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Législatives au Liban : le Hezbollah renforce sa position

Pays : Liban

Tags : Conflit, élections législatives

Seulement 49,2% des Libanais ont voté dimanche 6 mai pour élire leurs 128 députés. Cela faisait neuf ans qu’aucune élection législative n’a eu lieu dans ce pays coincé entre Israël et la Syrie et théâtre de la guerre d’influence que se livrent les grandes puissances régionales, l’Iran et l’Arabie Saoudite. Les grandes tendances - les résultats définitifs ne sont pas encore connus - montrent que le mouvement chiite Hezbollah est en passe de confirmer son emprise sur la scène politique libanaise.

Libanon: Wandel durch neues Wahlgesetz
Législatives au Liban : le réveil citoyen ? Les Libanais votent pour élire un nouveau parlement, c'est une première depuis neuf ans. Législatives au Liban : le réveil citoyen ?

 

Il s’agit des premières législatives depuis neuf ans, les députés actuels ayant trois fois prorogé leur mandat au motif des risques sécuritaires que courait le pays, touché par plusieurs attentats, mais aussi faute d’accord entre les deux blocs politiques libanais. Le système politique se veut représentatif de la diversité confessionnelle du Liban : une moitié des députés est chrétienne et l’autre musulmane. Le président est toujours chrétien, le Premier ministre sunnite et le président du Parlement chiite.

 

L’ombre du Hezbollah

Les estimations du Hezbollah, quelques heures après le début du dépouillement, indiquent que le mouvement a raflé la mise quasiment partout où il était présent. Ces premières tendances laissent apparaître que le parti chiite devrait, avec ses alliés, pouvoir forger plus facilement une majorité en sa faveur sur des questions clés telles que celle des armes, qu'il n'a jamais déposées après la guerre civile (1975-90). Le Hezbollah  est militairement impliqué en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad, ainsi qu’en Irak et dans la guerre au Yémen. Il a une grande influence dans la sphère politique et sur la population, grâce à ses actions sociales, et est allié au président chrétien Michel Aoun. 

Face à lui se dresse le camp du Premier ministre sunnite Saad Hariri, qui pourrait perdre plusieurs sièges au Parlement. Ce dernier est soutenu par l’Arabie Saoudite, la grande rivale de l’Iran, notamment impliquée au Yémen.

 

Une nouvelle loi électorale sans grands espoirs

Les législatives de dimanche ont entériné le passage d’un scrutin majoritaire à un scrutin proportionnel, voté en juin 2017. Sur le papier, ce changement devait permettre l’arrivée de nouveaux partis ou mouvements au Parlement, notamment issus de la société civile. Cette dernière s’est beaucoup mobilisée pour ces élections mais également au cours des dernières années, notamment lors de la longue crise de ramassage des ordures, devenue le symbole de la crise politique que traverse le Liban.

Selon les estimations déjà avancées, deux sièges devraient revenir à la coalition Koullouna Watani. Avant les élections, beaucoup d’observateurs étaient déjà circonspects sur la capacité de la société civile à peser dans le jeu politique, dans un pays où le clientélisme a un grand poids et où le pouvoir est concentré entre les mains de quelques personnes et familles. "Le nouveau Parlement […] devrait donc ressembler à bien des égards au Parlement existant", expliquait le chercheur Karim Pakzad sur le site de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). "Il y aura beaucoup de nouveaux entrants, pour la plupart issus du système, mais le rapport de force global ne sera modifié qu’assez marginalement."

L’autre nouveauté de ce scrutin est le vote de la diaspora, pour la première fois autorisé. 59% des 82 000 Libanais de l’étranger inscrits sur les listes électorales se sont rendus aux urnes la semaine dernière.

 

L'urgence économique

Le Liban est directement touché par le conflit syrien voisin. Il accueille selon l’ONU 1,5 million de réfugiés syriens, un poids énorme pour ce petit pays de quatre millions d’habitants. Le chômage s’élève à plus de 20%, la dette représente 150% du PIB et le pays a besoin de réformes. Les inégalités s’accentuent. C’est aussi ce qui explique la désillusion de bon nombre d’habitants, qui se demandent si les élections peuvent réellement avoir un impact sur leur quotidien.

Début avril, une conférence internationale pour soutenir le développement au Liban a obtenu onze milliards de dollars de promesses de dons et de prêts. « C’est un processus qui commence pour moderniser notre économie, réhabiliter nos infrastructures et libérer le potentiel du secteur privé pour qu’il mène une croissance durable et la création d’emplois pour les Libanais », a déclaré Saad Hariri.

Dernière màj le 7 mai 2018