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Pourquoi une telle volte-face d'Ariel Sharon sur la colonisation ?

Pays : Israël

Tags : Ariel Sharon, Colonisation

L'annonce par Ariel Sharon de son plan de retrait de la bande de Gaza a sidéré les Israéliens. Elu en pleine Intifada pour restaurer la sécurité, le bouillonnant général a toujours été un fervent défenseur de la colonisation. Ministre de l'agriculture sous le gouvernement Begin (77-81) puis de la construction sous Shamir (91-92), il a personnellement ordonné la construction de milliers d'unités de logement en Cisjordanie et à Gaza. En outre, il a bataillé de toutes ses forces contre les accords d'Oslo (1993) qui prévoyaient le retrait des forces israéliennes de Gaza et de Cisjordanie. Dès lors, comment expliquer cette volte-face ? Plusieurs hypothèses ont fleuri. Voici les plus répandues.

Ariel Sharon, le stratège

Ariel Sharon, décédé en janvier 2014, n'était pas religieux. Pour lui, les colonies juives n'avaient aucun caractère messianique. Elles n'avaient qu'un seul but : assurer la sécurité d'Israël. En implantant des civils au cœur des territoires palestiniens, Israël pouvait mieux les contrôler et donc protéger "l'arrière", la population vivant dans les frontières d'avant 1967. Avec seulement huit mille colons pour plus d'un million de Palestiniens, la colonisation de la bande de Gaza a échoué. Non seulement les implantations ne protégeaient plus Israël mais elles mobilisaient des milliers de soldats pour assurer leur protection. En bon stratège, Ariel Sharon a donc choisi d'abandonner Gaza pour répartir ses forces ailleurs.  

Ariel Sharon, le machiavélique 

Ariel Sharon a refusé de coordonner le retrait de Gaza avec l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Ce dernier n'a donc pu en tirer aucun bénéfice politique et c'est le Hamas, le mouvement islamiste qui faisait la vie dure aux colons de Gaza depuis des années, qui a été auréolé du départ des Israéliens. Six mois après le retrait, le Hamas a d'ailleurs remporté haut la main les élections législatives et s'est imposé comme seul maître de la bande de Gaza. Résultat : l'opinion israélienne considère aujourd'hui que tout retrait territorial favorise les extrémistes. "Si demain nous quittions la Cisjordanie, le Hamas prendrait le pouvoir et pourrait placer ses lance-roquettes à quinze kilomètres de Tel-Aviv", entend-on souvent en Israël. Dans les sondages, les partisans d'un retrait unilatéral sont de moins en moins nombreux. En sacrifiant Gaza, Ariel Sharon aurait donc sauvé "ses" colonies de Cisjordanie.

Ariel Sharon, le chef de clan

Au moment où Ariel Sharon présente son plan de retrait, l'ombre de plusieurs affaires politico-judiciaires plane sur ses deux fils Omri et Guilad. Non seulement le Premier ministre est d'autant plus proche d'eux qu'il a perdu un fils de quatorze après la guerre des six-jours, en 1967. Pour ses anciens partisans, seule cette piste familiale peut expliquer son scandaleux reniement sur la colonisation. La droite israélienne est persuadée que le tout puissant système judiciaire est aux mains de farouches gauchistes favorables au retrait de tous les territoires conquis en 1967. Ariel Sharon aurait donc voulu amadouer les juges en quittant Gaza. En janvier 2006, alors que son père était hospitalisé, Omri Sharon a tout de même été condamné à six mois de prison pour financement illégal du Likoud…

Dernière màj le 8 décembre 2016