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Protection des œuvres d'art : l’Allemagne à l’école italienne

Pays : Allemagne

Tags : schaffende, Culture, Art, Législation, Italie

En voulant contrôler l’exportation d’œuvres d’art anciennes, la secrétaire d’Etat allemande à la culture crée l’émoi outre-Rhin. En Italie, une loi très similaire existe depuis plusieurs décennies. Pour certains, elle représente un frein au rayonnement culturel de l’Italie dans le monde, mais surtout, elle impacte le marché de l’art international.

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A lire sur le site de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'interview (en allemand) de la secrétaire d'Etat Monika Gütters à propos du projet de loi allemand sur la protection des biens culturels.

L'Allemagne veut protéger le patrimoine culturel et contrôler des exportations d’œuvres de plus de cinquante ans. Le projet de loi de Monika Grütters, délégué du gouvernement fédéral à la culture et aux médias, rappelle fortement la législation italienne actuelle, y compris dans ses effets et les réactions qu’elle suscite. Depuis 1939, nos voisins transalpins limitent en effet leurs exportations d’œuvres d’art. A l’origine, leur loi visait à empêcher l’exode des chefs-d’œuvres de la Renaissance, mais aujourd’hui encore, elle est vivement décriée. 

Une loi stricte…

Les amateurs d’art italien ont intérêt à aimer les œuvres récentes. Car la loi est stricte : si l’objet convoité a plus de cinquante ans ou si son auteur est décédé, ils ne peuvent l’acheter qu’avec une licence d’exportation du gouvernement. Cette loi ne s’applique pas seulement aux œuvres d’art italiennes mais à toutes celles qui passent par le pays, même pour une courte période.

Pis encore, la législation italienne va plus loin que celle en vigueur en Europe, car elle ne prend pas en compte la valeur marchande. "On en arrive à des absurdités, où des œuvres d’art de 2 millions d’euros ont le droit d’être exportées, et d’autres de 10 000 euros sont bloquées en Italie, sans que l’on sache pourquoi", déplore Massimo Sterpi, avocat romain spécialiste du droit sur l'art.

A l’origine, la loi avait été instituée pour "arrêter l’hémorragie du marché" et visait surtout les Etats-Unis, qui "remplissaient leurs musées d’œuvres italiennes", selon l'avocat. Mais à présent, ce dernier critique une loi "désuète", car "pas adaptée à un nouveau marché dont 80% du chiffre d’affaires provient de l’art contemporain"

…et controversée

Les voix continuent à s’élever contre cette loi. Pour certains, elle représente un frein au rayonnement culturel de l’Italie dans le monde, mais surtout, elle impacte le marché de l’art international et ses acteurs.

Les acheteurs d’abord, qui craignent de ne pas obtenir de licence pour pouvoir importer l’œuvre. "Ils ne peuvent pas le savoir à l’avance", explique à ARTE Info une employée du Fine art fund group, un fonds d’investissement anglais dédié à l’art. "Nos clients nous posent régulièrement des questions au sujet de cette licence, mais on ne peut pas leur répondre, ça dépend de chaque œuvre d’art", ajoute-t-elle.

Egalement touchées, les entreprises de vente aux enchères militent pour un assouplissement des règles. Il y a quelques mois, les célèbres maisons de vente aux enchères Christies, Sotheby’s et Artcurial réclamaient au gouvernement italien de faire passer la barrière de cinquante à soixante-quinze ans, pour éviter d’avoir à demander des licences à répétition. Car si le ministère de la Culture décide que l’œuvre fait partie de "l’héritage national", cette dernière se déprécie fortement, jusqu’à perdre de 70 à 80% de sa valeur, selon un article de The Art Newspaper.   

 

Contourner la loi au maximum

Alors, pour éviter tout refus du ministère de la Culture, il s’agit de vendre l’objet le plus vite possible, avant qu’il n’ait plus de cinquante ans d’âge. "Plus on attend pour vendre, plus c’est dangereux", explique au Art Newspaper Giuseppe Mazzoleni, galeriste à Turin. Une course contre la montre qui explique le boom d’expositions dédiées à l’Arte Povera en octobre et novembre dernier. Londres, New York, Paris, Berlin, les capitales ont subitement redécouvert ce mouvement artistique des années 60… Ou simplement profité des derniers mois de libre circulation des œuvres pour en faire profiter leur public. 

En Allemagne, on se prépare à une éventuelle entrée en vigueur du projet de loi de Monika Grütters. C'est le cas de Georg Baselitz, peintre et sculpteur de renommée qui souhaite récupérer les oeuvres qu'il avait prêtées à des musées allemands. A ses côtés de nombreux artistes, galeristes, marchands d'art et collectionneurs allemands ont haussé le ton. La secrétaire d'Etat à la culture a répondu être prête à modifier son texte, qui en est toujours au stade d'ébauche.
 

 


 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016