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Pourquoi la Bretagne résiste-t-elle à l'envahisseur frontiste ?

Pays : France

Tags : élections régionales, bretagne, Parti Socialiste

Régionales : l'évolution du vote entre 2010 et 2015

Source : francetvinfo

"Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains...Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur." Deux mille soixante-cinq années plus tard, la légende de la carte de la Gaule introduisant les albums de bande dessinée Astérix est plus que jamais d'actualité : dans une France qui vire au brun, la Bretagne résiste tant bien que mal au raz-de-marée du Front national. Sur les réseaux sociaux, les Bretons ne se sont pas privés d'afficher leur fierté. Avec 18,17% des voix au premier tour des élections régionales pour la liste menée par Gilles Pennelle, le 6 décembre, le parti de Marine Le Pen y obtient son score le plus faible au niveau national (hors Corse et Outre-Mer). Cas unique en France, le Parti socialiste arrive même en tête dans l’ensemble des départements d'une région. ARTE Info vous explique pourquoi.

1. La Bretagne n’est pas une terre de prédilection pour le FN

"Le Pen". En breton, cela signifie "la tête". Natif de la Trinité-sur-Mer, commune côtière du Morbihan, le fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen n’a jamais été, historiquement, prophète en ces terres de démocratie chrétienne et d’ouverture sur le monde. Si la Bretagne n’est pas une "terre de prédilection" pour le parti d'extrême-droite, elle n’est néanmoins plus une "terre de mission", explique à France 3 Thomas Frénault, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Rennes 2. Pour preuve : ce dimanche 13 décembre, le FN sera pour la première fois présent au second tour d’une élection régionale bretonne. Entre le premier tour de 2010 (6,18% des suffrages exprimés et 67 895 votes pour la liste conduite par Pierre-Marie Launay) et celui de 2015 (18,17% des suffrages exprimés et 218 475 votes pour la liste menée par Gilles Pennelle), les frontistes ont multiplié leur nombre de voix par trois.

2. La Bretagne n’a pas été concernée par la réforme territoriale

Au même titre que les Pays de Loire, le Centre, la Provence-Alpes-Côte-d’Azur ou l’Île de France, la Bretagne n'a pas vu ses frontières évoluer suite au redécoupage orchestré par le gouvernement. Et ce, malgré les velléités de certains pour une Bretagne à cinq départements, incluant la Loire-Atlantique et son chef-lieu, Nantes, fief du château des ducs de Bretagne. En contrées bretonnes, la campagne des régionales a pu se dérouler autour d'enjeux locaux : la crise agricole, l'emploi, les inégalités territoriales ou encore l'identité culturelle. La liste régionaliste emmenée par le maire de Carhaix Christian Troadec est du reste parvenue à une honorable quatrième place au premier tour du scrutin, avec 6,71% des voix. Ailleurs, comme en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne, le Front national a profité de la réforme territoriale, qui a engendré des super-régions sans sentiment d'appartenance commun, pour nationaliser le scrutin et imposer dans le débat des thématiques - sécurité, fermeture des frontières, accueil des réfugiés... - qui n'ont pas grand-chose à voir avec les compétences attribuées aux régions.

En Bretagne, malgré la montée du FN, le Parti socialiste maintient ses scores aux régionales

3. La Bretagne a son baron, Jean-Yves Le Drian

Avec 55% d'opinions favorables, il est le ministre le plus populaire du gouvernement Valls, selon le dernier baromètre OpinionWay. Maire de Lorient pendant dix-sept ans, député du Morbihan pendant vingt-trois ans et président du conseil régional pendant huit ans, Jean-Yves Le Drian a la Bretagne chevillée au corps et a à peine eu besoin de faire campagne pour convaincre ses électeurs de lui renouveler leur confiance. "Au fil des années, il est un peu devenu le duc de Bretagne. Ces terres, ce sont les siennes", assure dans les colonnes du Monde un éditorialiste de la presse locale. Suite aux attentats de Paris, le Lorientais avait déclaré qu'il resterait ministre de la Défense "tant que le président de la République jugera que c'est nécessaire", ajoutant que s'il était élu, il laisserait ses vice-présidents assurer l'intérim. Les Bretons n'ont semble-t-il pas tenu rigueur de cette absence programmée. Avec 34,92% des voix au premier tour, la liste conduite par Le Drian égale quasiment les scores des listes de gauche aux scrutins régionaux de 2004 et 2010, alors que dans les autres régions, le vote sanction contre le président François Hollande et le gouvernement a fait des ravages. Mais en Bretagne, on ne vote pas PS, on vote Le Drian. "Il sait écouter et aide à résoudre les problèmes", résume Jean-Guy Le Floch, le PDG de la marque de prêt-à-porter Armor-Lux. Dimanche 13 décembre, il devrait l'emporter "à l'aise, Breizh".

Dernière màj le 8 décembre 2016