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Prisons ouvertes : l’incarcération autrement

Pays : France

Tags : Prisons ouvertes, Paul-Roger Gontard

Dans son documentaire « Prisons ouvertes : un pas vers la réinsertion ? », Bernard Nicolas explore les prisons européennes sans barreaux, qui préparent les détenus au retour à la liberté. Décryptage avec le juriste Paul-Roger Gontard*.

Quels avantages les prisons ouvertes présentent-elles par rapport aux établissements pénitentiaires classiques ?
Paul-Roger Gontard : Le taux de récidive y est généralement inférieur à la moyenne nationale, et le taux de suicide quasi nul. Le quotidien des détenus se rapproche au maximum de la vie libre – ce qu’on appelle la normalisation – ce qui favorise le processus de réinsertion. De plus, le temps disponible est mis à profit pour travailler, recevoir des soins ou suivre une formation. Les détenus gagnent de l’argent en travaillant, ce qui permet de commencer à rembourser les parties civiles dès la période d’incarcération. Ces lieux de détention présentent aussi l’avantage de dégager des revenus et de diminuer le coût journalier par condamné. Enfin, ces prisons permettent un plus grand respect de la dignité et des droits des détenus. L’humanisme doit être au cœur des dispositifs de réinsertion, y compris dans les lieux de détention.

Comment expliquez-vous que la France n’ait pas opté pour les prisons ouvertes, en dehors de quelques tentatives ?
La réponse est à la fois culturelle et politique. La tradition française reste pétrie de morale judéo-chrétienne, à dominante catholique. La peine passe par l’affliction, par mimétisme avec la passion christique. La souffrance du détenu doit ainsi répondre à celle de la victime. En parallèle, politiquement, depuis la Révolution, on assiste schématiquement à une alternance entre une sévérité de l’exécution des peines en milieu carcéral d’un côté, et un aménagement des peines en milieu ouvert de l’autre. Du fait de cette dualisation pénale, les options intermédiaires comme les prisons ouvertes ont souvent été ignorées.

La réforme pénale de Christiane Taubira, récemment adoptée par le Parlement, favorisera-t-elle les prisons ouvertes ?
Cette réforme promeut les exécutions de peines en milieu ouvert, avec, en particulier, la  création de la contrainte pénale [peine de probation exécutoire en milieu ouvert comprenant un ensemble d’obligations et d’interdictions pour le condamné, NDLR]. Paradoxalement, elle pourrait ouvrir un champ pour les prisons ouvertes car nous aurons besoin d’intermédiaires entre les établissements classiques et ce nouveau dispositif. Cela n’aurait aucun sens, par exemple, de placer en prison fermée un condamné qui ne respecte pas ses obligations, alors qu’on avait fait le choix de lui éviter l’incarcération.

 

Propos recueillis par Manon Dampierre pour ARTE Magazine
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* Docteur en droit pénal et science criminelle, Paul-Roger Gontard est l’auteur de la thèse “L’utilisation européenne des prisons ouvertes : l’exemple de la France”, disponible sur son blog.

 

Mardi 09 septembre

22:25

Prisons ouvertes : un pas vers la réinsertion ?

À l’heure où la France vient d’adopter la réforme pénale de Christiane Taubira visant à créer une nouvelle peine en milieu ouvert, une enquête passionnante dans quatre pays sur les expériences de prisons sans barreaux.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016