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Qu’est-ce qu’on boit, quand est-ce qu’on mange ? #1

Pays : France

Tags : Cannes, Festival, Cinéma

La chronique ethylo-gastro entérite des films cannois, par Benoît Douvres.



A peine extrait ce mardi 13 mai du TGV 6161 où, pour tout petit déj’, j’ai commis l’impair de tremper mon petit Bâton de Berger dans un espresso à 2,70€, je me rue au 3ème étage du Palais pour un entretien avec Thierry Frémaux, le délégué général du festival qui, j’imagine, en a plus dans le ventre que moi. Sauf qu’à la question "qu’avez-vous avalé  en cette veille d’ouverture ?", Thierry, qui ne soupçonne pas que je n’ai jamais expérimenté le second degré, me répond "1 800 films et pas une seule couleuvre." Mes relances concernant l’éventuel régime à l’eau plate qu’il suivrait durant la quinzaine ou les tendances culinaires que les films de la compète s’apprêtent à délivrer restent lettre morte, et je sens le service de presse à deux doigts de me menacer de rétrograder en jaune mon accréditation (ce qui serait peine perdue, c’est déjà ma couleur de bizut) si je continue à me prendre ainsi pour Maïté Ordonnez. Bon, ça commence mal, mais en même temps rien n’a encore vraiment commencé. J’esquive poliment l’invitation à un gymkhana houblonné au Petit Majestic que me propose un collègue allemand particulièrement bien entraîné et décide, plein d’un enthousiasme que je sais malheureusement fragile, d’aller me coucher sobre.

 

Sommeil agité où je rêve de "The Party" de Blake Edwards. Le "I am on a diet, but to hell with it !" de Hrundi V. Bakshi me revient comme un mantra alors que je me dirige à la projo presse de “Grace de Monaco”, avec la perspective d’un pudding plus indigeste qu’une boîte entière de Ferrero Rocher. Je tente de me rassurer en me disant qu’on savait recevoir chez les Grimaldi et qu’au palais, j’aurai forcément quelque chose à me mettre sous la dent. Sauf que la caméra d’Olivier Dahan préfère traquer les fausses larmes de Nicole Kidman que de plonger – c’est bien trop vulgaire - au fond des assiettes des nantis. On devra se contenter, papilles en berne, de Grace et son petit panier de victuailles, bravant les barbelés du blocus pour sustenter la maréchaussée, ou de la princesse évoquant les concours de lancer de pépins de pastèque sur les plages d’Ocean City de son enfance enfuie. C’est maigre. Et apprendre que, de la bande, c’est Ari Onassis qui picolait le plus n’a rien d’un scoop. Il faut attendre le bal de la Croix-Rouge, en octobre 1962, pour voir les coupettes se remplir d’un champagne non identifié. Et se dire, au son des violons, qu’on serait bien inspiré de nourrir cette chronique d’un adjuvant : "C’est où qu’on danse ?".

 

B.D.

Dernière màj le 8 décembre 2016