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Quand le solaire donne des ailes

Pays : Monde

Tags : Solar Impulse 2, Energie solaire

C’est une première dans l’histoire de l’aviation. Lundi 9 mars, le Solar Impulse 2 a quitté l’aéroport d’Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis, avec pour seul carburant l'énergie du soleil. Avec des ailes aussi longues qu’un Airbus A380, il ne pèse pas plus lourd qu’un gros 4x4 et a décollé sans la moindre goutte d’essence. Ce sont les pilotes suisses Bertrand Piccard et André Borschberg qui ont pris les commandes du projet. Dans l’étroit habitacle de l’avion monoplace, ils vont se relayer pendant cinq mois dont 25 jours de vol effectif pour effectuer un véritable tour du monde.

L'étape de Solar Impulse 2 en Inde :

 

 

Solar Impulse 2 en Inde

 

Le Solar impulse 2 : ''un avion aussi long qu'un Airbus''

 

De l’Inde aux Etats-Unis en passant par Hawaï, les deux pilotes vont devoir parcourir 35 000 kilomètres, sans jamais dépasser les 100 km/h. 12 étapes ponctuent le périple. Elles symbolisent les 12 années de préparation et envoient un pied de nez à ceux qui considéraient le projet insensé. Comparée aux éoliennes et aux barrages hydrauliques, l’énergie solaire est encore peu développée. On l’utilise surtout sous la forme de panneaux photovoltaïques pour générer de l'électricité. Pourtant, les recherches avancent. Aux Etats-Unis, la Planetary Society a conçu un engin spatial entièrement solaire qui devrait être envoyé dans l’espace en 2016. Assiste-t-on au décollage de cette énergie renouvelable ? Explications.

Les douze étapes du parcours du Solar Impulse 2 :

 

 

Derrière l’exploit, un message politique

"Le défi à venir est réel pour nous et pour l'appareil", estime André Borschberg, l’un des deux pilotes aux commandes du Solar. C’est lui qui entame le périple jusqu’à Mascate, la capitale de l’Oman et première étape du vol. Pour son coéquipier resté au sol, Bertrand Piccard, le défi vient de l’inconnu. Le scientifique suisse, qui avait accompli le premier tour du monde en ballon sans escale en 1999, explique qu’en cas de problèmes, notamment pendant les étapes de traversée de l’océan, il faudra envisager toutes les solutions, "qu’elles soient techniques, humaines ou logistiques". Un site a été créé pour suivre en direct le parcours de l’avion. Hormis les deux pilotes, plus de 120 personnes participent aux opérations. Elles assurent le suivi matériel pendant les escales et logistique depuis le siège de Monaco. Mais pour les deux hommes, le voyage va au-delà des prouesses techniques et délivre un véritable message politique : il sert à promouvoir les "énergies propres". Si ce tour du monde est réussi, il repoussera les limites du recours aux énergies renouvelables. 

 

Peut-on parler d’avenir de l’énergie solaire ? Pour Claudia Kemfert, de l’institut allemand pour les recherches économiques (DIW) et Nina Scheer, députée sociale-démocrate au Parlement allemand, le décollage de l’avion solaire est un signal très fort envoyé au monde entier. Sa réussite s’explique par l’intérêt suscité dans les pays et relayé par les différents médias. ARTE Info vous propose de faire le point avec elles sur l’avenir de l’énergie solaire.

 

Au-dessus de la couche de nuages, l’énergie solaire disponible est infinie.

Claudia Kemfert - 09/03/2015

ARTE Info : Comment jugez-vous l’aventure entamée aujourd’hui par le Solar Impulsion 2 ?

 
Claudia Kemfert :
C'est un projet formidable. Au-dessus de la couche de nuages, l’énergie solaire disponible est infinie. Le départ de l’avion est donc un signal positif très fort envoyé au monde. La mise en pratique de ce message va dépendre des innovations technologiques et des décisions concernant le développement des énergies.
 
Nina Scheer : Le départ du Solar est avant tout symbolique. L’engouement du public prouve qu'il existe un réel intérêt pour  l’énergie solaire. Bien sûr, on ne pourra pas construire dès demain des avions solaires capables de transporter des passagers mais il faut garder ce voyage en tête. 
 
En Allemagne, l'utilisation des ressources énergétiques renouvelables est règlementée par une loi votée après Fukushima et connue sous le nom d’EEG. Quel bilan peut-on tirer de l’application de cette loi ?
 
Nina Scheer : La loi sur les ressources énergétiques renouvelables encourage les investissements. Elle offre de nouvelles possibilités de production d’énergie, à côté des énergies traditionnelles, ce qui entraine naturellement des conflits d’intérêts.
 
Claudia Kemfert : Ce système a fait ses preuves. Il a accordé une plus grande importance aux ressources énergétiques renouvelables et le coût de leur mise en place a énormément baissé ces dernières années. Le nombre de personnes qui les utilisent augmente et l'alimentation en énergie se veut décentralisée, innovante, flexible et démocratique. Ces énergies remplacent les autres ressources fossiles habituellement utilisées, ce qui permet d’économiser de l’argent.

Dans quels autres domaines pourrait-on utiliser le soleil ?

Nina Scheer : L’énergie solaire a la particularité de pouvoir être employée sous différentes formes. On a assisté à la mise en place de nombreux projets ces dernières années qui ont montré qu’avec le temps et des coûts de fabrication moins élevés, on pourrait s’en servir dans différents domaines de la vie quotidienne

 

 

Quels sont les freins à l’utilisation des énergies renouvelables ?

 

Claudia Kemfert : Il faudrait parvenir à stocker l'énergie solaire pour pouvoir l'utiliser comme carburant comme le fait l'avion Solar. On pourrait alors envisager des moyens de transport élargis.

 
Nina Scheer : En réalité son stockage ne pose pas de problème. Le seul obstacle est d’ordre économique. Chaque processus de transformation de l’énergie et de mise en service entraine des dépenses et présente des pertes car il faut l'acheminer vers les consommateurs et ce n'est pas si simple. Mais dans le cas où l’énergie n’est pas distribuée mais utilisée sur place, son coût n’est pas si élevé et les bénéfices sont réels. 

 

L'énergie solaire est utilisée dans beaucoup de pays, y compris ceux en voie de développement.

Claudia Kemfert - 09/03/2015

Peut-on donc considérer l’énergie solaire comme positive d’un point de vue économique ?

 

Nina Scheer : Actuellement, les ressources renouvelables sont moins chères que les autres à condition de mettre dans la balance tous les coûts. Notre manière de voir l’économie n’est pas bonne car on ne prend pas en compte les coûts et les pertes pour produire ce que nous consommons. Il faudrait évaluer la pollution, les risques pour la santé et l'environnement, les frais d'assurance, les frais de stockage et de distribution de l’électricité pour avoir une idée réelle du coût et pouvoir comparer les différentes énergies. 

 

Claudia Kemfert : Le prix de l'énergie solaire a baissé. Son implémentation est envisagée dans beaucoup de pays, y compris ceux en voie de développement où des panneaux solaires sont installés dans les régions sans accès à l’électricité. C’est prometteur.

Dernière màj le 8 décembre 2016