.

Une centaine d'autres migrants sont portés disparus depuis le naufrage d'une autre embarcation mercredi. La marine italienne a pour sa part annoncé avoir récupéré quarante-cinq corps de migrants après un troisième naufrage vendredi. "La situation est chaotique, nous ne sommes pas sûrs des chiffres, mais nous craignons que jusqu'à 700 personnes ne se soient noyées dans les trois naufrages de cette semaine", a résumé Federico Fossi, porte-parole du HCR. Les survivants ont également rapporté qu'environ mille cent personnes avaient embarqué à Sabrata, en Libye. Le capitaine soudanais du premier bateau a été arrêté à son arrivée à Pozallo avec trois autres passeurs présumés, selon les médias italiens. L'ONG Médecins sans frontières (MSF) estime quant à elle que neuf cents candidats à l'Europe auraient perdu la vie en mer la semaine dernière.

 

Selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), 272 réfugiés ont atteint la Grèce et 5 674 l'Italie entre le 19 et le 26 mai. La quasi-fermeture de la route des Balkans, avec l'accord UE-Turquie, a fait du passage par la Libye la principale route vers l'Europe, mais uniquement parce que le flux soudain et immense passant par la Turquie et les îles grecques s'est tari. Le flux arrivant via la Libye est resté à peu près constant depuis l'année dernière et reste distinct de celui des Balkans : la quasi-totalité des migrants arrivant en Italie viennent d'Afrique subsaharienne. L'ONU estime que quarante mille migrants sont arrivés en Italie entre janvier et avril cette année. Un récent rapport d'Interpol et Europol faisait état d'environ huit cent mille migrants en attente d'embarquement sur les côtes libyennes, mais ces estimations sont toujours délicates. ​Un chiffre quatre moins important, selon l'OIM, qui évoque deux cent mille candidats au départ.

 

Vers une coopération accrue avec la Libye ?

Plusieurs raisons expliquent cette nouvelle hausse de tentatives de passages en Europe par la Méditerranée : le retour du beau temps et l’instabilité de la Libye. A l'approche de l'été, le nombre des bateaux tentant la périlleuse traversée entre la Libye et l'Italie a fait un bond. Selon l'agence de presse italienne Ansa, quelque soixante-dix canots pneumatiques et dix autres embarcations ont ainsi été recensés au cours de la semaine écoulée.

Le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano, a déclaré samedi que l'Europe avait besoin d'"un accord rapide avec la Libye et les pays africains" pour mettre un terme à cette crise. L’Italie, la France et l’Union européenne ont rencontré à plusieurs reprises le gouvernement de transition nationale libyen et son premier ministre Fayez al-Sarraj, qu’ils soutiennent et dont ils espèrent faire un partenaire dans l’épineux dossier des réfugiés. Bruxelles a offert une aide de cent millions d’euros à la Libye, à laquelle devrait s’ajouter une mission "de conseil et de soutien". Le gouvernement libyen doit simultanément faire face à plusieurs fronts : la progression de l’organisation Etat islamique sur son territoire, sa contestation par l’ex-gouvernement de Tobrouk et la crise des réfugiés. Il a déjà demandé à l’UE un soutien dans la lutte contre les passeurs.

La difficile répression des passeurs

Fin mai, les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont mis d’accord pour étendre le mandat de la mission Sophia en Libye. Ce programme de surveillance, mis en place au printemps 2015, a pour but principal de lutter contre les passeurs entre l’Italie et la Libye. Selon un bilan officiel, "Sophia" aurait permis le sauvetage de treize mille vies… Mais son action sur le trafic d’êtres humains est loin d’être aussi importante, car elle est limitée aux eaux internationales.

Les passeurs profitent de cette limitation. Les candidats au départ sont embarqués dans des canots pneumatiques surchargés, avec juste assez d'essence pour gagner les eaux territoriales et appeler au secours dans une zone où, outre les embarcations de "Sophia", une véritable armada patrouille : marine et gardes-côtes italiens, navires humanitaires, opération Triton de l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex... Ce sont des bateaux de ce type qui ont fait naufrage la semaine dernière.

Pour l’instant, l’extension de son mandat par l’UE fin mai - "former et entraîner les gardes-côtes libyens et pour permettre que la mission participe au contrôle du respect de l’embargo sur les armes décidé par le conseil de sécurité des Nations unies" - ne porte pas sur la répression des passeurs, mais elle pourrait renforcer les forces de sécurité libyenne.

Dernière màj le 30 mai 2016