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Qu’est-ce qu’on boit, quand est-ce qu’on mange ? #4

Pays : France

Tags : Cannes, Cinéma

La chronique ethylo-gastro entérite des films cannois, par Benoît Douvres.

On en viendrait presque à regretter que Thierry Frémaux ait retoqué de toute sélection "Le festin du fils de Babette", du danois Jensens Tuborg Frikadeller, tant sur le front marmiton la soupe à la grimace s’épaissit. On mange vraiment n’importe quoi, n’importe comment et n’importe où.

 

Pour la seule journée d’hier, on hésite encore à décerner notre "Puke Palm" à "Foxcatcher", pour les céréales lyophilisées et accommodés au ketchup du lutteur Mark Schultz, ou à "Xenia" pour les spaghettis au sucre concoctées par Dany, jeune albano-hellène par ailleurs consommateur compulsif de Chupa Chups. D’Athènes à Thessalonique, Panos Koutras prend le pouls d’une Grèce en crise qui se nourrit essentiellement de tartines grillées et de chips, se réservant les souvlakis et la cuite au retsina uniquement pour les grandes occasions. On soupçonne d’ailleurs Koutras d’avoir perdu 25 kilos depuis son hyper-calorique "Attaque de la moussaka géante" il y a 15 ans. Un exploit diététique minimisé par la cure express de Mark Schultz qui, juste avant la pesée de "Foxcatcher", exsude pas moins de 5,5kgs en 90 minutes ! Avis aux lectrices des fiches minceur de Marie-Claire ou Elle : n’essayez pas ça à la maison !

 

Au rayon vins et spiritueux, les sud-coréens se rappellent à notre bon souvenir : ne jamais sous-estimer la descente de ces types qui se mettent des caisses à Seoul. A tous ceux qui associent la figure "grosse cuite au soju" aux films de Hong Sang-soo, on conseillera vivement d’aller faire un tour du côté de "Dohee-ya", premier film de July Jung, une jeune protégée de Lee Chang-dong, pour la séquence où une femme flic rafle dans un supermarché toutes les bouteilles (plusieurs dizaines) de cet alcool de riz qui rend fou.

 

Chez David Cronenberg, à part le dry Martini de Julianne Moore (et ses manières de mante religieuse pour grignoter la paire d’olives vertes empalées sur bâtonnet), on carbure plutôt aux soft drinks, histoire de rappeler que tout le monde en est au moins à sa troisième detox. Deux options possibles : le Shirley Temple (sirop de grenadine, ginger ale et limonade) ou la maxi canette de Cobalt, le genre de machin à vous faire pisser orange fluo tellement c’est sucré (pas la peine d’écumer toutes les supérettes en région PACA, vous n’en trouverez pas. En revanche, j’ai encore tout un lot de puddings au tapioca de chez Kozy Shack à refourguer, pour ceux que ça intéresse).

 

Mais à défaut de boire, qu’est-ce qu’on gobe dans "Maps to the Stars" ! Seroquel,K lonopin, Xanax, Zolox, Zolpidem, comme autant de Smarties hollywoodiens. Sans oublier le Vicodin, l’analgésique qui constipe (contre-indication qui n’a pas échappé à Isabelle Regnier du Monde, si l’on en croit sa contribution)

 

Uppers and downers font également l’ascenseur dans "Saint Laurent", où les rasades de gin Beefeater facilitent la farandole des Quaaludes. Le chien Moujik participe au banquet chimique, jusqu’à l’OD canine. Volutes de Peter Stuyvesant rouge et fragrances du Rose Poussière de J.J. Schuhl, mélancolie noyée dans le Chivas Regal, avalanches de Northern Soul (dont le "Since I found my baby" des Metros qui anoblissait déjà le "Cap Nord" de Sandrine Rinaldi) : on pourrait passer "Saint Laurent" au prisme de cette chronique futile mais cela aurait quelque chose d’indécent, tant le film, tout terriblement sublime, de Bertrand Bonello nous a esthétiquement enivré. Rideau, donc.

Dernière màj le 8 décembre 2016