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Qu’est-ce qu’on boit, quand est-ce qu’on mange ? #5

Pays : France

Tags : Cannes, Cinéma, Festival

La chronique ethylo-gastro entérite des films cannois, par Benoît Douvres.

Avant de demander, confit dans le mauvais schnaps, la douloureuse au patron et de me faire exfiltrer vers une clinique suisse pour une transfusion sang neuf/bicarbonate, on repasse les plats – pour, qui sait ?, une dernière tournée, n’ayant pas un foie à soulever les montagnes.

 

Il part même en totale capilotade, mon foie, à la seule vue des hectolitres de vodka qu’on s’envoit dans « Leviathan ». Au verre ou au goulot, avec une régularité bien au-delà de l’entendement. Soudainement, les sud-coréens et leur soju sont relégués au rang de plaisanterie. Et quid des Irlandais, à la réputation flatteuse ? En berne, pour le coup : ce n’est pas dans le « Jimmy’s Hall » de Ken Loach qu’on est allé valser sous la table. Pas l’ombre d’une pinte de Guinness trônant sur le comptoir ! La Gauche festoyante que Ken le rouge appelait de ses vœux suit fidèlement la ligne « cup of tea » du Parti, sous l’œil goguenard de l’Eglise et des fascistes scellant leur alliance un verre d’irish whisky à la main. Qui veut d’un grand soir à l’eau plate ? Pas la « Mommy » décomplexée  du Xavier Dolan qui, en guise de cadeau de bienvenue à sa voisine, transvase un vieux fond de cubi dans une bouteille de vin blanc « correc’ ». La mesure n’a jamais étouffé le wonderboy québécois qui une fois de plus tente à peu près tout et n’importe quoi, le plus souvent avec bonheur. En cuisine, sa gamme est plus réduite et la pasta al dente au pesto et aux pignons fait retour avec la même régularité que le refoulé oedipien. A l’arrivée, le pinard de Montréal peut tourner vinaigre, mais l’huile de palme devient une option envisageable.

 

Une fois tous les bacs du frigo ratissés – les pâtes au poulpe chez Naomi Kawase (« Futatsume »), les pizzettes et les cornets glacés des frères Dardenne ( « Deux jours, une nuit ») ou les seaux de miel des « Merveilles » d’Alice Rohrwacher, vites expédiés car tellement secondaires en regard des émotions générées par ces trois films - il convient de donner un coup de balai sur le dancefloor. Car on s’est pas mal déhanché sur les écrans cannois : parfois de façon mièvre et incohérente (« You should be dancing » braillent les Bee Gees au petit tchéchène dans l’assommant « The Search »), didactique (apprendre le Shim Sham et le Lindy Hop en 10 leçons dans « Jimmy’s Hall »), entre italo-retro et Chili sin carne (Patty Pravo vs. Raffaella Carrà dans « Xenia) ou au son de « l’unique trésor national québécois » (Céline Dion détroussée dans « Mommy »). Mention spéciale à Ben Mendelsohn, à la fois danseur toxique (sur une musique de Johnny Jewel) et chanteur venimeux (une reprise de Hank Williams) dans « Lost river » de Ryan Gosling – et tant pis si Dennis Hopper se retourne dans sa tombe de velours bleu. Au-delà de tout ça, nul mieux que « Saint Laurent » n’a su marier les sons et les corps avec autant de style : Luther Ingram chez Régine, Patti Austin ou Frankie Valli au Sept, tout ici est parfait, nous invitant, pour une prochaine livraison, à troquer palais contre tympan.

 

Ben Dover.  

Dernière màj le 8 décembre 2016