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Brexit : Theresa May entame le "divorce de velours"

Pays : Royaume-Uni

Tags : premier ministre, parti conservateur

Une semaine après sa nomination, la première ministre britannique Theresa May s’active. Elle se rend les 20 et 21 juillet en visite officielle en Allemagne et en France. Ce sont ses premiers déplacements à l'étranger depuis sa prise de fonction. Au menu : le Brexit. Ces rencontres devraient aboutir à un premier calendrier.

Elle a d’ores et déjà annoncé que le Royaume-Uni renoncerait à assurer la présidence tournante du Conseil de l'UE de juillet à décembre 2017. Elle a annoncé cette nouvelle par téléphone le 19 juillet au président du Conseil européen Donald Tusk, ajoutant que son pays serait "très occupé avec les négociations pour quitter l'UE", selon un porte-parole de Downing Street.

"Donald Tusk a salué la décision rapide de la première ministre sur la question, qui permettra au Conseil de mettre en place des solutions alternatives", d’après un communiqué officiel. Pour lui, en effet, l’Union européenne a "besoin d'un Brexit ordonné, calme, quelque chose comme un 'divorce de velours'"

 

 

Qui est Theresa May, nouvelle Première ministre britannique ?

Eurosceptique dans l’âme, Theresa May, 59 ans, a choisi de rester fidèle à David Cameron et de défendre le maintien dans l’UE lors du référendum du 23 juin. Elle est cependant restée extrêmement discrète pendant la campagne, évitant d'être associée au camp du "Remain" (favorable au maintien dans l'UE). Cette position d'entre-deux s'est avérée payante au sein d'un camp conservateur miné par les divisions : présentée comme une candidate de consensus, elle est arrivée largement en tête du premier vote des députés conservateurs destiné à désigner le nouveau premier ministre d'un Royaume-Uni avec 165 voix sur 330. Theresa May a d'ores et déjà affirmé qu'elle respecterait le vote des électeurs favorables au Brexit et qu'il n'y aurait pas de nouveau référendum sur l'appartenance de son pays à l'UE.

Cette fille d’un révérend anglican est réputée pour son pragmatisme et son sérieux. Diplômée de géographie à Oxford, elle a fait ses débuts dans une banque, puis à la City, avant de se tourner vers la politique. Deux échecs avant d'être élue députée en 1997 et plus de dix ans dans l'opposition : Theresa May la tenace a construit sa carrière pas à pas, gagnant peu à peu en influence chez les Tories, dont elle sera la première femme secrétaire générale entre 2002 et 2003. Elle a assumé divers postes dans le cabinet fantôme de David Cameron, qu'elle soutient depuis 2005, avant que celui-ci ne devienne premier ministre et ne la nomme à la tête du Home office, le ministère de l'Intérieur. Elle y sera restée six ans, un record en la matière. 

Theresa May défend une restriction de l’immigration, le thème favori des pro-Brexit, mais elle se montre également ouverte sur certains sujets de société, comme le mariage pour les couples homosexuels, auquel elle est favorable. Pour le Financial Times, elle est la conservatrice la plus puissante depuis Margaret Thatcher. Conservatrice, femme dans un milieu d'hommes, rigoureuse et travailleuse : la comparaison avec la Dame de fer lui colle à la peau. Selon le journal britannique, elle est aussi, peut-être, "la Angela Merkel de la Grande-Bretagne".

 

Les candidats hors-jeu :

- Andrea Leadsom, la ministre de l'Energie, a milité pour la sortie de l'UE et a déclaré vouloir activer l'article 50 et achever les négociations du divorce "le plus rapidement possible". Elle se situe sur une ligne plus droitière que Theresa May.

 

- Michael Gove, ministre de la Justice, s'était déclaré candidat après avoir dit à plusieurs reprises que le poste de premier ministre ne l’intéressait pas. Il a soutenu la sortie du Royaume-Uni de l’UE et a planté un couteau dans le dos de l'ex-maire de Londres Boris Johnson, initialement favori pour succéder à David Cameron, en déclarant qu'il n’avait plus confiance en lui.

- Stephen Crabb, ministre du Travail et des Retraite, est un fervent défenseur du “Remain” aux côtés de David Cameron. Il a été mis hors course après le premier vote des députés conservateurs destiné à désigner le nouveau premier ministre : arrivé quatrième avec 34 voix, il a annoncé qu'il se retirait au profit de Theresa May.

 

Le retrait surprise :

Boris Johnson, l'ex-maire de Londres, est le politicien le plus excentrique en Grande-Bretagne. Mais depuis le vote sur le Brexit, il a disparu. Avec l'annonce surprise de sa non-candidature à la succession de David Cameron, il ne devrait pas réapparaitre de sitôt.  A-t-il eu peur des responsabilités ? Dès l’annonce de la démission de David Cameron, Johnson était le favori des bookmakers pour le remplacer. A-t-il seulement cru au Brexit ? Cela devient de plus en plus incertain : on lui reproche d’avoir misé sur le Brexit pour booster sa carrière. Dans le cas d'une victoire du "Remain", il aurait probablement décroché un poste plus prestigieux après le remaniement du gouvernement Cameron.

Johnson fait des grimaces, jure, trébuche, tombe et fait du barouf : son apparence chaotique fait partie intégrante de son image, de même que sa chevelure décoiffée. Au parlement mercredi, un député l’a appelé "Silvio Borisconi". Johnson sait parler à l’électeur moyen et n’a pas peur d'exagérer, voire de mentir. Aujourd'hui "Bojo" a conclu qu'il "ne pourrait pas être la personne", capable de mener le pays et le parti en ces temps mouvementés.

Dernière màj le 20 juillet 2016