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Grande-Bretagne : l'accord entre Theresa May et le DUP signé

Pays : Royaume-Uni

Tags : Brexit, processus de paix, conflit armé, Frontière, Irlande, Irlande du Nord

La Première ministre britannique Theresa May a conclu lundi 26 juin un accord avec le DUP. Cette alliance avait été annoncée il y a deux semaines, lorsque le parti conservateur a perdu au Parlement la majorité absolue (avec 317 sièges sur 650), lors d'élections qu'elle avait elle-même provoquées. Le parti unioniste nord-irlandais, qui a obtenu dix sièges, ne fera pas partie du nouveau gouvernement britannique, mais il le soutiendra lors de votes de confiance ou de votes sur le budget, la sécurité nationale et les dépenses de l’exécutif. Selon le DUP, Theresa May aurait accepté en échange d'augmenter le budget alloué à l'Irlande du Nord d'un milliard de livres au cours des deux prochaines années. Cette alliance fait déjà grincer des dents les deux autres nations du Royaume-Uni, l'Ecosse et le Pays de Galles, qui se plaignent d'un traitement non équitable. Mais au-delà de ces inégalités, cet accord risque de remettre en cause la fragile paix nord-irlandaise. ARTE Info vous explique pourquoi.

Parce qu'il remet en cause l'accord du Vendredi saint

L’histoire le montrera : les alliances entre l’unionisme de l’Ulster et l’unionisme britannique se sont toujours terminées en larmes.

Gerry Adams (Sinn Féin)

Cette alliance remet en cause la neutralité du pouvoir britannique dans le processus de paix en Irlande du Nord. C’est l’accord du Vendredi saint, signé le 10 avril 1998, qui en précise les modalités. Ce texte prévoit que les ennemis d’autrefois -les unionistes protestants, qui veulent rester dans le Royaume-Uni et les républicains catholiques, qui veulent être rattachés à la République d’Irlande- gouvernent ensemble dans une Irlande du Nord au statut de région semi-autonome. Depuis 2007, le gouvernement de coalition est constitué du DUP (unioniste) et du Sinn Féin (républicain). 

La neutralité des autorités britanniques était une condition indispensable de la conclusion de cet accord, comme en témoigne dans The Guardian l’ancien ministre britannique qui avait participé aux négociations, Lord Hain : "Les deux parties avaient appris à compter sur moi et sur [le Premier ministre] Tony Blair, parce que nous comprenions et nous compatissions aux deux côtés. Nous n’avions pas à être d’accord avec l’un ou l’autre, mais nous devions respecter chaque position. Nous étions neutres, non-partisans, sans intérêt dans aucune des parties d’Irlande du Nord". Gerry Adams, le chef du Sinn Féin, n’a pas de mots assez durs pour qualifier ce qu’il considère comme une trahison : "L’histoire le montrera, les alliances entre l’unionisme de l’Ulster et l’unionisme britannique se sont toujours terminées en larmes".

 

Dix jours avant d’aller négocier les conditions du Brexit avec les Européens, Theresa May gagne-mais-perd les législatives anticipées qu’elle était si fière d’organiser. A lire dans le Brexit Blog, épisode 12.

Qu'est-ce que le DUP ?

Le Democratic Unionist Party a été fondé en 1971 par le pasteur Ian Paisley. Il milite pour rester dans le Royaume-Uni et est farouchement protestant. Ian Paisley est entré dans l'histoire en 2006 en acceptant de former un gouvernement avec Martin MacGuinness, du Sinn Féin. Le DUP défend des positions ultraconservatrices, en s'opposant notamment à l'avortement et au mariage homosexuel.

Parce qu'il arrive au mauvais moment

Une autre question se pose : l’absence de représentation des républicains nord-irlandais au parlement britannique. Un déséquilibre qui préoccupe l'ex-Premier ministre de la République d’Irlande, Enda Kenny, qui dit avoir fait part de ses inquiétudes à Theresa May au téléphone. Le SDLP (Social Democratic and Labour Party) a perdu les trois sièges dont il disposait des législatives jeudi. Le Sinn Féin en obtenu sept, mais il refuse historiquement de siéger à la Chambre des communes, car il ne veut pas prêter serment à la reine. En signe de défiance, il a cependant annoncé qu’il enverrait ses députés à la journée organisée par la Chambre des communes pour ses nouveaux élus.

Cette alliance entre Theresa May et Arlene Foster intervient en outre à un moment critique : l’Irlande du Nord est sans gouvernement depuis le mois de janvier, lorsque le vice-Premier ministre républicain Martin McGuinness –décédé depuis- a démissionné à cause de profonds désaccords avec le DUP. En mars, des élections régionales anticipées ont eu lieu mais le blocage persiste, d'autant que le DUP n'a obtenu qu'un siège d'avance par rapport au Sinn Féin.
 

Parce que la frontière entre les deux Irlande est déjà remise en question

Nous agirons dans l’intérêt national et feront ce qui est juste pour l’ensemble du Royaume-Uni et pour l’Irlande du Nord en particulier.

Arlene Foster (DUP)

Le parti unioniste, réputé pour ses positions ultraconservatrices [voir encadré plus haut], n'a apparemment pas cherché à intervenir sur des sujets de société.

C’est un autre thème qui devait être au centre des discussions, et pas des moindres : la frontière entre le Royaume-Uni (et donc l’Irlande du Nord) et la République d’Irlande, que traversent quotidiennement 30 000 Irlandais pour travailler d’un côté ou de l’autre. En cas de Brexit "dur" avec une sortie du marché commun, comme le souhaite Theresa May, elle deviendrait une frontière extérieure de l’UE, avec des contrôles policiers et douaniers qui ne peuvent que réveiller de mauvais souvenirs. Arlene Foster est pro-Brexit, contrairement aux 55,8% de Nord-Irlandais qui ont voté pour rester dans l’Union mais comme la plupart de ses concitoyens, elle est opposée au rétablissement de cette frontière. Mais rien n'a été annoncé à ce propos dans l'accord conclu entre les deux parties.

Dernière màj le 26 juin 2017