Présidentielle algérienne : on prend les mêmes et on recommence

Pays : Algérie

Tags : Algérie, Bouteflika

C'est officiel. M. Bouteflika, 77 ans, brigue un 4e mandat, malgré les problèmes de santé qui alimentent les doutes sur sa capacité à diriger le pays. Le président algérien ne s'était plus exprimé en public depuis un discours à Sétif, en mai 2012. Malgré la corruption et le clientélisme qui gangrène le pouvoir, « Boutef » est bien parti pour gagner l'élection présidentielle du 17 avril.

Dix candidatures, dont celle du président sortant Abdelaziz Bouteflika, ont été enregistrées par le Conseil constitutionnel mardi à minuit, date limite de dépôt fixée pour le scrutin du 17 avril en Algérie. Le chef de l’État, 77 ans et 15 ans de pouvoir, a annoncé lundi au Conseil sa candidature à un 4e mandat de vive voix. Il s'agissait de ses premières paroles – à peine audibles, entendues par le public via la télévision nationale, depuis son accident vasculaire-cérébral le 27 avril 2013. Son hospitalisation de 80 jours à Paris avait alors suscité de nombreuses interrogations sur sa capacité à continuer à diriger le pays.

 

Quatre millions de signatures

La candidature de l'actuel président à un quatrième mandat est rendu possible grâce à l'article 74 de la Constitution, qui dispose que le « président de la République est rééligible ». Il avait été modifié en 2008 pour mettre fin à la limite de deux mandats présidentiels de cinq ans.  Pour être retenu, chaque candidat doit récolter la signature d'au moins 60.000 électeurs ou celle de 600 élus. Selon l'agence APS, plus de quatre millions de signatures ont été collectées dans les 48 départements du pays, pour Abdelaziz Bouteflika.

 

Les carottes sont cuites

Pour le politologue Rachid Grim, "les carottes sont cuites. Il se présente, il est élu. Le message que fait circuler le gouvernement depuis un an est "Bouteflika c'est la stabilité, c'est le seul message qui risque d'avoir un impact sur les votants", indique-t-il, en référence au contexte géopolitique de l'Algérie, notamment face à des pays voisins comme la Libye et la Tunisie, qui ont été en proie à d'importantes violences à la suite du Printemps arabe. "Il faut maintenant à Abdelaziz Bouteflika un vice-président qui puisse présider le pays", précise M. Grim.

 

Le principal challenger de l'actuel président, Ali Benflis, a déposé sa candidature mardi. L'ancien chef du gouvernement (août 2000-mai 2003) , qui avait déjà défié Bouteflika au scrutin de 2004, a mis en garde contre un "vol des voix" des électeurs. Il a évoqué "des pratiques lâches ... qui font planer un doute sur la crédibilité de l'élection présidentielle".

 

D'autres candidats préfèrent se retirer

Plusieurs aspirants ont jeté l'éponge jugeant le scrutin couru d'avance avec la candidature de M. Bouteflika. Un autre ancien chef du gouvernement, Ali Benbitour (1999-2000), a notamment déclaré que l'usage inconsidéré des deniers publics, le maintien d'un gouvernement dont les membres sont notoirement connus pour leur allégeance au candidat président, et la confiscation des médias audiovisuels publics, font que les élections d'avril 2014 se présentent une fois de plus comme une rupture du pouvoir avec le peuple.

 

Le général à la retraite Mohand Tahar Yala, a également jeté l'éponge face à une présidentielle qu'il juge "truquée d'avance". Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, centriste) et deux formations islamistes, le Mouvement pour la société et la paix (MSP) et Ennahda, avaient récemment appelé les candidats à "se retirer de cette tromperie électorale".

 

Et Boutef fliqua...

La perspective d'un quatrième mandat du président a provoqué plusieurs manifestations à travers le pays, dont une réprimée violemment samedi à Alger. Elle a donné naissance à un mouvement de contestation, "Barakat" (Ça suffit), qui espère rallier de nombreux citoyens à sa cause. Le Conseil constitutionnel a dix jours pour examiner les différents dossiers puis annoncer la liste des candidats retenus.

 

David Arnold, ARTE Journal

Être opposant en Algérie

Farouk Atig, correspondant à Alger, nous commente quelques photos, liées à la campagne électorale à venir.