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Qui est Thomas de Maizière, au cœur du scandale d'espionnage allemand ?

Pays : Allemagne

Tags : Merkel, espionnage, Airbus, BND, NSA

De nature plutôt discrète, rigide diront certains, Thomas de Maizière n’est pas du genre à chercher la célébrité à tout prix, et moins encore le battage médiatique. C’est donc bien malgré lui qu’il se retrouve aujourd’hui au centre d’une affaire qui fait grand bruit : l'espionnage présumé, par les services secrets allemands, d'entreprises et de responsables européens pour le compte de la NSA, l'agence américaine de renseignements.

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La chancelière allemande Angela Merkel ne peut plus se cacher derrière son mutisme. Thomas de Maizière s'est s'expliqué ce mercredi devant un organe parlementaire dans l’affaire d'espionnage de responsables européens par l'Allemagne. 

Son parcours, des plus classiques, a suivi une ascension lente et sûre. Etudes secondaires dans un lycée jésuite de Bonn, service militaire, puis études de droit et d’histoire à l’issue desquelles il devient juriste. Sa carrière commence en 1983 au Sénat de Berlin, en tant que conseiller au sein du cabinet du bourgmestre-gouverneur. Deux ans plus tard, il est nommé directeur du département politique de la chancellerie de Berlin-Ouest et porte-parole de la CDU à la Chambre des députés.

Si l’on devait résumer Thomas de Maizière en quelques mots : sens du devoir, intégrité, discipline.  Des qualités qu’il a probablement héritées de son père, lui-même ancien chef d’Etat-major de la Bundeswehr. En digne descendant de huguenots, il apparaît comme un homme plutôt austère. Ceux qui le connaissent personnellement  louent son intelligence, son éducation et son humour pince-sans-rire. Une facette de sa personnalité qu’il se garde d’étaler en public. Quand le politicien Thomas de Maizière fait des déclarations, elles sont sobres et sèches. Il porte la réputation d’un bourreau de travail, bureaucrate irréprochable plongé dans ses dossiers du matin au soir et du soir au matin.

 

La volonté du BND de plaire à la NSA est allée très loin.

Erich Schmidt-Eenboom, journaliste - 30/04/2015

Une amitié avec Merkel forgée en ex-RDA

Avec ce profil idéal de haut fonctionnaire, de 1999 à 2005, il parvient à grimper les échelons de l’administration  fédérale jusqu’à des postes prestigieux : secrétaire d'État de l’Education dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, puis ministre des Finances et ministre de la Justice du gouvernement régional de Saxe. Thomas de Maizière se rapproche peu à peu des plus hautes sphères de l’Etat. En 2005, Angela Merkel devient chancelière et le choisit comme directeur de la Chancellerie fédérale et ministre des Attributions spéciales. Elle le nommera ensuite ministre de la Défense, puis de l’Intérieur, poste qu’il occupe encore à ce jour. Ils se connaissent de longue date et ont toujours entretenu un rapport de confiance. Leur rencontre remonte à 1990. Tous deux travaillaient alors pour le premier ministre de RDA Lothar de Maizière, le cousin de Thomas. Elle en tant qu’attachée de presse, lui comme consultant. Leur amitié s’est forgée là, en ex-RDA.

Les soupçons d’espionnage par les services secrets allemands (BND) d'entreprises et de responsables européens (dont de hauts responsables français, autrichiens et du groupe aéronautique Airbus), pour le compte de la NSA, l'agence américaine de renseignements, portent justement sur la période où Thomas de Maizière était chef de la chancellerie et donc, chargé de superviser le BND. L’homme, qui a toujours fait preuve d’une loyauté infaillible vis-à-vis de l’appareil d’Etat, sait-il quelque chose ? Mais surtout que voudra-t-il bien dire ? "Le silence est une stratégie politique gagnante", avait-t-il déclaré une fois dans une interview, ajoutant qu’à Berlin, "on parle trop souvent aux journalistes".

 

De Maizière a-t-il sciemment menti ?

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"Allemagne : une drone d'affaire". A l'époque, la presse allemande ne donnait pas cher du ministre de la Défense.

Taiseux, donc, mais aussi peu enclin à la transparence. En 2013, quand éclate le scandale Euro Hawk, Thomas de Maizière se montre peu loquace. Son ministère a acheté en 2007 des drones américains pour 550 millions d’euros. Les appareils ne seront jamais autorisés à voler, faute de certification. Interrogé par les comités en charge d’enquêter sur l’affaire, l’ancien ministre dit ne plus se souvenir exactement et rejette la responsabilité vers ceux qui lui ont succédé à la tête de la Défense​​.

Le voici à présent sommé de s’expliquer dans l’affaire du BND mais autres maux, même tactique. Le ministre de l’Intérieur affirme qu’il n’avait pas connaissance de tous les agissements des services de renseignement, et moins encore à l’étranger. S’il est prouvé que Thomas de Maizière a sciemment menti au Bundestag, son avenir ministériel risque d’être fort compromis. Mais le fidèle d’Angela Merkel s’est fixé un code de conduite : si un chancelier demande quelque chose, alors il faut obéir, avait-il fait remarquer un jour où un ministre avait refusé de démissionner. Question de devoir.

 
Dernière màj le 8 décembre 2016