|

Martin Schulz, prochain candidat du SPD face à Angela Merkel ?

Pays : Allemagne

Tags : union européenne, Martin Schulz

"Si je me présentais, j'échouerais et avec moi le SPD." C'est par ces mots que le chef du parti social-démocrate allemand, Sigmar Gabriel, a annoncé mardi dans Die Zeit et Stern qu'il ne ne se présenterait pas aux législatives de septembre face à Angela Merkel. A sa place, il veut proposer comme candidat Martin Schulz, l'ex-président du Parlement européen, qui avait proclamé il y a peu son retour dans l'arène politique allemande. Qui est cet ancien libraire, orateur brillant au style direct et tacticien redoutable ? ARTE Info trace son portrait.

Cet Européen convaincu naît le 20 décembre 1955 et grandit à Hehlrath, dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest, non loin des frontières avec la Belgique et les Pays-Bas. Martin Schulz veut devenir footballeur et laisse tomber son bac. Un rêve brisé par une blessure au genou : le jeune homme se met à boire, de plus en plus régulièrement, mais finit par s'en sortir grâce au soutien de son entourage. Il fonde sa propre librairie à Würselen en 1982, après avoir occupé plusieurs petits boulots dans le secteur de l'édition. Entretemps, Martin Schulz progresse au SPD -le parti social-démocrate allemand, qu'il a intégré à l'âge de 19 ans. Le futur président du Parlement européen devient conseiller municipal, puis maire de Würselen. A 31 ans, il est alors le plus jeune édile de Rhénanie du Nord-Westphalie. C'est le seul mandat qu'il exercera en Allemagne.

Plus de vingt ans sous les ors du Parlement européen

Martin Schulz devient député européen en 1994. Il ne quittera plus l'hémicycle et ne cessera de prendre du galon, s'investissant successivement dans la sous-commission des droits de l'homme et dans la commission des libertés civiles et des affaires intérieures, avant de diriger le groupe du SPD au Parlement en 2000 et le groupe des socialistes et des démocrates en 2009. Le style Schulz, c'est d'abord une rhétorique flamboyante et des mots forts, qui enthousiasment autant qu'ils divisent. Sa passe d'armes avec Silvio Berlusconi est restée dans les annales. Lors d'un débat, en 2003, Martin Schulz compare le président du Conseil italien d'alors avec le leader de l'extrême-droite autrichienne Jörg Haider, puis s'indigne d'une demande de levée de l'immunité parlementaire du chef du gouvernement qui n'a pas été acceptée. "En Italie, un producteur prépare un film sur les camps de concentration. Je vous recommande pour un rôle de 'kapo'", réplique Berlusconi. Malin, Martin Schulz se garde de surenchérir. Le tollé est général et le chancelier allemand Gerhard Schröder demande des excuses à son homologue italien. Cet épisode fait connaître Martin Schulz au-delà du cénacle bruxellois et lui vaut le respect de son parti.

L'ancien libraire est élu à la tête du Parlement européen en janvier 2012, dès le premier tour de scrutin. Il est réélu deux ans plus tard et devient l'unique président à avoir exercé deux mandats à la tête de l'institution. Des fonctions qu'il considère comme "un grand honneur" et une institution dont il a cherché, avec succès, à améliorer la crédibilité et la visibilité. Derrière l'Européen passionné, qui met en avant son amour de l'UE et ses convictions, se cache un stratège puissant et ambitieux. Alors qu'il était encore eurodéputé, Martin Schulz a tenté deux fois de devenir commissaire européen, sans succès. Il s'est également présenté à la présidence de la Commission européenne en 2014, mais a été battu par son ami Jean-Claude Juncker. Ce fin négociateur doit d'ailleurs son deuxième mandat aux eurodéputés conservateurs, avec qui il a passé un accord.

Un candidat non déclaré pour l'instant populaire en Allemagne

Quel est son avenir politique en Allemagne ? Selon le Spiegel, Martin Schulz a pris en novembre dernier la décision de ne pas se représenter au Parlement en concertation avec Sigmar Gabriel. "Il ne voulait vraiment pas partir, on lui a forcé la main depuis Berlin", a également assuré une source parlementaire à l'AFP. Son manque d'expérience au niveau national est autant un avantage qu'un obstacle. 

Angela Merkel avait confirmé le 20 novembre qu'elle se représentait à la chancellerie et le SPD doit choisir son candidat en janvier et Martin Schulz semblait alors en meilleure position que Sigmar Gabriel dans le cœur des Allemands. Malgré sa popularité, une longue bataille s'annonce encore face à Angela Merkel, qui se trouve en position de force.

Martin Schulz s'est fréquemment illustré par sa ténacité et ses qualités d'orateur au Parlement européen. Voici un florilège :

 

Dernière màj le 24 janvier 2017